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Québec et Ottawa investissent dans la justice réparatrice des Autochtones

Michaël Petiquay et Kathleen Michel se tiennent par la main. Le couple est passé par le Système d’intervention d’autorité attikamek et dit en ressortir grandi, plus confiant, plus fort.

La justice réparatrice permet à la victime et son perpétrant de maintenir la communication plutôt que de couper entièrement le lien, selon Constant Awashish.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Laurianne Croteau

« Une occasion de guérison, de réparation et de réinsertion sociale » : les gouvernements fédéral et provincial investissent conjointement plus de 500 000 $ sur trois ans dans le Programme de justice communautaire atikamekw à l’occasion de la semaine nationale de la justice réparatrice, qui se déroule du 15 au 22 novembre.

Le Grand Chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, s’est dit surpris et personnellement touché en conférence de presse, ajoutant que cette marque de reconnaissance prouve que la méthode de justice réparatrice porte fruit au sein des communautés visées.

Ça fait chaud au cœur de sentir cet attachement-là des deux gouvernements envers ce qu’on a développé et ce que nous sommes comme nation. [...] La justice réparatrice fait partie de nous.

Constant Awashish, Grand Chef de la Nation Atikamekw

Une occasion saisie par les gouvernements de diminuer le taux d’incarcération des membres des Premières Nations, qui sont particulièrement surreprésentés dans le système de justice, croit le Grand Chef.

Constant Awashish.

Constant Awashish, le Grand Chef du Conseil de la nation Atikamekw, affirme que la justice réparatrice pourrait diminuer le taux d’incarcération des membres des Premières Nations au Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Normalement, le système de justice fonctionne par la coercition et punition, on tape sur les doigts du contrevenant et il se retrouve dans le système carcéral. On est surreprésentés dans le système [de justice étatique], et il n’y a pas de guérison, pas de dialogue pour ces individus-là.

Le grand chef déplore le trop faible nombre d’anciens détenus autochtones qui réussissent à être réinsérés dans la société ou dans leur communauté.

Un moment propice

L’annonce n’étonne pas du tout Ghislain Otis, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la diversité juridique et les peuples autochtones de l’Université d'Ottawa. Elle s’inscrit selon lui dans une tendance des deux paliers de gouvernements qui convergent vers un renforcement de l’autonomie, de la prise en charge des enjeux de la justice [par les Premières Nations].

Au Québec, le rapport Viens, qui concluait notamment que les Autochtones de la province sont victimes de discrimination systémique, a sensibilisé le gouvernement à l’importance d’adapter ses services au contexte de la culture autochtone. Et au Canada, l’acte s’inscrit dans la continuité de l’engagement du fédéral à l’égard de l’autonomie des Premières Nations.

Ottawa s'engage à verser 322 500 $ au Conseil de la Nation Atikamekw sur une période de trois ans (de 2019 à 2022) et Québec, 290 770 $ pour les deux premières années, en spécifiant que le montant pourrait atteindre près de 450 000 $ sur trois ans.

Une rue de la communauté atikamekw de Wemotaci, en Haute-Mauricie.

Le Processus de justice communautaire Atikamekw utilise le processus de médiation notamment grâce aux conseils des aînés, composés de membres de la communauté de Manawan et Wemotaci.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Cette annonce fait d’ailleurs partie d’une initiative plus large du gouvernement fédéral pour mettre en lumière douze projets de justice réparatrice à travers le pays. Au Québec, en plus du Conseil de la Nation Atikamekw, la Société Makivik reçoit 900 000 $ et le cercle de justice réparatrice Kitigan Zibi Anishinabeg, 105 000 $, tous deux sur une période de trois ans, de 2019 à 2022.

Un système de justice efficace favorise d'abord et avant tout la responsabilisation, mais ça doit fournir aussi un aspect de guérison, de réparation et évidemment, de réinsertion sociale, a expliqué François-Philippe Champagne, député de Saint-Maurice—Champlain en conférence de presse virtuelle vendredi.

Un système de justice mieux adapté

De tels investissements permettront aux Premières Nations de structurer et d’élargir les programmes déjà existants, selon Ghislain Otis, et d'offrir davantage de services intégrés aux membres de ces communautés en matière de prise en charge des conflits.

Mais de tels programmes ne visent pas à remplacer le système actuel, indique-t-il.

Normalement, la justice réparatrice, on ne va pas l’appliquer mur à mur. On va identifier une gamme d’infractions qui peuvent faire l’objet d’un traitement selon ce système.

Ghislain Otis, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la diversité juridique et les peuples autochtones de l’Université d'Ottawa

Les crimes très graves, comme un meurtre par exemple, ne sont pas en mesure d’être pris en charge intégralement par les communautés, ajoute le professeur.

Il rappelle que de tels programmes ne sont pas nouveaux, mais que c’est possiblement la première fois qu’on investit de façon aussi substantielle et coordonnée dans la justice réparatrice chez les Premières Nations.

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