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Les policiers de Québec mal formés pour utiliser leur nouvelle radio

La Fraternité des policiers n'achète pas cette version et maintient que des problèmes techniques existent.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une voiture de police stationnée à l'avant de l'hôtel de ville de Québec.

Le reportage de Louise Boisvert

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Le chef du Service de police de la ville de Québec (SPVQ), Robert Pigeon, prend l'entière responsabilité des problèmes liés à l'implantation des nouveaux systèmes de communication. Sur les ratés de la nouvelle solution de radiocommunication, il nie toute panne, mais admet des lacunes importantes dans la formation de ses effectifs.

Flanqué de responsables de la direction des technologies de l'information (TI) de la Ville de Québec, M. Pigeon a fait le point, vendredi, sur les différents ratés des nouveaux systèmes, révélés par Radio-Canada au cours des derniers jours.

Au lendemain de sa participation à une patrouille sur le terrain, il a d'emblée admis des problèmes de convivialité et d'instabilités avec la répartition assistée par ordinateur (RAO). Ce système informatique, imbriqué aux autopatrouilles et connecté à la centrale 911, a flanché lors des attaques du Vieux-Québec, le 31 octobre.

La RAO permet notamment de connaître en temps réel les informations sur une intervention, d'obtenir des détails sur un suspect et de réaliser une demande de renforts ou d'assistance aux ambulanciers.

Une autopatrouille bloque l'accès à une ruelle à Québec.

La RAO a flanché le soir de l'attaque du Vieux-Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Les problématiques de la RAO sont réelles. J'ai la ferme intention de me mettre à l'oeuvre [...] pour solutionner les problèmes, a déclaré le chef Pigeon, qui travaillera de concert avec les TI de la Ville. Je l’ai manipulée moi-même [jeudi] soir. C’est vrai qu’il y a des éléments à améliorer. C’est ce que nous allons faire.

La RAO a été implantée il y a un an et demi, soit le 15 mai 2019 et la source des problèmes n'a pas encore été identifiée.

Zones mortes

Robert Pigeon refuse de parler de difficultés techniques dans le cas du Service évolué de radiocommunication pour l'agglomération de Québec (SERAQ). Le réseau est fiable et robuste, a-t-il insisté.

Comme l'avait fait les responsables du projet le 15 octobre en comité plénier, M. Pigeon a assuré vendredi qu'aucune interruption de service n'a eu lieu depuis le début du déploiement.

Robert Pigeon

Robert Pigeon, chef de police de la Ville de Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Mais il y a un mais.

Le chef de police a reconnu que, depuis l'arrivée du SERAQ, de nouvelles zones de découverture des ondes radio sont apparues sur le territoire, à l'intérieur de certains bâtiments comme à l'extérieur. Les policiers, dit-il, ne se sont pas encore familiarisés avec ces zones. Sous l'ancien système radio, ils les connaissaient par cœur. Maintenant, ces zones ont changé de place.

Le réseau d'antennes a été mis en service en juillet 2019, alors que les radios ont été déployées au sein de la police de Québec au printemps dernier. Des tests avaient donc été effectués avant le déploiement au SPVQ. Malgré l'ajout d'une dizaine d'antennes, des zones mortes existent toujours.

Des mois se sont écoulés depuis l'implantation du SERAQ, mais la police de Québec ne connaît pas complètement l'étendue des découvertures. Il nous reste à identifier chacune de nos zones où la couverture est moins optimale. [...] Au fur et à mesure qu'on va les détecter, le 911 va les enregistrer, a affirmé M. Pigeon.

Les policiers pourront éventuellement être avertis de la possibilité d'une découverture lors d'une intervention.

Un policier du SPVQ

Les policiers du SPVQ font face à des défis de découverture de service avec le SERAQ.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Formation peu séduisante

En cas de découverture, les policiers peuvent activer une fonction passerelle de leur nouvelle radio, a rappelé le chef de police. Une innovation, selon M. Pigeon, qui permet d'utiliser une autopatrouille comme antenne et de renforcer le signal radio.

Or, la majorité des policiers l'ignorent, selon le chef de police. Beaucoup de nos policiers, pour ne pas dire la plupart, ne connaissent pas la fonction [passerelle], a-t-il admis, avant d'évoquer la pandémie parmi les facteurs expliquant la formation inadéquate. Ça nous a obligés, lors du déploiement de nos radios, à diffuser la formation des nouveaux radios en ligne.

Écouter une capsule de trois heures sur un radio portatif quand ça fait plusieurs années que t'en portes un sur toi, c'est pas très très séduisant, c'est pas très très intéressant.

Robert Pigeon, chef du Service de police de la ville de Québec

À ce sujet, le SPVQ aurait pu être meilleur, a concédé Robert Pigeon, avant de prendre le blâme et de s'engager à plancher sur une nouvelle ronde de formation.

Je prends la responsabilité. C'est moi qui suis imputable. Je prends la responsabilité de la formation qui n'a pas été suffisamment adéquate pour tout le monde. On va revenir avec des nouvelles formations. Ce n'est pas la faute des policiers. C'est à nous de s'acquitter de cette mission-là, a lancé le chef de police.

Un terminal radio portatif du Service de police de la Ville de Québec

Un terminal radio portatif du Service de police de la Ville de Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Contradiction avec la Fraternité

Par ses propos sur le SERAQ, Robert Pigeon contredit la version de certains policiers et de la Fraternité des policiers et policières de la ville de Québec, qui ont évoqué une série d'événements durant lesquels les communications ont été difficiles.

Pas plus tard que le 8 novembre, lors d'une intervention policière à Saint-Augustin, des policiers auraient eu du mal à demander des renforts. Même chose le 9 septembre au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL).

Le chef Pigeon a lié les problèmes de communication rapportés à des décisions tactiques ou à des erreurs de manipulation, plutôt qu'à des ratés techniques du SERAQ. Pour arriver à ces conclusions, le SPVQ a reconstitué les événements rapportés par ses policiers.

Martine Fortier, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec

Martine Fortier, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Sauf que la Fraternité persiste et signe.

Au cours d'une réunion avec le chef de police et les TI, mercredi, trois policiers sont venus expliquer les problématiques du SERAQ, et que la passerelle n'est pas viable dans nos opérations d'urgence, explique Martine Fortier, présidente de la Fraternité. Il y a trop de manipulations.

En entendant le chef de police parler de lacune dans la formation et nié les ratés du SERAQ, Mme Fortier admet avoir été secouée et a eu l'impression de ne pas avoir assisté à la même rencontre que Robert Pigeon.

La tension est palpable entre les deux parties. La semaine dernière, la Fraternité a fait parvenir une mise en demeure au SPVQ pour qu'il règle sans délai les problèmes des systèmes de communication, plaidant la sécurité des policiers.

Mme Fortier juge inacceptable que les problèmes de la RAO soient connus, mais sans solution réelle depuis 18 mois. Quant au SERAQ, elle s'explique bien mal les zones de découverture et l'absence d'antennes supplémentaires pour amplifier le signal pour certains bâtiments.

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