•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : aurait-il fallu permettre les essais cliniques de provocation?

Une infirmière russe vaccine un homme.

Dans le cadre d'essais cliniques de provocation, tous les participants, qu'ils soient vaccinés ou non, sont délibérément exposés à la maladie.

Photo : afp via getty images / Natalia Kolesnikova

Radio-Canada

Des essais cliniques de provocation auraient-ils pu permettre aux chercheurs de développer un vaccin contre la COVID-19 plus rapidement? C'est ce que soutient un député fédéral de l'Ontario, notamment. Mais cette approche est controversée et soulève d'importantes questions éthiques, selon une professeure de l'Université Dalhousie, à Halifax.

Neuf mois après le début de la pandémie, deux entreprises pharmaceutiques disent avoir mis au point un vaccin contre la maladie respiratoire fiable à plus de 90 %.

Le député libéral fédéral Marcus Powlowski, qui représente la circonscription ontarienne de Thunder Bay-Rainy River, soutient qu'un vaccin serait déjà disponible si des essais cliniques de provocation avaient débuté dès le printemps dernier.

Selon l'élu, un vaccin disponible plus rapidement aurait pu sauver de nombreuses vies, en plus d'épargner aux Canadiens d'importants bouleversements sociaux et économiques pendant plusieurs mois.

Si nous comparons les bienfaits et les risques, c'est vraiment clair pour moi que nous aurions dû faire des essais cliniques de provocation.

Marcus Powlowski, député fédéral de Thunder Bay-Rainy River en Ontario

Habituellement, dans le cadre d'essais cliniques d'un vaccin, les chercheurs suivent deux groupes de participants : un qui reçoit le vaccin et l'autre qui reçoit un placébo. Les deux groupes sont suivis pendant un certain temps pour voir si le vaccin fonctionne ou non.

Dans le cadre d'essais cliniques de provocation, tous les participants, qu'ils soient vaccinés ou non, sont délibérément exposés à la maladie.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

Marcus Powlowski aurait souhaité que de tels essais soient menés sur de jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans, pour qui la probabilité de succomber à la COVID-19 serait, selon lui, sensiblement la même que celle de périr dans un accident de la route.

La COVID-19 est une maladie très différente chez les jeunes et les personnes âgées et les personnes qui ont des maladies sous-jacentes, insiste le député ontarien.

Les risques d'un essai clinique de provocation avec 50 ou 100 [jeunes] personnes est donc très faible. Toutefois, les bienfaits, comme le nombre de vies sauvées, [sont grands].

Une seringue et un vaccin se font manipuler en laboratoire.

Santé Canada pourrait bientôt autoriser un vaccin contre la COVID-19.

Photo : iStock

L'avantage des essais cliniques de provocation est de connaître plus rapidement l'efficacité d'un vaccin, concède Françoise Baylis, professeure à la Faculté de médecine de l'Université Dalhousie à Halifax. Mais cette approche est beaucoup plus risquée que l'approche traditionnelle et soulève de nombreuses questions éthiques, à son avis.

La bioéthicienne indique que, de manière générale, des essais cliniques de provocation ont lieu seulement lorsqu'il existe déjà un remède éprouvé pour une maladie, ce qui n'est pas le cas pour la COVID-19.

On n'a pas l'habitude de demander [...] à des participants d'accepter le risque de mourir ou de tomber très malade dans un contexte où on n'a aucun traitement à leur offrir.

Françoise Baylis, spécialiste en bioéthique

Françoise Baylis s'interroge aussi sur ce qui représente une compensation adéquate à l'égard de participants à des essais cliniques qui acceptent d'être exposés à une maladie et possiblement en mourir.

La professeure d'Halifax défend la manière traditionnelle de tester les nouveaux vaccins. Depuis neuf mois, dit-elle, cette approche a mené au développement de près d'une soixantaine de vaccins à travers le monde, dont deux seraient efficaces à plus de 90 % et sur le point de recevoir le feu vert de Santé Canada.

L'arrivée prochaine d'un vaccin contre la COVID-19 change la donne pour Marcus Powlowski. Le député fédéral ne demande plus à Ottawa de permettre des essais cliniques de provocation. Mais il demeure convaincu qu'une telle approche aurait pu mettre un terme à la pandémie plus rapidement.

Avec les renseignements d'Olivier Lefebvre

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !