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Jusqu’à un an d’attente pour voir un psychologue au Nouveau-Brunswick

Les Néo-Brunswickois qui souhaitent entreprendre une psychothérapie doivent s’armer de patience.

Une femme porte un masque et regarde par la fenêtre de chez elle.

Les Néo-Brunswickois ont le moral dans les talons depuis le début de la pandémie.

Photo : Getty Images / Ozgurcankaya

Les autorités rappellent régulièrement l’importance de faire attention à sa santé mentale durant la pandémie, mais il est toujours aussi difficile de voir un psychologue au Nouveau-Brunswick. L’attente peut dépasser un an pour des services de priorité moyenne dans le réseau public. Au privé, certains psychologues font état d’une attente de plus de trois mois, alors que d’autres ont même cessé d’accepter de nouveaux clients.

Le Réseau de santé Vitalité répartit les priorités en santé mentale en trois catégories : urgentes, élevées et moyennes. Les patients dont la détresse est jugée urgente peuvent être vus en l’espace de quelques jours. Mais ce temps d’attente peut dépasser un an dans les autres cas.

Dans le système public, on va prendre les cliniquement plus affectés, on va traiter les personnes qui ont des maladies psychiatriques, et déjà là, ton caseload est plein, explique Gina Girard, une psychologue à la retraite qui a longtemps travaillé auprès du réseau public dans la Péninsule acadienne.

Une affiche du bureau de santé mentale de Moncton

La province compte une vingtaine de centres de santé mentale communautaires.

Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell

Les délais d’attente sont acceptables pour les cas de priorité urgente et élevée, de l’avis de Rino Lang, directeur des services de santé mentale chez Vitalité. Toutefois, on peut faire mieux pour les clients ayant une classification moyenne, ça c’est sûr, convient-il.

Le risque avec cette façon de procéder, souligne la psychologue de Caraquet Anne-Marie Jourdain, c’est que les priorités moyennes deviennent élevées, voire urgentes.

Si ces personnes font une demande, c’est qu’elles sont arrivées au bout des mécanismes d'adaptation qu’elles sont capables d’appliquer et qu’elles ont besoin d’aide. Et évidemment ça s'aggrave avec le temps , explique-t-elle.

Ceux qui voient leur santé mentale se dégrader, ou qui ont les moyens de se payer une thérapie, décident parfois de se tourner vers des services de psychologie dans le secteur privé.

Trois mois d’attente, même au privé

La centaine de psychologues qui offrent des services privés en français au Nouveau-Brunswick sont débordés.

« Je me suis lancé en pratique privée [après une carrière dans le réseau public] pour prendre cela un peu plus relax, mais ce n'est pas le cas. Je travaille de 10 à 12 heures par jour, de six à sept jours par semaine. »

— Une citation de  Richard Bérubé, psychologue à Edmundston

L’accès peut varier selon la région, mais en moyenne, il faut attendre trois mois avant son premier rendez-vous.

La Péninsule acadienne n’a actuellement qu’une seule psychologue offrant des services en cabinet privé. Les régions de Bathurst, d’Edmundston et de Campbellton offrent un accès comparable et un temps d’attente de quelques semaines à quelques mois.

Près des deux tiers des psychologues francophones de la province sont à Moncton, mais l’accès n’y est pas plus facile pour autant, car la demande est plus grande.

Plusieurs psychologues n’ont plus de place pour de nouveaux clients. C’est d’ailleurs le cas des psychologues travaillant dans les deux plus importantes cliniques de la ville, la Clinique de psychologie appliquée et la clinique Maritime Psychology.

Le syndrome des portes tournantes

« La santé mentale, ça a toujours été l’enfant pauvre du système de santé. »

— Une citation de  Gina Girard, psychologue à la retraite à Caraquet

Comme les services privés de psychologie ne sont pas couverts par l’assurance maladie au Nouveau-Brunswick – contrairement aux soins de médecine – les clients qui réussissent à avoir une place ne sont pas au bout de leurs peines.

Combien coûte une séance chez le psy?

Une séance d’une heure chez un psychologue qui pratique au privé coûte de 150 $ à 200 $ au Nouveau-Brunswick. Le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick recommande un tarif horaire de 170 $. Au Québec, le coût varie généralement entre 80 $ et 130 $.

  • Nouveau-Brunswick : 150 $ à 200 $

  • Nouvelle-Écosse : 190 $

  • Ontario : 175 $ à 230 $

  • Québec : 80 $ à 130 $

La plupart des régimes d’assurance offrent un remboursement jusqu’à concurrence d’un certain montant, souvent l'équivalent de quelques rendez-vous. Les clients peuvent donc se retrouver à devoir mettre un terme abrupt à leur thérapie avant même que leur problème ne soit résolu.

