•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

La langue française, un talon d’Achille pour les libéraux?

Justin Trudeau a probablement l’impression de se retrouver au beau milieu d’un champ de mines linguistique. Et une bonne partie des explosifs qui l’entourent ont été plantés par des gens de son propre parti.

M. Trudeau prend la parole à la Chambre des communes.

Le premier ministre Justin Trudeau, lors de la période de questions à la Chambre des communes le 18 novembre 2020

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Appelez ça comme vous voulez : une passe sur la palette de l’adversaire, un but dans son propre filet, une erreur du lanceur. Si les partis d’opposition sont en train de frapper une série de coups sûrs dans le dossier de la langue française depuis le début de la semaine, c’est parce que le camp libéral leur a lancé deux beaux gros ballons de plage difficiles à rater.

Une députée libérale de Montréal remet en question le déclin du français dans la métropole.

La présidente du PLC au Québec déclare sur Twitter que la loi 101 est oppressive et ruine l’éducation des anglophones. Deux blessures infligées par des tirs amis, qui s’ajoutent à d’autres bourdes ou faux pas des derniers mois.

Des textos en anglais seulement pour l’application Alerte COVID; l'étiquetage unilingue anglophone de produits pour lutter contre la pandémie; un désaccord avec Québec sur l’application de la loi 101 aux entreprises de juridiction fédérale; une modernisation de la Loi sur les langues officielles qui traîne; une nouvelle politique linguistique qui se fait attendre.

Des munitions pour l’opposition

Il parle aux Communes.

Les récentes bourdes libérales en matière linguistique donnent l'occasion au nouveau chef conservateur, Erin O'Toole, de marquer des points auprès de l'électorat québécois.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Sans surprise, les bloquistes et les conservateurs ont sauté sur l’occasion pour accuser le Parti libéral au grand complet de dénigrer la langue française et de ne pas en faire assez pour la protéger.

Depuis lundi, l'opposition a forcé Mélanie Joly à se dire stupéfaite et abasourdie des propos de sa collègue députée. Ils ont fait dire à Justin Trudeau qu’il était inacceptable et préoccupant de ne pas pouvoir se faire servir en français à Montréal, et qu’il appuyait la loi 101. Ils ont fait adopter une motion - présentée par le NPD - qui reconnaît la situation fragile du français en déclin et qui stipule que le gouvernement doit s’engager à un plan d’action et de protection.

Des petits moments de victoires en chambre, qui – l’opposition l’espère et les libéraux le craignent – pourraient laisser des traces à long terme, dans la prochaine bataille électorale.

Les conservateurs prennent du galon en Ontario. La popularité du Bloc se cristallise au Québec. Les provinces de l’Ouest ne sont pas un terrain fertile pour les libéraux.

Les troupes de Justin Trudeau sont à une vingtaine de sièges de perdre leur avantage et leur gouvernement. Chaque vote compte, et ceux du Québec francophone, notamment dans les régions à l'extérieur de Montréal, pourraient faire pencher la balance.

De plus, si les conservateurs ont parfois l’image de ne pas toujours être très profrancophones, l’épisode en cours donne une occasion au nouveau chef Erin O’Toole de changer les apparences et de marquer des points auprès de l’électorat québécois, qu’il courtise allègrement depuis sa course à la direction.

Pour Justin Trudeau, c’est politique et personnel

Les libéraux sont en train de s’auto-pelure-de-bananiser dans le dossier de la protection de la langue française, qui revêt un caractère émouvant pour ces électeurs. Un épisode difficile à avaler pour le premier ministre Trudeau, tant sur le plan politique que personnel.

Justin Trudeau a promis dans le discours du Trône d’améliorer un héritage laissé par son patriarche. Pierre-Elliott Trudeau avait adopté en 1969 la Loi sur les langues officielles qui mettait le français et l’anglais sur un pied d’égalité. En 2020, Justin Trudeau laisse entendre qu’il veut mettre le français sur un piédestal et lui donner un statut particulier afin de mieux le protéger, notamment au Québec. Des efforts qui sont minés par les récents faux pas de deux libérales.

La main tendue aux francophones vient de perdre de la crédibilité et pourrait coller à la peau des libéraux assez longtemps pour leur nuire.

Justin Trudeau a probablement l’impression de se retrouver au beau milieu d’un champ de mines linguistique en ce moment. Et une bonne partie des explosifs qui l’entourent ont été plantés par des gens de son propre parti.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !