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Yémen : Washington veut classer les rebelles houthis comme « terroristes »

L’Arabie saoudite a classé les rebelles du Yémen en tant que « terroristes » en 2014.

Une foule regarde un écran dans une rue.

Des partisans des rebelles houthis, rassemblés à Sanaa à l'occasion de l'anniversaire de naissance du prophète, écoutent un discours du leader des rebelles Abdul-Malik Badreddin.

Photo : Reuters / KHALED ABDULLAH

Agence France-Presse

Des ONG redoutent une paralysie de l'acheminement de l'aide humanitaire au Yémen et un basculement du pays dans la famine après des informations sur un éventuel classement par les États-Unis des rebelles houthis comme « terroristes ».

Le sort des Houthis, soutenus politiquement par l'Iran, est au cœur d'une querelle diplomatique au sein de l'administration du président sortant Donald Trump, qui cherche par tous les moyens à isoler l'Iran, son ennemi juré.

Des responsables ont confirmé à l'AFP des informations de presse selon lesquelles Washington se prépare à ajouter à sa liste d'organisations terroristes les Houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa et la majorité du nord du Yémen après plus de cinq ans de guerre qui a provoqué, selon l'ONU, la pire crise humanitaire du monde.

S'ils sont définis comme une organisation terroriste [...], cela aura de nombreuses conséquences. Des pays auront des problèmes à traiter avec eux, et cela compliquera le processus de paix et le travail de l'ONU, affirme à l'AFP un diplomate occidental dans le Golfe.

Pour les Houthis, déjà visés par des sanctions américaines, la mesure pourrait avoir un impact limité, mais la population souffrirait de la baisse des aides, déjà affaiblies par la guerre et la pandémie de la COVID-19.

Avoir des contacts avec des responsables houthis, gérer les impôts, utiliser le système bancaire, payer le personnel médical, acheter nourriture et pétrole sont des activités qui pourraient être entravées par une telle mesure américaine.

Jan Egeland, du Norwegian Refugee Council, indique avoir, avec d'autres ONG, exprimé une profonde inquiétude face à la perspective de nouveaux obstacles quasiment insurmontables pour fournir une assistance pouvant sauver des vies au Yémen.

Si les États-Unis classent les Houthis en tant que terroristes, ils doivent décréter des exemptions claires autorisant les travailleurs humanitaires à agir sans crainte de répercussions légales, ajoute-t-il.

« Complètement dingue »

Pour le patron de l'ONU, Antonio Guterres, le Yémen est maintenant en danger imminent de la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies. Il évoque, mais indirectement, la menace américaine en demandant que chacun évite de prendre des mesures qui pourraient aggraver la situation déjà désastreuse.

Au Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, 80 % de la population dépend désormais de l'aide humanitaire.

Une mère tient sa fille amaigrie.

Une mère avec sa fille souffrant de malnutrition dans un hôpital de Sanaa, la capitale du Yémen.

Photo : Reuters / KHALED ABDULLAH

Les Houthis ont estimé, eux, que M. Trump n'avait pas le droit de prendre une telle décision en ayant perdu l'élection présidentielle.

Les élections sont finies et quelqu'un d'autre a gagné [...]. Les déclarations de cet homme n'ont plus aucune signification, a déclaré à l'AFP Sultan Al-Samee, vice-président du Conseil politique d'Ansarullah, le nom du mouvement des Houthis.

S'il désigne Ansarullah comme terroriste, cela viendra d'une personne non compétente qui est en train de devenir complètement dingue, a-t-il ajouté.

Si elle devait se concrétiser, la mesure américaine devrait être saluée par l'Arabie saoudite, alliée des États-Unis et ennemie des Houthis. Riyad a classé les Houthis comme groupe terroriste en 2014, avant de prendre la tête en mars 2015 d'une coalition appuyant le gouvernement yéménite contre les rebelles.

Pour le ministre de l'Information yéménite, Mouammar al-Iryani, les rebelles méritent d'être placés sur cette liste pour leurs violations visant des civils, leur incitation au sectarisme et leurs attaques contre les voisins du Yémen, en allusion à l'Arabie saoudite.

Un débat vif

Selon des sources au Congrès américain, la désignation des Houthis comme groupe terroriste est en cours d'examen, mais le débat est vif. Et il n'est pas sûr que le processus soit achevé avant l'investiture du président désigné Joe Biden, le 20 janvier.

Des parlementaires démocrates ont écrit au secrétaire d'État Mike Pompeo pour l'appeler à protéger les Yéménites des retombées d'une telle mesure.

Cette inscription ne fera sûrement qu'aggraver la crise humanitaire dévastatrice et posera un important obstacle [...] pour le processus politique fragile au Yémen, ont-ils relevé.

À Sanaa, on craint une décision imminente.

Un avertissement encourage les employés américains à partir plus au sud ou à quitter le Yémen, a indiqué une travailleuse humanitaire.

Mais selon un responsable d'une organisation humanitaire, l'ONU n'a rien changé à ce stade concernant la sécurité. Jusque-là, malgré certaines informations, il n'y a pas de retrait des employés.

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