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L’UPAC arrête trois personnes liées au recrutement d’étudiants indiens

Naveen Kolan, Caroline Mastantuono et Christina Mastantuono, qui sont désormais derrière plusieurs collèges privés au Québec, ont établi un « stratagème de fraude » mis en place à la commission scolaire Lester-B.-Pearson, selon l'Unité permanente anticorruption.

Panneau de la CSLBP

La Commission scolaire Lester-B.-Pearson a été ciblée par une enquête de l'UPAC dès 2016.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Après plusieurs années d’enquête, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a décidé de donner un coup de balai dans un réseau de recrutement d’étudiants étrangers.

Au total, huit chefs d’accusation ont été déposés contre deux ex-employées de la commission scolaire Lester-B.-Pearson (CSLBP) qui, comme l’a révélé cette semaine Radio-Canada, dirigent maintenant un large réseau de collèges privés, lui aussi dans la mire des autorités fédérales et provinciales.

Caroline Mastantuono et Christina Mastantuono sont accusées d’abus de confiance, de fraude, de production et d’usage de faux documents. Ces deux personnes ont été arrêtées, puis relâchées sous promesse de comparaître le 20 janvier 2021.

Les faits allégués se sont déroulés entre 2014 et 2016. Caroline Mastantuono était alors directrice du département international de la CSLBP, où Christina Mastantuono travaillait elle aussi.

Des irrégularités découvertes dès 2016, dit la CSLBP

Dans un bref communiqué, la commission scolaire Lester-B.-Pearson (CSLBP) a déclaré avoir découvert, au cours de l’année 2016, des irrégularités dans les opérations de son département des études internationales. Ces irrégularités ont été signalées immédiatement au ministère de l’Éducation et à l’UPAC et une restructuration complète du département a été effectuée. Les personnes identifiées [par l’UPAC] ne sont plus à l’emploi de la commission scolaire depuis 2016, soutient la CSLBP.

Un troisième suspect est également recherché par l’UPAC. Il est ciblé par les mêmes chefs d’accusation.

Selon les informations de Radio-Canada, il s’agit de Naveen Kolan, un homme d’affaires ontarien, qui est notamment à la tête de la firme de recrutement Edu Edge. Celle-ci avait un contrat avec la CSLBP pour recruter des étudiants étrangers, principalement en Inde.

Inauguration du campus montréalais du Cégep de la Gaspésie

Naveen Kolan (au centre) a inauguré le campus montréalais du Cégep de Gaspésie et les Îles en septembre 2019.

Photo : Cégep de la Gaspésie et des Îles

Caroline Mastantuono, de concert avec une compagnie de recrutement contrôlée par [Naveen Kolan], a élaboré un stratagème de fraude, de production et d’usage de faux documents qui au final aura causé un risque de préjudice financier à la CSLBP en plus de tromper le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Inclusion dans l’attribution d’autorisations gouvernementales officielles. Christina Mastantuono, en tant qu’employée du département international de la CSLBP, a participé au stratagème, précise l'UPAC.

Selon Mathieu Galarneau, le porte-parole de l'institution policière, Edu Edge envoyait également des factures à la commission scolaire pour le recrutement d'étudiants étrangers alors que ces étudiants n'étaient pas passés par cette firme, mais directement par la CSLBP.

Le préjudice, au total, est évalué à 1,4 million de dollars, souligne-t-il.

Affiche du Collège Matrix à Montréal

Le Collège Matrix a accueilli ses premiers élèves à l’automne 2017.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des fraudes liées à l'immigration

Une enquête de Radio-Canada, publiée en novembre 2019, faisait déjà la lumière sur ces soupçons de fraude. Nous avions appris que l'UPAC et le ministère de l'Immigration remettaient en question la véracité d'attestations de français visant à bénéficier du Programme de l'expérience québécoise, un programme d'immigration populaire. Des étudiants indiens et chinois n'avaient pas le niveau requis en français, contrairement à ce que le document certifie. La firme Edu Edge était alors mentionnée dans des documents obtenus par Radio-Canada, tout comme les commissions scolaires English-Montréal et Lester-B.-Pearson.

Le gouvernement du Québec avait d'ailleurs commandé un rapport auprès d'une vérificatrice externe, Michelle Lapointe. Cette enquête révélait notamment que des millions de dollars avaient été dépensés en commissions versées à des agences de recrutement pour attirer ces étudiants chinois et indiens.

Des réseaux bien établis dans le milieu de l'éducation

Depuis son passage à Lester-B.-Pearson, qui a cessé de collaborer avec Edu Edge en 2016, Naveen Kolan a élargi ses activités dans le réseau éducatif québécois.

Il est à présent derrière de nombreux établissements. Par le biais du Groupe Hermès, il dirige Matrix College, un établissement privé montréalais, qui se spécialise dans le recrutement indien. Il est aussi derrière Aviron, un collège à Québec, Ascent Collège, à Montréal, et un autre établissement privé en Ontario.

Il gère aussi le campus montréalais du Cégep de la Gaspésie et les Îles. Il est propriétaire du bâtiment qui abrite l’établissement, dans le quartier Ahuntsic, et s’occupe du recrutement pour ce cégep public, qui compte près de 1500 Indiens.

Naveen Kolan n'a cependant pas encore été localisé par l'UPAC. Un mandat d'arrêt a été lancé.

Une photo de Trudeau et Mastantuono en Inde

Carol Mastantuono était présente en Inde en 2018, lors de la visite officielle de Justin Trudeau.

Photo :  Facebook / Carol Mastantuono

Connue également sous le nom de Carol Mastantuono et Caroline Bonneville, Caroline Mastantuono a créé la firme de recrutement Rising Phoenix International. Christina Mastantuono est l'une des autres actionnaires.

Elle est aussi à l'origine du Collège M du Canada, qui a ouvert ses portes dans l'arrondissement LaSalle, à Montréal, en janvier. Elle est également associée au CDE Collège, à Sherbrooke, et à plusieurs autres établissements privés, dont le Collège de comptabilité et de secrétariat du Québec, à Longueuil.

L'affiche du College M du Canada

Le Collège M du Canada est situé dans l’arrondissement de LaSalle, dans une zone industrielle. Il fait partie de ces nouveaux établissements privés, dans la mire des autorités fédérales et provinciales.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les établissements gérés par Naveen Kolan et Caroline Mastantuono proposent des formations courtes contre des frais de scolarité d'environ 25 000 $.

Ces deux dernières années, ils se sont spécialisés dans le recrutement d'étudiants indiens. Leur nombre a bondi au Québec. On en comptait près de 13 000 l'année dernière avec un permis d'étude, contre environ 2000 en 2017.

Ce marché lucratif engendrerait une guerre commerciale et une vive concurrence, tel que cela a été confié à Radio-Canada par plusieurs responsables d'établissements privés. Des craintes concernant le processus d'immigration ont aussi été soulevées, puisqu'à l'issue de ces formations, ces étudiants étrangers peuvent bénéficier d'un permis de travail leur permettant de rester au Canada.

Interpellé par cette situation, le premier ministre François Legault avait fait part, dès le milieu de la semaine, de ses craintes. J’ai demandé qu’on fasse toute la lumière [sur cette affaire]. C’est quelque chose qui, a priori, sent pas bon, a-t-il clamé.

Par ailleurs, l'UPAC n'écarte pas la possibilité d'élargir son enquête à ces collèges privés. S'il y a une fraude [dans le système d'immigration], c'est une fraude envers le gouvernement. On pourrait enquêter sur certains types d'allégations de ce genre, indique Mathieu Galarneau.

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