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Éthiopie : l'armée accuse le directeur éthiopien de l'OMS de soutenir le Tigré

Tedros Adhanom Ghebreyesus parle dans un micro devant un immense logo des Nations unies.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus

Photo : Associated Press / Martial Trezzini

Agence France-Presse

L'armée éthiopienne a accusé jeudi le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, originaire du Tigré, de chercher soutiens et armement pour cette région dissidente, ce qu'il a démenti. L'ONU réaffirme pour sa part son plein soutien à ce responsable.

M. Tedros a oeuvré dans les pays voisins à condamner la guerre que mène le gouvernement fédéral éthiopien aux autorités régionales du Tigré depuis le 4 novembre, il a oeuvré pour leur obtenir des armes, a affirmé le chef d'état-major de l'armée fédérale éthiopienne, le général Berhanu Jula.

Le directeur de l'OMS n'a négligé aucune piste pour aider le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), parti qui dirige la région du Tigré et défie depuis plusieurs mois l'autorité du gouvernement fédéral, a-t-il ajouté.

Vue en contre-plongée du camion avec les têtes de soldats et de mitraillettes qui dépassent.

Des soldats amharas dans un camion à Sanja attendent d'aller combattre les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Ce type est lui-même membre de cette équipe du TPLF, a accusé le général Berhanu, en parlant de M. Tedros, qui fut ministre de la Santé de 2005 à 2012 dans le gouvernement de Meles Zenawi, chef historique du TPLF, à l'époque parti tout-puissant et détenteur de tous les leviers de pouvoir à Addis Abeba.

Le porte-parole de la cellule de crise gouvernementale pour le Tigré, Redwan Hussein, a aussi séparément fait part du mécontentement des autorités d'Addis Abeba envers M. Tedros.

Le gouvernement est au courant qu'il s'est beaucoup agité, a appelé des dirigeants et [...] institutions pour leur demander [...] d'imposer au gouvernement de négocier, a-t-il déclaré. Le gouvernement attend plutôt de lui qu'il s'adresse à lui pour lui demander [...] ce qu'il peut faire pour l'aider.

Un administrateur international exemplaire

M. Tedros a démenti ces accusations dans un tweet. Certains rapports suggèrent que je prends parti dans cette situation. Ce n'est pas vrai et je tiens à dire que je ne suis que d'un seul côté, celui de la paix, a-t-il écrit.

À New York, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a réaffirmé le plein soutien du secrétaire général Antonio Guterres au responsable de l'OMS. Le secrétaire général a le plus grand respect pour le docteur Tedros qui est un administrateur international exemplaire, a-t-il dit. Nous avons tous vu le travail qu'il fait à la tête de l'OMS et il est toujours concentré avant tout sur le besoin urgent de renforcer la santé publique mondiale, a ajouté le porte-parole.

Abiy Ahmed.

Le premier ministre de l'Éthiopie, Abiy Ahmed

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Scientifique spécialiste en immunologie et maladies infectieuses, M. Tedros, 55 ans, est le premier Africain à diriger l'OMS, poste qu'il occupe depuis 2017.

Avant de prendre la tête de l'OMS, il a également été de 2012 à 2016 ministre des Affaires étrangères du gouvernement d'Hailemariam Desalegn, dauphin choisi par Meles, qui a succédé à ce dernier à son décès brutal en 2012.

Premier ministre depuis 2018 et Prix Nobel de la paix l'année suivante, M. Abiy a lancé le 4 novembre une opération militaire au Tigré contre les forces du TPLF, qu'il accuse de chercher à déstabiliser le gouvernement fédéral et d'avoir attaqué deux bases militaires éthiopiennes dans la région, ce que nient les autorités régionales.

Plusieurs centaines de morts

Aucun bilan précis de l'offensive militaire, entrée dans sa troisième semaine et comprenant notamment des bombardements aériens, n'est disponible, et la région est quasiment coupée du monde.

Mais les combats ont fait plusieurs centaines de morts et, selon le chef de la Commission soudanaise des réfugiés, ont contraint au moins 36 000 Éthiopiens à fuir au Soudan voisin.

M. Abiy a récemment affirmé que l'offensive militaire entrait dans sa phase finale.

Jeudi, M. Redwan a affirmé que l'armée fédérale se rapprochait de Mekele, capitale régionale du Tigré, et avait pris la localité de Shire, dans le nord du Tigré, où des combats intenses étaient signalés ces derniers jours, ainsi que plusieurs autres dans le sud de la région.

Ces affirmations sont impossibles à vérifier de source indépendante.

Des Éthiopiens attendent en file, bol à la main.

Des migrants éthiopiens qui fuient les combats du Tigré attendent leur ration de nourriture dans un camp de Hamdiyet, au Soudan, le 14 novembre 2020.

Photo : AFP / EBRAHIM HAMID

Après avoir dominé durant 15 ans la lutte armée en Éthiopie contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a contrôlé d'une main de fer durant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire du pays, jusqu'à ce qu'Abiy Ahmed en prenne les rênes sur fond de contestation populaire inédite contre le pouvoir.

Progressivement écartés des postes-clés et visés par des poursuites judiciaires, ses responsables se sont retranchés dans leur fief du Tigré, d'où ils ont défié ces derniers mois l'autorité du gouvernement fédéral.

Le 13 novembre, le gouvernement éthiopien avait affirmé détenir des preuves crédibles que des agents du TPLF travaillaient au sein d'organisations locales et internationales, et en avoir notamment transmis une liste au Programme alimentaire mondial (PAM).

Le même jour, un responsable de l'Union africaine (UA) avait confirmé que l'organisation, dont le siège est à Addis Abeba, s'était séparée de son directeur de la sécurité, originaire du Tigré, après un signalement du gouvernement éthiopien mettant en doute son honnêteté.

Depuis le début de l'offensive, des centaines de personnes ont été arrêtées, soupçonnées de conspirer avec le TPLF, et 34 hommes d'affaires sont privés d'accès à leurs comptes en banque en raison de liens supposés avec le parti tigréen.

Mercredi, la police fédérale a annoncé avoir délivré 76 mandats d'arrêt contre des officiers de l'armée, certains à la retraite, accusés de trahison au profit du TPLF.

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