•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Alek Minassian ne comprend pas la magnitude du crime qu'il a commis, selon une psychiatre

La médecin le décrit comme un homme asocial, dépressif et solitaire.

Le portrait d'un homme

Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle à l'ouverture de son procès le 10 novembre dernier.

Photo : LinkedIn

Jean-Philippe Nadeau

La défense d'Alek Minassian a appelé son deuxième témoin mercredi au procès de son client : il s'agit d'une pédopsychiatre spécialisée dans les spectres de l'autisme chez l'enfant. Alek Minassian a plaidé la non-responsabilité criminelle relativement à l'attaque au camion-bélier qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky, a rappelé d'entrée de jeu qu'il n'a pas appelé à la barre des témoins la Dre Rebecca Chauhan pour parler de la non-responsabilité criminelle de son client. Il souligne qu'il l'a sollicitée pour obtenir un second avis clinique sur la condition de son client de 28 ans.

La Dre Chauhan explique que l'accusé est légèrement autiste, mais qu'il a dû être plus sévèrement atteint lorsqu'il était plus jeune. Elle soutient qu'elle n'a décelé en revanche aucun signe de psychose dans sa personnalité.

Elle ajoute qu'Alek Minassian a fait deux tentatives de suicide, ce qui n'est pas inhabituel chez des individus dépressifs ou anxieux comme l'accusé.

La psychiatre affirme l'avoir rencontré trois fois en détention et qu'elle lui a fait passer des tests d'autisme le 12 septembre 2018, soit cinq mois après l'attentat de la rue Yonge.

La façade du Centre de détention du sud de Toronto

Le Centre de détention du sud de Toronto, où Alek Minassian est enfermé en attendant la fin de son procès.

Photo : Twitter

La Dre Chauhan affirme que les tests ont montré que les comportements de l'individu remplissaient bien les critères de l'autisme. Ses résultats montrent qu'il se situe juste au-dessus du seuil de l'autisme, dit-elle.

Elle ajoute que l'accusé avait un regard fuyant déconcertant, un état affectif uniforme et une voix monotone lorsqu'elle lui a fait passer les tests en question.

Au sujet de ses parents, Alek Minassian lui a révélé que sa mère avait un sourire étrange et son père, un air toujours découragé.

Dessin de la docteure de face en train de témoigner.

La Dre Rebecca Chauhan témoigne pour la défense au procès d'Alek Minassian.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La psychiatre souligne que l'accusé a des difficultés significatives au niveau de ses relations sociales et qu'il a une compréhension élémentaire des émotions.

Il parle des émotions comme d'un puzzle dont il faut assembler des pièces, ce qui est inusité par rapport à la sévérité du crime dont il est accusé, précise-t-elle.

Elle explique qu'Alek Minassian a en fait une compréhension sensorielle des émotions. Il va dire qu'il a chaud lorsqu'il parle de la colère par exemple, dit-elle.

Un sketch de cour montre un homme

Alek Minassian durant son procès lors de la deuxième semaine de novembre. Celui-ci se déroule virtuellement.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

La psychiatre explique à la cour qu'elle lui a par exemple fait lire deux livres amusants en détention, mais qu'il n'a éprouvé aucune émotion ni aucune joie à les lire.

Il s'attardait à des détails superflus au sujet de ces histoires ou alors il en donnait trop pour expliquer sa pensée à leur sujet, poursuit-elle.

La Dre Chauhan ajoute qu'Alek Minassian est atteint de cécité mentale, parce qu'il a des difficultés à saisir le monde extérieur et à comprendre les intentions d'autrui.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky, interroge la Dre Chauhan à la barre des témoins.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

C'est tout un contraste par rapport à son fonctionnement intellectuel qui, lui, se situe dans la moyenne, dit-elle.

Elle explique que la cécité mentale est la difficulté d'un individu à comprendre que chaque personne a une compréhension différente du monde que lui.

C'est un manque qui est lié à l'interaction sociale, ajoute-t-elle. La Dre Chauhan précise toutefois que ce ne sont pas tous les autistes qui en sont atteints.

Les rapports avec les femmes

La Dre Chauhan a témoigné que l'accusé lui a révélé qu'il voyait que les filles changeaient d'attitude à son endroit vers l'âge de 12 ou 13 ans. Il s'est senti rejeté à l'adolescence au cours d'un échange avec une fille qui s'était moquée de lui, précise-t-elle.

