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Lieux culturels fermés jusqu’au 11 janvier : un nouveau coup dur pour le milieu

Le 11 janvier, cela fera près de 10 mois que les arts de la scène seront quasiment à l’arrêt au Québec. L’usure et l’exaspération se font donc sentir parmi les artistes.

Photo en noir et blanc de sièges vides.

Fermées depuis le 1er octobre, les salles de spectacle et de cinéma situées en zone rouge resteront vides jusqu'au 11 janvier minimum.

Photo : Unsplash / Alex Avalos

Fanny Bourel

La prolongation de la fermeture des lieux culturels en zone rouge jusqu’au 11 janvier, annoncée par le premier ministre François Legault jeudi soir n’a pas surpris le milieu culturel, mais elle a déçu et a accentué l’inquiétude, surtout chez les artistes qui sont fragilisés et usés par ces huit mois de pandémie.

Je sens que les écluses vont ouvrir à un moment donné, a confié Sophie Prégent, présidente de l'Union des artistes (UDA), en entrevue avec Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18.

Même constat pour Pascale St-Onge, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN), qui regroupe 6000 travailleurs et travailleuses du secteur culturel. Les échos du terrain ne sont pas positifs, on va avoir besoin d’une approche beaucoup plus costaude et globale pour soutenir le secteur.

Un besoin d’aide multiplié par 10

Signe de l’ampleur des répercussions de la crise de la COVID, la Fondation des artistes, dont Sophie Prégent est la vice-présidente, a déjà octroyé un million de dollars en aide financière aux artistes dans le besoin depuis le mois d’avril, alors que les dons s’élèvent habituellement à 115 000 dollars par an, en moyenne.

La comédienne regarde la personne qui fait l'entrevue.

La présidente de l'UDA Sophie Prégent

Photo : Radio-Canada

Sophie Prégent sent que des tensions et l’exaspération se font de plus en plus sentir au sein des membres de l’UDA. Je suis encore convaincue qu’il faut suivre le plan émis par le gouvernement et la santé publique, mais c’est de plus en plus difficile de faire en sorte que les membres soient derrière nous et convaincus de la même chose, a-t-elle expliqué, précisant que les gens lui demandent des preuves de la nécessité de maintenir les lieux culturels fermés en zone rouge.

L’OMS [Organisation mondiale de la santé] dit de préserver deux secteurs : l’éducation et le travail. On fait partie du travail nous aussi et on n’est pas préservés. Alors, à un moment donné, la pression monte.

L’espoir d’un soutien pour les cinémas

Cette usure se retrouve également parmi les propriétaires de salles de cinéma. On reçoit des appels réguliers de nos membres. Et, des fois, on sent que les gens sont à bout, a indiqué Éric Bouchard, président de la Corporation des salles de cinéma (CSCQ) et propriétaire du Cinéma St-Eustache.

Selon lui, les revenus engrangés par les cinémas québécois cette année ne représenteront qu’entre 20 et 30 % de ceux de 2019.

Des gens regardent un film dans une petite salle de cinéma.

Les salles de cinéma sont fermées jusqu'au 11 janvier en zone rouge.

Photo : iStock

Depuis plusieurs semaines, des discussions sont en cours avec la SODEC afin de définir un programme d’aide spécifique aux salles de cinéma et elles devraient bientôt aboutir, d’après Éric Bouchard.

Ce programme, qui pourrait donner une bouffée d’oxygène aux cinémas, sera déterminant pour éviter des fermetures définitives de salles. – Éric Bouchard, président de la CSCQ

Vincent Guzzo, le propriétaire des cinémas du même nom, a été extrêmement déçu d’apprendre la prolongation de la fermeture de ses salles, toutes situées en zone rouge. Il mise désormais sur une réouverture des cinémas vers la fin du mois de janvier ou le début du mois de février.

Tenir le coup

Du côté des diffuseurs de spectacles, cette prolongation jusqu’au 11 janvier a le mérite de réduire l’incertitude causée par les précédentes fermetures renouvelées toutes les quatre semaines.

On avait peur que le gouvernement annonce une autre fermeture de 28 jours, car c’est difficile de manquer de prévisibilité a indiqué Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU, l'association professionnelle des diffuseurs de spectacles.

On se doutait que les salles n’allaient pas rouvrir après le 23 novembre, mais celles qui avaient des spectacles prévus pour le 24 ou le 26 novembre ne pouvaient pas les reporter sans avoir la confirmation du gouvernement, a-t-elle ajouté.

De plus, l’aide de 50 millions de dollars destinée à compenser, en partie, les pertes à la billetterie causées par la COVID-19 devrait permettre de stabiliser la situation financière des diffuseurs de spectacles jusqu’au mois de mars.

Des musiciens jouent sur une scène devant un public.

L'aide gouvernementale va aider les salles de spectacle.

Photo : Unsplash / Sean Lee

Les diffuseurs ont déposé leur demande en début de semaine et ils devraient recevoir une réponse avant le temps des Fêtes.

Les mesures d’aide nous permettent de créer, de fonctionner et d’assurer 100 % des contrats de nos artistes, mais cela ne va que jusqu’à fin mars, a expliqué Sylvain Bélanger, directeur artistique du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui (CTDA).

Selon lui, le défi est davantage humain dans le milieu du théâtre québécois. En ce moment, il y a une forte accumulation de fatigue, d’usure, d’insécurité et d’hypersensibilité.

Le retour à la normale sera long

Si l’annonce de l’arrivée de vaccins efficaces pour le début de 2021 donne à espérer un retour vers une certaine normalité en septembre prochain pour la diffusion de spectacles, les effets à long terme de cette pandémie qui s’éternise suscitent des inquiétudes.

Même si on reprend en janvier, février ou mars et même si les salles sont combles, ce n’est pas vrai que la programmation va reprendre du jour au lendemain et que la dette va s’effacer, a dit Sophie Prégent. Retourner à la situation d’avant mars 2020 va prendre des années.

Concert de musique

Les concerts ne peuvent avoir lieu depuis le mois de mars.

Photo : Getty Images / Yuri_Arcurs

Vendredi, l’ADISQ a publié un communiqué soulignant que plus l’industrie souffrira pendant longtemps de l’impact de la fermeture des salles sur l’organisation de concerts et plus les effets délétères de la crise de la COVID-19 se feront sentir à long terme.

C’est une évidence : l’année 2021 sera éprouvante et charnière pour le milieu de la musique. Les entreprises sont fragilisées et les équipes ressentent de l’épuisement. Nous travaillons d’ores et déjà avec les gouvernements pour que des mesures d’aide efficaces et substantielles soient octroyées. [...] L’industrie de la musique a besoin d’un soutien total pour traverser cette crise profonde, a affirmé, par communiqué, la vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin.

Perte de talents

Le 11 janvier, cela fera près de 10 mois que les arts de la scène seront quasiment à l’arrêt au Québec. Une partie des artistes, dont certains et certaines à fort potentiel, songent donc à changer de métier.

Il y a des gens dont vous n’entendrez jamais parler qui auraient probablement été de très grands artistes. – Sophie Prégent, présidente de l’UDA

Pour celle qui est également actrice, les répercussions à long terme de cette crise se feront également sentir sur la société québécoise.

Les artistes parlent à des gens qui habitent le Québec. Ils les font pleurer, rire et réfléchir. Si ce monde-là n’a pas la capacité de s'adresser à nous le peuple, nous nous amputons d’une parole qui est la nôtre et qui est notre avenir.

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