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Décriminaliser les drogues à Vancouver, un projet réalisable?

Des ambulanciers aident une personne allongée au sol dans une ruelle.

Les premiers répondants tentent de sauver une personne suspectée d'avoir fait une surdose dans les rues de Vancouver.

Photo : Ben Nelms/CBC

La proposition de décriminaliser la possession simple de drogues illicites, proposée mercredi par la Ville de Vancouver, est bien accueillie par les experts, même si sa réalisation risque d’être laborieuse.

Cela fait des années que les membres de l’organisme VANDU, un groupe de défense pour les toxicomanes à Vancouver, exigent la décriminalisation des drogues. Maintenant, ils ont bon espoir que cette mesure sera adoptée autant par le conseil municipal que par Ottawa.

Ce serait vraiment bien, étant donné que beaucoup de personnes tentent de cacher ce qu’elles ont et l'endroit où elles se procurent [leurs drogues] et cela crée toutes sortes de problèmes avec la police, explique le vice-président de VANDU, Kevin Yake.

Un homme pose de dos devant plus de 1000 croix qui ont été plantées pour illustrer le nombre de vies sauvées par le centre d'injection supervisée de Vancouver.

Entre janvier et septembre 2020, près de 1200 personnes ont perdu la vie en raison d'une surdose liée à une consommation de drogues illicites en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

S’il applaudit l’intention de Vancouver, il rappelle cependant l’importance d’offrir un accès à des drogues qui sont sécuritaires pour les consommateurs, en particulier avec la crise des opioïdes qui sévit actuellement dans les rues de la métropole.

Problème de logistique

Restreindre la décriminalisation aux limites d’une ville n’est pas très réaliste, estime l’avocat criminaliste Tony Paisana, qui travaille à Vancouver.

On peut s’entendre pour ne pas intenter de poursuites judiciaires dans un certain périmètre, mais la décriminalisation complète de quelque chose relève du Code criminel et s’applique donc à l’ensemble du pays, explique-t-il.

Décriminaliser la possession simple nécessite également de déterminer ce qu’est une petite quantité de drogue et ce qui, au contraire, constitue une quantité suffisante pour en faire le trafic.

Il y a tout un défi logistique, puisqu’il y a un nombre infini de drogues différentes qui sont illégales, et ce qu'on considère comme une petite quantité est différente pour chacune. Une petite quantité de cocaïne est différente d’une petite quantité de fentanyl, souligne-t-il.

L’avocat en droit de la santé et membre du conseil d'administration de l'Association des intervenants en dépendance du Québec, Louis Letellier de Saint-Just, abonde dans le même sens.

Vancouver et son maire savent très bien que, sur le plan strictement juridique, aucune ville au pays n'a ce pouvoir de décriminaliser sur son territoire la possession simple des drogues, dit-il.

L’intention demeure intelligente , selon lui, puisqu’elle s’inscrit dans un mouvement plus global où de plus en plus de pays et d’États se penchent sur la possibilité de mettre de côté les infractions liées à la possession simple de produits stupéfiants.

Un policier de Vancouver patrouille dans le quartier Downtown Eastside.

Selon le chercheur Jean-Sébastien Fallu, il faut non seulement décriminaliser la possession simple de drogues, mais également cesser de punir les utilisateurs pour leur consommation.

Photo : Shutterstock / Adam Melnyk

Je pense que ce chemin vers la décriminalisation est presque irréversible. Par contre, irréversible, dans un contexte politique […] c'est toujours très fragile, dit-il.

Un changement de gouvernement fédéral pourrait, par exemple, renverser une entente obtenue avec la Ville de Vancouver à ce propos, explique-t-il. Mais, avant même l’aval d’Ottawa, l’avocat doute que la motion obtienne l’accord du conseil municipal.

« Je ne pense pas que l'on doive s'attendre à une décision positive. On va plutôt nourrir davantage la question et la réflexion sur la décriminalisation des drogues. »

— Une citation de  Louis Letellier de Saint-Just, avocat en droit de la santé

Déstigmatiser la consommation

La décriminalisation de la possession simple de drogues doit aller de pair avec des programmes de traitements volontaires, un accès à des drogues sécuritaires ainsi qu’à des manières de tester la toxicité des drogues et un accès à du naloxone, dit le chercheur à l'Institut universitaire sur les dépendances et au Centre de recherche en santé publique Jean-Sébastien Fallu.

« Toute forme de criminalisation et de punition est une forme de stigmatisation et de déshumanisation des personnes qui consomment. »

— Une citation de  Jean-Sébastien Fallu, chercheur

Il va falloir, dit-il, voir le problème de consommation tel qu’il est, sans tomber dans la désinformation ou la propagande, pour pouvoir y faire face et le gérer collectivement plutôt que d’accentuer la stigmatisation.

Il va falloir accepter, comme société, que la drogue a toujours existé et qu'elle existera toujours, et cesser d'avoir des lubies, de vouloir l'éradiquer complètement. C'est se déconnecter de la réalité de l'humanité, dit-il.

Si Vancouver obtient l’aval d’Ottawa, la Ville deviendrait la première municipalité au Canada à prendre une telle mesure dans l’espoir de réduire la crise des opioïdes.

Avec des informations d'Hélène Bardeau et de Dominique Lévesque

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