Elle ajoute qu'Alek Minassian lui a confié que son attitude à l'endroit des femmes avait alors changé dès cet instant, même dans des situations où il n'y avait pas de rejet de leur part.

Dessin du procureur de la Couronne.

Le procureur de la Couronne, Joseph Callaghan, écoute attentivement la Dre Chauhan avant de la contre-interroger.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

La psychiatre déclare que l'accusé lui a dit qu'il prétendait être effrayé par les filles, mais qu'il voulait en fait les aborder pour leur parler.

Il produisait des voix ridicules au secondaire en s'adressant à ses camarades de classe pour qu'ils se tiennent à l'écart, parce qu'une image négative de sa personne vaut mieux selon lui que de l'indifférence, explique-t-elle.

La psychiatre souligne qu'Alek Minassian a lu le manifeste d'Elliot Rodger, parce qu'il était solitaire comme lui et qu'il éprouvait des difficultés avec les filles .

Le portrait d'un homme

Elliot Rodger, l'auteur de la tuerie de Santa Barbara et le fondateur allégué des Incels.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/California DMV, File

L'Américain a commis un attentat semblable à celui de Minassian sur le campus de l'université de Californie à Santa Barbara en 2014 avant de s'enlever la vie.

La Dre Chauhan ajoute qu'Alek Minassian était toutefois incapable de trouver des différences entre Rodgers et lui, mais seulement des similitudes entre leur vie. Elle soutient qu'Alek Minassian s'identifiait à Elliot Rodgers, parce qu'il éprouvait lui aussi des difficultés à socialiser avec des jeunes de son âge.

Un véhicule accidenté avec des policiers autour

Des policiers sur la scène du drame, peu après l'attaque au camion-bélier l'après-midi du 23 avril 2018.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

La psychiatre souligne par ailleurs que l'accusé avait des fantasmes au sujet des tueurs en série lorsqu'il était au secondaire. Il faisait des recherches à ce sujet à la façon d'un rituel lorsqu'il se sentait désespéré, se souvient-elle.

La Dre Chauhan ajoute qu'il lui a toutefois dit que les choses ont commencé à s'améliorer lorsqu'il a terminé ses études secondaires.

Il a toutefois trouvé que son enrôlement dans l'armée canadienne était beaucoup plus difficile qu'il ne l'avait envisagé, poursuit-elle.

La médecin raconte ensuite la façon dont il lui a parlé de l'attaque au camion-bélier. Oui, il savait que ce qu'il a commis ce jour-là était illégal, répond-elle à Me Bytensky.

Boris Bytensky entouré des caméras et des micros de journalistes

L'avocat Boris Bytensky, en mêlée de presse, lors de la deuxième comparution de son client en septembre 2018.

Photo : Radio-Canada

Elle souligne qu'il n'a montré aucun remords et qu'il était satisfait de l'attention qu'il avait reçue, même si le plan ne s'est pas exactement déroulé de la façon dont il l'avait prévu.

Elle précise qu'Alek Minassian lui a confié que cela a valu la peine. Elle affirme néanmoins qu'il ne comprend pas la magnitude du crime qu'il a commis.

La Dre Chauhan explique que les personnes autistes peuvent faire la différence entre le bien et le mal et prendre les décisions morales qui s'imposent.

Dans une situation nuancée ou complexe, un tel défi peut être accablant et la planification et la résolution des problèmes peuvent en être affectées, explique la psychiatre.

Un site commémoratif à Toronto rendant hommage aux victimes de l'attaque meurtrière à la voiture-bélier

Un site commémoratif avait été érigé sur la rue Yonge à Toronto pour rendre hommage aux victimes de l'attentat.

Photo : La Presse canadienne / Galit Rodan

La Dre Chauhan avait plus tôt déclaré qu'elle faisait des différences entre les niveaux d'autisme selon le degré de soutien qu'un individu autiste nécessite pour fonctionner dans son quotidien.

Dans le cas d'Alek Minassian, la psychiatre précise qu'il a dû requérir au cours de son enfance à un soutien minimal, puis substantiel, et parfois les deux en même temps. Elle rappelle par exemple qu'il était inscrit dans un programme d'éducation spécialisée adapté à ses aptitudes intellectuelles.

La Dre Chauhan précise que des troubles intellectuels peuvent aussi survenir de façon concomitante avec les troubles de l'autisme.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !