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Des enseignants de la diversité s'associent pour se distancier de l’AEFO

Affiche de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens.

Des membres de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens dénoncent un manque d'inclusion.

Photo : @AEFO/Twitter

Un groupe d’enseignants franco-ontariens a créé l’Association ontarienne des professionnels de l'éducation de la diversité (AOPED). Ces derniers jugent que l'Association des enseignants et des enseignantes franco-ontariens (AEFO) ne les représente pas adéquatement. L’AEFO se défend et affirme défendre l’intérêt de l’ensemble de ses membres.

Blaise Nguendo Yongsi a été élu président de l’AOPED. Il affirme que, depuis 2019, lui et de nombreuses personnes noires ou immigrantes qui travaillent au sein des conseils scolaires francophones en Ontario ne se sentent ni respectés ni écoutés par le syndicat qui doit les représenter.

Un homme à l'intérieur s'adresse à la caméra.

Blaise Nguendo Yongsi est président de l'association qui a pour objectif de faire entendre les besoins et les demandes des enseignants issus de la diversité.

Photo : Radio-Canada

L’AEFO a refusé nos demandes d'entrevue et affirme ne pas avoir été informée de la création de cette association. Dans un courriel à Radio-Canada, la présidente Anne Vinet-Roy déclare que le syndicat représente et assure la défense et la promotion des intérêts professionnels et économiques de tous ses membres, c’est-à-dire des 12 600 membres représentant les enseignantes et les enseignants des écoles élémentaires et secondaires de langue française de l’Ontario, tant catholiques que publiques, en plus du personnel professionnel et de soutien œuvrant dans différents lieux de travail francophones.

Manquaient de qualifications

La controverse avait d’abord éclaté après la présentation, lors d’une rencontre en 2019, des résultats d’un sondage mené l’année précédente. Après la présentation des résultats de ce sondage, certains enseignants s’étaient dits humiliés, puisque la présentation laissait entendre que des membres de l’AEFO croyaient que des enseignants issus de la diversité manquaient de qualifications. Le syndicat s’était alors défendu et avait qualifié la controverse de malentendu regrettable.

Le même groupe d’enseignants a par ailleurs déposé quatre requêtes au Tribunal des droits de la personne de l'Ontario en janvier dernier. Les procédures en lien avec ces requêtes ont été retardées en raison de la pandémie.

Une lettre informant de la création de l’association a d’ailleurs été envoyée au premier ministre Doug Ford et au ministre de l’Éducation Stephen Lecce. Le ministre a refusé notre demande d'entrevue mais, dans une déclaration, un porte-parole du ministère affirme que ce dernier est « déterminé à favoriser l'emploi, par les conseils scolaires, de personnel qualifié et issu de la diversité, tout en assurant l'accès à une véritable opportunité aux élèves issus des communautés culturelles ».

Un mouvement communautaire ou syndical?

Les syndicats au Canada connaissent actuellement un véritable problème d’accès et de représentativité des communautés ethnoculturelles, selon le professeur en sociologie à l’Université du Québec à Montréal Sid Ahmed Soussi.

Un homme devant une bibliothèque bien remplie s'adresse à la caméra

Sid Ahmed Soussi est professeur en sociologie à l'Université du Québec à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Du même souffle, le chercheur en syndicalisme avance que les syndicats devraient éviter de s’offusquer de la création ou de la prolifération de telles associations communautaires. Au contraire, elles doivent non seulement prendre en charge cette responsabilité, mais la prendre et la considérer comme une opportunité, affirme-t-il.

La professeure Phyllis Dalley, de la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, croit aussi que le syndicat aurait tout avantage à accueillir avec enthousiasme la création de l'association et à considérer celle-ci comme interlocuteur potentiel pour « ouvrir la boîte de Pandore que sont la xénophobie, le racisme et la glottophobie au sein des écoles de langue française en Ontario ».

La création de groupes d’intérêt au sein d’un syndicat n’est pas un phénomène nouveau, selon le professeur Soussi. Il souligne entre autres l’exemple de la Coalition des syndicalistes noirs, Coalition of Black Trade Unionists, fondée à Chicago en 1973.

Ce sont très souvent de doubles appartenances. [...] Ces gens-là appartiennent à des syndicats qui négocient des conventions collectives, etc., mais en même temps, ils appartiennent à leur organisation sur une base communautaire, qui défend leurs droits en tant que membres de cette communauté.

Une citation de :Sid Ahmed Soussi, professeur en sociologie

Blaise Nguendo Yongsi affirme qu’au cours des différentes réunions tenues par le groupe qui forme maintenant l'association, jusqu’à 231 enseignants ont pris part aux discussions.

Toutefois, tous les enseignants qui sont issus de la diversité en font partie de facto, affirme M. Nguendo Yongsi.

Il ajoute que, pour assurer la stabilité de l’organisme, autant sur le plan organisationnel que financier, l’association souhaite élaborer un processus de membriété volontaire. Les membres payants auraient des avantages particuliers, comme par exemple obtenir le droit de vote.

L’AEFO affirme ne pas détenir d’informations sur l’appartenance culturelle de ses membres, mais confirme que parmi les réponses au sondage controversé réalisé en 2018, environ le tiers des répondants considèrent appartenir à une communauté ethnique ou culturelle autre que celle de la majorité caucasienne, et que le tiers des répondants affirmaient être nés à l’étranger ou issus de l’immigration.

Une fenêtre d'une application mobile montre 20 personnes qui discutent. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Image utilisée en en-tête d'une communication de l'AEFO. Il s'agit d'une capture d'écran d'une rencontre du conseil d'administration de l'association tenue le 7 novembre 2020.

Photo : AEFO

Le président de l’AOPED souligne que la représentativité des personnes issues de la diversité au sein de l’exécutif, de la direction et des employés de l’AEFO est très loin d’atteindre cette proportion.

À titre d’exemple, il cite une récente communication de l’AEFO à ses membres dont l'en-tête représente une capture d’écran de la réunion du conseil d’administration du 7 novembre. Un seul membre du comité exécutif, le conseiller Valentin Fekou Youmbi, appartient à une minorité visible.

Dans un courriel, M. Fekou Youmbi affirme que « la porte parole du conseil d'administration est la présidente de l'Association », et demande que toutes question lui soit adressées.

De son côté, l’AEFO affirme que cette image ne représente pas l’ensemble des participants à la rencontre parce que « la technologie ne le permet pas ».

Le syndicalisme est en crise

Dans une telle situation, l’AEFO devrait adopter une approche plus positive, selon le professeur Sid Ahmed Soussi. Selon lui, le syndicat devrait donner suite aux demandes des membres de la diversité.

Le syndicalisme est en crise et, dans ce contexte-là, le salut ne peut venir que des organisations syndicales justement de ces importantes communautés qui sont intégrées dans des collectifs du travail.

Conscient que la loi actuelle en Ontario ne permet pas la désaffiliation ou la création d’un syndicat indépendant, M. Nguendo Yongsi croit qu’il serait possible d’utiliser les articles de la Charte canadienne des droits et libertés sur le droit à l’association pour faire valoir la légitimité d’un nouveau syndicat, indépendant de l’AEFO.

Le président de l’AOPED croit néanmoins que la relation entre l’AEFO et les membres issus de la diversité a atteint un point de non-retour.

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