Comme psychologue, si tu sais que tu as juste trois séances, tu ne peux pas commencer à traiter des affaires en profondeur, parce qu’éthiquement parlant, tu dois être responsable de là où t’amène ton patient, explique la psychologue Gina Girard, qui a pris sa retraite en juillet.

Une femme discute avec une psychologue dans le cadre d'une séance de psychothérapie.

Les demandes en psychothérapie ont diminué durant le premier confinement, mais ont augmenté en flèche après le déconfinement, selon plusieurs psychologues.

Photo : getty images/istockphoto / lorenzoantonucci

Pour la psychologue Anne-Marie Jourdain, une approche à court terme contribue au syndrome des portes tournantes : ce phénomène où des patients entrent dans le système de santé pour en ressortir sans réelle prise en charge ni suivi, jusqu’à ce que leur état se détériore encore davantage.

Avec des personnes qui ont des besoins importants, on voit le syndrome des portes tournantes. On va les revoir. Le court terme, ça met un pansement, se désole Mme Jourdain.

Détresse chez les jeunes : une tendance à la hausse?

Le problème du manque de place en santé mentale existait bien avant la pandémie. S’il semble avoir été exacerbé depuis, selon certains psychologues, il est toutefois difficile d’établir un lien de cause à effet, puisqu’il existe très peu de données sur la question au Nouveau-Brunswick.

Certaines observations chez les psychologues interrogés reviennent plus souvent que d’autres, notamment concernant le degré de détresse chez les jeunes.

Le psychologue Felipe Ramirez Hinrichsen, à Moncton, observe que les adolescents sont peut-être les plus touchés par la pandémie, les mesures de distanciation sociale et le manque de contact physique avec leurs pairs, incluant les changements horaires à l'école.

Deux chaises noires dans un local de consultation de la Clinique universitaire de services psychologiques de l'UQTR.

Le problème du manque de place en santé mentale existait bien avant la pandémie.

Photo : Radio-Canada

La psychologue Hélène Ouellet, qui pratique dans la région d’Edmundston, abonde dans son sens. Plusieurs se plaignent de troubles cognitifs, dont des difficultés de concentration. Ils rencontrent des difficultés scolaires et se demandent s’ils ont un trouble déficitaire de l’attention (TDA), alors que les difficultés de concentration sont aussi un symptôme important de troubles liés à l’anxiété, expose-t-elle.

Dans le Rapport sur l’état de l’enfance 2020 (Nouvelle fenêtre), le défenseur des jeunes et des enfants de la province, Norman Bossé, souligne que les élèves du Nouveau-Brunswick ont été parmi les premiers et les plus gravement touchés au Canada.

M. Bossé insiste sur l’importance de garder les écoles ouvertes. Les mesures prises ont probablement grandement contribué à nos premiers efforts pour contenir la propagation du virus, mais il ne faut pas oublier le prix payé par les enfants et les familles, indique ce rapport.

Le défenseur de la jeunesse déplore lui aussi l’absence de données sur la santé mentale au Nouveau-Brunswick. Il propose notamment au ministère de l’Éducation d’effectuer des sondages auprès des jeunes pour mieux connaître comment ils vivent la pandémie.

Les solutions du gouvernement : la psychothérapie brève et la télépsychothérapie

Le gouvernement, qui se dit au courant des problèmes de manque de place en santé mentale, travaille à l’élaboration de deux projets pilotes visant à réduire l’attente : un premier de psychothérapie brève à Campbellton et un autre de télépsychothérapie et à Moncton.

La psychothérapie brève consiste à offrir une à deux séances aux patients ayant des besoins légers à modérés. Ce ne sont pas tous les clients qui ont besoin de plusieurs sessions pour des troubles de santé mentale légers à modérés, avance Rino Lang, de Vitalité.

Le projet pilote devrait débuter dans les prochains mois à Campbellton, selon Vitalité. Le réseau de santé aimerait ensuite étendre le concept dans toute la province en 2021.

Le projet de télépsychothérapie, mis sur pied conjointement avec l’Université de Moncton, s’adresse lui aussi aux personnes aux prises avec des symptômes de dépression ou d’anxiété jugés modérés.

Le programme informatique questionne notamment les participants sur leurs humeurs, ce qui permet aux thérapeutes d'ajuster leurs traitements.

Le programme informatique questionne notamment les participants sur leurs humeurs, ce qui permet aux thérapeutes d'ajuster leurs traitements (archives).

Photo : CBC/Sherry Vivian

C’est une plateforme que les gens pourront accéder de la maison. Ils vont suivre des modules à leur propre rythme et avoir une rencontre une fois par semaine avec un professeur de la santé, dit M. Lang, en ajoutant que ce projet de démonstration est prêt à être lancé sous peu dans les régions de Moncton, de Kent et de Shediac.

Ressources en santé mentale

Si vous ou un de vos proches êtes en détresse ou avez besoin d'aide, n'hésitez pas à vous rendre aux urgences ou à faire appel aux ressources suivantes :

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