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La pollution de l'air pourrait-elle rendre le coronavirus plus dangereux?

Un camion travaille près de l'installation d'extraction des sables bitumineux de Syncrude près de la ville de Fort McMurray, en Alberta, le 1er juin 2014.

Les études s'accumulent pour mettre de l’avant un probable impact défavorable de la pollution de l'air sur la gravité de la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

Agence France-Presse

Les experts s'inquiètent d'une relation possiblement toxique entre la pollution de l'air et le virus responsable de la COVID-19. Les études s'accumulent en effet pour mettre de l’avant un probable impact défavorable de la pollution de l'air sur la gravité de la COVID-19.

Les résultats ont été similaires dans des contextes et pays si différents que je pense que les preuves combinées commencent à être fortes, estime Lauri Myllyvirta, du Centre de recherche sur l'énergie et l'air propre.

Selon une étude parue fin octobre dans Cardiovascular Research, l'exposition préalable à long terme aux particules fines PM2,5 a augmenté la mortalité liée à la COVID-19 de 15 % au niveau mondial, avec des disparités selon les régions (27 % en Asie de l'Est, 19 % en Europe, 17 % en Amérique du Nord).

Le coronavirus et les PM2,5, déjà accusées de contribuer aux maladies cardiovasculaires et pulmonaires, s'en prendraient aux même cibles.

Ils sont responsables de la même chose : inflammation du système vasculaire des poumons, pneumonie secondaire, hypertension et aussi infarctus du myocarde et insuffisance cardiaque, explique le Dr Thomas Münzel, cardiologue à l'université de médecine de Mainz, qui a participé à l'étude. Alors en cas de maladie cardiovasculaire préexistante, vous êtes particulièrement en danger quand vous êtes infecté par la COVID, ajoute-t-il.

D’autres analyses faites dans plus de 3000 comtés aux États-Unis ont mis en lumière qu'une hausse de concentration moyenne de particules fines de 1 microgramme/m3 correspondait à une augmentation de 11 % de la mortalité liée au coronavirus.

Dans leur étude publiée début novembre dans Science Advances, les auteurs mettent toutefois en garde contre une surinterprétation de ces statistiques, soulignant la nécessité de conduire d'autres travaux.

Une relation commence aussi à émerger entre la pollution et les mécanismes qui facilitent l'entrée du coronavirus SARS-CoV-2 dans les cellules, notamment le rôle du récepteur ACE-2.

Une relation décrite au printemps dans le Journal of Infection comme l'hypothèse de la double frappe: les particules fines contribueraient à endommager ce récepteur, qui laisserait ainsi entrer plus de virus chez le patient contaminé. La situation pourrait être potentiellement aggravée par une exposition chronique au NO2, qui affaiblit les poumons.

Quant à l'impact de l'exposition à la pollution de l'air pendant la maladie, il n'est pas connu. Je suis certain que la réduction à court terme de la pollution de l'air a un impact, même si nous n'avons pas de données pour l'instant, commente le Dr Münzel.

Chute de la pollution, chute de la mortalité en général

Avec la multiplication des mesures de confinement un peu partout dans le monde, les restrictions de circulation et la crise économique, de multiples études ont montré une chute parfois spectaculaire de la concentration de certains polluants de l'air aux États-Unis, en Chine ou en Europe.

L'impact a été particulièrement visible pour le dioxyde d'azote (NO2). Par exemple, lors des confinements du printemps, l'Espagne a vu une baisse de 61 % du NO2 dans l'air, la France de 52 % et l'Italie de 48 %, selon l'Agence européenne de l'environnement.

Alors que la pollution de l'air serait responsable de 7 millions de morts prématurées chaque année dans le monde, ces chutes, même temporaires, ont certainement sauvé des vies, selon certains experts.

À court terme, nous estimons que 2190 et 24 200 morts liées à la pollution de l'air ont été évitées respectivement en Europe et en Chine lors des confinements du printemps, indique Paola Crippa, experte de la qualité de l'air à l'Université Notre-Dame de l'Indiana.

Si on prend en compte l'effet à long terme [problèmes respiratoires chroniques, maladies cardiovasculaires, cancers des poumons], le nombre de morts évitées est bien plus élevé, assure-t-elle.

Elles seraient entre 13 600 et 29 500 en Europe et entre 76 400 et 287 000 en Chine, selon divers scénarios.

À moins qu'il y ait un rebond énorme de la pollution, ce que je ne crois pas, l'exposition à long terme de la population en Europe aura été réduite grâce à la baisse de la consommation d'énergie fossile en 2020, et cela aura un effet sur le risque sanitaire à long terme », renchérit Lauri Myllyvirta, qui estime les morts évitées grâce au confinement du printemps à 11 000 en Europe.

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