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L'afflux d'argent pour soutenir l'économie profite aux riches, selon Thomas Piketty

Des pièces de monnaie canadienne

La politique monétaire contribue à accroître les inégalités sociales, selon l'économiste Thomas Piketty.

Photo : iStock / SCoutts

Les banques centrales ont injecté des milliers de milliards de dollars pour financer des programmes de soutien un peu partout dans le monde en raison de la pandémie de COVID-19. Or cet afflux massif d’argent ne parvient pas nécessairement à réduire les inégalités, selon l'économiste français Thomas Piketty.

Les fonds investis par les gouvernements profitent davantage aux riches qu’aux pauvres, voilà essentiellement le propos de Thomas Piketty, directeur d'études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’École d'économie de Paris, qui a accordé une entrevue à l’émission Zone économie diffusée sur ICI RDI.

L’économiste, qui est aussi l'auteur du livre à succès Le capital au XXIe siècle, considère que la crise sanitaire a mis en lumière les écarts de richesse. Cette épidémie révèle toute la violence de ces inégalités sociales, déclare-t-il.

Il explique que les gens fortunés qui possèdent une grande maison à la campagne et des réserves financières n’ont pas été frappés de plein fouet par le confinement en raison de la pandémie.

En contrepartie, les personnes qui vivent dans un petit logement en ville, qui ont un statut d'emploi précaire comme les travailleurs autonomes ou dont dont les papiers de citoyenneté ne sont pas en règle ont été plus affectées.

Depuis 2008, c’est un peu une des limites de ces politiques de création monétaire, c’est que cela n’a pas toujours bénéficié forcément aux plus modestes.

Thomas Piketty, économiste

Il estime que la politique monétaire des banques centrales a contribué à stimuler les cours boursiers et immobiliers et que cela a permis d’enrichir les mieux nantis.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Thomas Piketty l'air sérieux sur fond bleu.

Entrevue avec Thomas Piketty

Photo : Getty Images / ERIC PIERMONT

L'expert souligne que les personnes qui ont une capacité d’emprunt suffisamment importante et une expertise légale, fiscale et financière peuvent notamment profiter de l’occasion pour investir dans des placements et s’enrichir davantage.

Toute cette politique monétaire, elle a aussi contribué à accroître l’inégalité des rendements du capital obtenus par différents niveaux de portefeuilles financiers et différents niveaux de patrimoine. D’un côté, on règle le problème de la dette publique, mais de l’autre on crée un autre problème en contribuant à exacerber les inégalités de patrimoine, constate-t-il.

Augmenter les salaires

Le professeur plaide plutôt pour une réduction des écarts de revenus directement à la source. Je pense qu’il faudrait que cette création monétaire soit davantage utilisée pour, par exemple, augmenter le salaire des infirmières ou des enseignants, créer plus d’emplois dans la santé, dans l’éducation, dit-il.

Accroître la rémunération de ces travailleurs entraînerait un déplacement de l’inflation, qui est actuellement sur les prix des actifs, les cours boursiers, les cours immobiliers, sur les prix et les salaires.

Ce faisant, selon lui, il faudrait arrêter une telle intervention avec l’atteinte d’une inflation de 3 à 4 %. Or, prévient-il, on en est très loin. Aujourd’hui, on a une inflation qui est très faible.

Il recommande donc de reporter l’usage de cette création monétaire sur des choses qui sont plus utiles, comme un investissement dans l’environnement. Il y a beaucoup d’emplois à créer dans la rénovation thermique des bâtiments, cite-t-il en exemple.

Après s’être occupé d’un ajustement de la rémunération des travailleurs en réduisant les écarts salariaux, viendra le temps d’aborder la question des impôts, soutient Thomas Piketty. À la fin, pour rembourser une dette et pour financer des dépenses sociales, il faut un système fiscal, dit-il.

On s’interdit trop souvent de réfléchir à un autre système économique. On a un peu fermé la discussion sur différents systèmes économiques possibles. Ce qui contribue parfois à ce déplacement du conflit politique vers des questions, vers des postures nationalistes, des replis identitaires qui empêchent de régler des problèmes, affirme-t-il.

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