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« Le 31, je lui avais déjà pardonné » : un autre blessé des attaques du Vieux-Québec témoigne

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La victime, est en vêtements d'hôpital, parle dans un micro de sa chambre d'hôpital.

Le reportage d'Alexandre Duval

Photo : Facebook / Rémy Bélanger de Beauport

Parmi les cinq victimes des attaques du soir de l’Halloween se trouve le musicien Rémy Bélanger de Beauport. Dans une vidéo rendue publique sur son compte Facebook, il raconte comment son chemin a rencontré celui de l’assaillant, tout en faisant un plaidoyer pour « une justice transformatrice ».

L’être de chair qui tenait l’épée quand je l’ai rencontré, j’ai l’impression qu’à l’intérieur de cette chair, il ne restait pas grand-chose du gars, décrit cette victime des attaques du Vieux-Québec qui ont aussi coûté la vie à deux personnes, le 31 octobre.

C’est de sa chambre d’hôpital que Rémy Bélanger a tenu à s’adresser à ses proches, à ses amis, à ses collègues, dans une vidéo d’une durée de 45 minutes. L’aspect public de son message n’en demeure pas moins important, puisque ce dernier tient à présenter sa vision de la justice, dans un contexte de santé mentale.

J’étais dans l’ambulance le 31 au soir et déjà je lui avais pardonné. Je me suis dit : "Essayons pour l’fun de dire la phrase suivante : 'Je l’aime'." Et je me suis rendu compte que c’est ce que je croyais, et j’y crois encore.

Le véhicule du suspect a été retrouvé face au Château Frontenac, sur la rue Saint-Louis.

Le soir de l'attaque, le véhicule du suspect a été retrouvé près du Château Frontenac.

Photo : Radio-Canada

Pour une justice transformatrice

Dans le milieu artistique et ailleurs, il est connu sous le nom de Rémy Bélanger de Beauport, un musicien, violoncelliste, improvisateur, qui entamait aussi des projets en direction musicale. La vidéo qu’il présente sur sa page Facebook, un peu plus de deux semaines après les attaques, permet donc de découvrir plusieurs éléments de son histoire, dont ses blessures, mais aussi les messages qu'il souhaite lancer.

La justice carcérale, qui suppose que la victime serait satisfaite par des années de prison, pour moi, ce n’est pas ça. Ce que je souhaite, c’est qu’il reçoive de l’aide, dit-il.

Le musicien de 37 ans raconte que le mal qui habitait son assaillant aurait pu l’habiter lui aussi. Ma satisfaction serait qu’il obtienne l’aide dont il a besoin, que beaucoup plus de personnes puissent avoir accès à cette aide.

Il décrit l’assaillant comme étant un électron libre pour lequel la société n’avait pas de filet. Rémy Bélanger de Beauport voudrait donc pouvoir vivre la justice transformatrice avec celui qui l’a blessé. Je veux discuter avec lui [...] et au bout de cette discussion, tous les deux, on va être transformés.

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Rémy Bélanger de Beauport devant un micro, dans une chambre d'hôpital

Extrait de la vidéo de Rémy Bélanger de Beauport (source : Facebook)

Photo : Facebook

Je pense même que s'il m’a laissé vivre, c’est peut-être parce que j’ai crié assez fort à l’aide, que j’ai touché la petite parcelle de cet être dans cette coquille de violence.

Rémy Bélanger de Beauport

L’artiste demande aussi à ce que la société soit prudente lorsqu’elle parle de violence et de santé mentale. J’ai rencontré une personne dangereuse, qui possiblement avait des troubles de santé mentale. Mais je connais plusieurs personnes qui souffrent de santé mentale, ce sont des gens fantastiques. Soignons notre langage.

Une rencontre tragique

Le musicien raconte avoir reçu des centaines et des centaines de messages dans les jours qui ont suivi l’attaque. Au moment où il était en mesure de les lire, tranquillement, il dit avoir ressenti énormément de soutien, ce qui l’aide à continuer.

Dans la vidéo, ses blessures sont bien visibles. On réalise rapidement que l’amplitude de ses mouvements n’est plus la même. Sa main droite entourée de bandages laisse craindre le pire pour sa carrière de violoncelliste.

On me dit que j’ai des chances de redevenir comme avant. Mais même si je reviens à 99 %, je sens que je ne vais pas pouvoir atteindre le niveau que j’avais avant, au violoncelle ou au piano, confie-t-il, très calmement.

Rémy Bélanger de Beauport raconte avoir d’abord été blessé à la tête, alors qu'il se trouvait tout près du Château Frontenac. J’ai vu des étoiles, je suis tombée par terre, je me suis reviré, et j’étais surpris.

L'ancien bureau de poste de Québec en arrière-plan, près de la terrasse Dufferin. Une dame marche dans la rue, quelques voitures circulent.

Rémy Bélanger de Beauport s'est fait attaquer tout près de la terrasse Dufferin et du Château Frontenac.

Photo : Radio-Canada

Avant le coup, il se souvient d'avoir vu le jeune homme, qu’il pensait être un gars chaud comme on en voit tout le temps dans le Vieux.

Après le premier coup sont venus les deuxième et troisième. Je ne me suis jamais retourné pour lui renvoyer ses coups. Je me suis dit que je devais crier à l’aide pour m’en sortir. À l’aide! Help!

Il poursuit en soulignant que la suite est un peu floue. Il s'est réfugié au Château Frontenac, où les ambulanciers sont venus le chercher.

Le musicien a des blessures aux deux omoplates, dont des fractures. Une blessure imposante à la hanche, qui lui donne des difficultés à se déplacer. Une blessure importante à la gorge également, et des fractures au crâne, mais qui n’ont pas atteint son cerveau.

Et sa main droite...

Le violoncelliste a perdu son index en entier, qu’il a eu la rapidité d’esprit de garder précieusement dans sa main, jusqu’à l'urgence.

À l’hôpital, un docteur m’a demandé ce que je tenais dans ma main. J’ai dit que c’était mon doigt et que j’étais musicien, explique-t-il. C’est à ce moment que la décision a été prise qu’il serait transporté vers un hôpital de Montréal où une chirurgienne spécialiste en transplantation allait effectuer l’opération. J’ai eu la chance de voir les meilleurs spécialistes.

Il est, depuis, de retour à Québec et doit rester encore quelques jours à l’hôpital, sans préciser combien.

Les coups de sabre ont donc abîmé sa main droite, tous les doigts, sauf l'auriculaire. Son épaule gauche est gravement atteinte. Je ne peux pas m’aider d'une autre main, je n’ai pas de bras en ce moment.

Il dit avoir l’impression d’être sur la bonne voie, même s’il sait que la réhabilitation sera longue. L’artiste pense déjà à reprendre son art, à poursuivre ses projets, à en commencer d’autres.

Son témoignage lui permet aussi de remercier tous les gens qui lui sont venus en aide. Les professionnels de la santé, ils ne veulent pas être dans le spotlight comme ça m’arrive en tant qu’artiste. Mais ils se présentent au travail anonymement tous les jours et donnent de l'empathie à tout le monde, extrêmement.

Depuis le 6 novembre, le tribunal a levé une ordonnance qui protégeait l'identité de quatre des cinq victimes.

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