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Le plexiglas, la COVID-19 et la vie qui continue

Découvert par hasard il y a près de cent ans, le plexiglas a trouvé une nouvelle vie grâce à des entrepreneurs comme les Laverdière, qui ont sauvé leur entreprise de la faillite en transformant en quelques semaines leur imprimerie en bastion de la lutte contre la pandémie.

Reportage sur une petite PME qui se spécialise dans la fabrication de plexiglas.

Nicolas Laverdière et son ami, directeur du marketing, Frédéric Senterre

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sur les quelques photos de lui que l’on trouve sur Internet, Otto Rhöm a de petites lunettes rondes, un regard fatigué qui surplombe une petite moustache. Otto Rhöm? Un pharmacien allemand né en 1876, mort en 1939.

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pharmacien allemand disparu depuis 80 ans? Parce que c’est l’inventeur du plexiglas qui, depuis mars 2020, a envahi nos commerces, nos restaurants, nos écoles, nos visages, nos vies.

Otto Karl Julius Röhm fait cette découverte par accident. Au début des années 30, le scientifique fait des recherches sur les acryliques. Il oublie un échantillon de méthacrylate de méthyle sur le bord d’une fenêtre et la chaleur du soleil va le transformer en une matière transparente, souple et légère.

Röhm est déjà à la tête d’une entreprise qui commercialise des dérivés de plastique. Tous les produits vendus par Röhm & Haas sont désignés par le même préfixe : plex. Comme la dernière trouvaille ressemble à du verre qui se dit glas en allemand, on va donner à cette nouvelle matière le nom de plexiglas.

Voyageons dans le temps vers un nouvel accident de parcours.

C’est comme si on avait frappé un poteau à 150 kilomètres à l’heure, résume Nicolas Laverdière, qui travaille avec ses parents pour l’entreprise AMP Digital qu’ils ont fondée il y a 30 ans.

L’accident dont il parle, c’est la COVID-19.

La compagnie familiale de l’est de Montréal est une imprimerie commerciale qui travaille essentiellement avec le secteur culturel. On apprend que tout ferme. Cela veut dire : zéro chiffre d’affaires, résume le jeune homme.

Cela veut aussi dire, mettre à pied les 17 employés qui y travaillent.

Or, AMP Digital est une famille. Certains employés ont vu naître Nicolas, les autres sont des amis. L’héritier se sent investi d’une mission : sauver l’affaire.

Laverdière est un amateur de course automobile, c’est son loisir, sa passion. Son directeur de marketing, Frédéric Senterre, partage cette passion et l’accompagne dans ses rallyes.

En course automobile, il faut d’abord de la persévérance, ne pas se laisser décourager par les obstacles, souligne-t-il.

Cette PME se spécialise dans la fabrication de plexiglas.

Nicolas Laverdière et son ami, directeur du marketing, Frédéric Senterre

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Forts de cet enseignement, les deux jeunes hommes vont écouter attentivement les points de presse de 13 h du gouvernement Legault et rapidement comprendre qu’ils détiennent peut-être la clé pour redémarrer le moteur de leur entreprise.

Oui. Le plexiglas.

On l’aura compris, ce nom est générique. Un peu comme on dit Kleenex pour désigner un mouchoir en papier ou Frigidaire pour un réfrigérateur, mais cette matière souple et transparente, le polyméthacrylate de méthyle, sera la solution.

Bruno Laverdière fait le tour de ses fournisseurs. AMP Digital travaille déjà avec la matière. Elle a des machines capables de la couper. Il en achète de bonnes quantités et en réserve pour la suite.

Chez AMP Digital on utilisait ce succédané de verre pour faire des affiches solides dans les festivals, par exemple. Mais maintenant qu’il n’y a plus de festivals, que peut-on en faire ? La réponse à 13 h. Tous les jours.

Frédéric et Nicolas s'essaient d’abord avec des visières. Mais lorsqu’ils entendent que les taxis vont pouvoir circuler, ils travaillent à un panneau séparateur, contactent le bureau du taxi de Montréal. Puis viennent les écoles, les autobus scolaires, les commerces, les tours de bureaux. On dessine, on contacte, on prend les commandes et ça marche.

AMP Digital a pu réembaucher tous ses employés et ça roule tempête. Certaines semaines à plein régime. Sept jours sur sept. Des produits sont même désormais exportés aux États-Unis.

Sur le plancher de l'usine.

Liette Viau, Bruno Laverdière et son fils, Nicolas Laverdière.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Commercialisé en 1933, le plexiglas a d’abord été utilisé dans le matériel militaire. Télescopes, hélicoptères, etc. Il est désormais impliqué dans une autre guerre contre un ennemi invisible qui n’a pas d’accent.

Toute la famille chez AMP est contente d’avoir sauvé l’entreprise, le gagne-pain de chacun, mais elle est aussi assez fière de combattre, au front, la maladie. On voulait contribuer à notre façon à la santé des Québécois, dit Frédéric Senterre avec un grand sourire.

Nicolas évoque une nouvelle ébauche de produit : des séparateurs conçus pour les salles d'attente des hôpitaux ou plus spécifiquement pour les maternités.

Nicolas Laverdière et sa blonde attendent un enfant et Nicolas a trouvé très dur de ne pas pouvoir assister à l’échographie. Malgré la pandémie, le cycle de la vie est fait de beaux accidents.

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