•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une avocate et un ex-sergent de la GRC découragés par le rapport Bastarache

Un agent de la GRC porte son couvre-chef à la main.

Une demande d'action collective a été déposée contre la GRC pour harcèlement et intimidation.

Photo : The Canadian Press / Chad Hipolito

Zoé Le Gallic-Massie

La professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval Louise Langevin est découragée par la culture qui règne au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et que révèle le rapport dévastateur de l'ex-juge de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache.

La culture de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est toxique et tolère les attitudes misogynes et homophobes de certains de ses dirigeants et de ses membres. Ce sont les principales conclusions établies par l'ex-juge de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache.

Il a rendu le rapport accablant de plus de 150 pages, intitulé Rêves brisés, vies brisées , le 19 novembre, après avoir évalué des milliers de demandes d'indemnisation et mené des centaines d'entrevues.

Le changement concret doit s'effectuer dans le domaine du leadership et dans les embauches, selon le sergent d'état-major de la GRC retraité Alain Babineau.

Il y a encore beaucoup d'individus avec des comportements discriminatoires sexuels et racistes, et aucune plainte n'a été formulée ou les plaintes ont été poussées en dessous du tapis. Ces individus continuent de monter les échelons et d'avoir une carrière très productive.

Alain Babineau, sergent d'état-major retraité à la GRC

Ceux qui ont commis des actes répréhensibles sont des gens qui ont été sélectionnés. Ce sont des leaders, rappelle M. Babineau, maintenant consultant en matière de justice et de profilage racial.

Professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval, Louise Langevin est pour sa part découragée par la culture qui a cours au sein de la GRC.

On ne devrait pas être surpris. On l’a vu pour l’armée canadienne. Mais, en même temps, on se dit : qu’est-ce que ça va prendre pour corriger cette situation , demande-t-elle après avoir lâché un soupir d’exaspération au micro de l’émission L’Actuel.

Système externe de plaintes demandé

En 2015, un rapport a conclu que la culture au sein des Forces armées canadiennes (FAC) était hostile aux femmes.

[Pour changer une culture], il faut que ce soit un système de plaintes à l’externe et non pas à l’interne, affirme Louise Langevin. Alain Babineau abonde dans le même sens.

L'idée figure parmi les 52 recommandations du rapport du juge à la retraite Michel Bastarache concernant la GRC.

Je suis d’avis qu’il est très peu probable que le changement de culture vienne de l’intérieur de la GRC. Cette dernière a eu de nombreuses années pour procéder, a fait l’objet de nombreux rapports et recommandations et, pourtant, les comportements inacceptables continuent de se produire, déplore-t-il.

Problème de représentativité

En date d’avril 2019, le taux de représentation des femmes à la GRC était de 21,8 %. Une situation inquiétante pour l’avocate et professeure Louise Langevin.

Le nombre de femmes à la GRC n'est pas assez élevé. Et le fait de mettre une femme à la tête d’une entreprise, ça ne réglera pas tout en même temps.

Louise Langevin, professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval

La commissaire Brenda Lucki est la première femme à avoir été nommée de façon permanente à la tête de la GRC en 2018.

Il existe toutefois différents problèmes, selon Alain Babineau.

Vous avez juste à remplacer le mot [minorité visible] par femmes et vous allez vous retrouver avec un rapport très, très similaire.

Alain Babineau, sergent d'état-major retraité à la GRC

Des rêves et des vies brisées

Le niveau de violence et d’agression sexuelle signalé était choquant, indique-t-on dans le rapport.

Au total, 3086 réclamations ont été analysées et 2304 ont été approuvées. En tout, 125 millions de dollars ont été octroyés en indemnisations.

Dans son rapport, l’ex-juge mentionne entre autres du harcèlement et de la discrimination en lien avec le recrutement, la formation, les affectations, la formation continue, en plus d'abus et d'agressions sexuelles lors des examens médicaux.

On parle de policiers qui font ça à des policières [...] On parle aussi de médecins qui travaillent pour la GRC. Ils ont fait des agressions gynécologiques, rappelle Louise Langevin.

La discrimination systémique et les comportements abusifs décrits dans le rapport de Michel Bastarache ont été qualifiés jeudi de répugnants et d'inacceptables par le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair.

Le ministre doit s’assurer que des changements réels se font, là ,maintenant, tout de suite, pas dans 10 ans. Il a un rôle à jouer, conclut Louise Langevin au micro de l’animatrice Marie-Gabrielle Ménard.

Avec les informations des émissions Le 6 à 9 et L'Actuel

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !