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Ndagukunda déjà : (enfin) reconstruire son identité

Sébastien Desrosiers a rendu en images sa quête identitaire au Rwanda, 25 ans après le génocide.

Un jeune homme, en contre-plongée, a la tête juste devant le soleil.

Le journaliste Sébastien Desrosiers est allé à la rencontre de sa famille rwandaise l'année du 25e anniversaire du génocide du peuple tutsi.

Photo : Gracieuseté Happy Family

Angie Landry

À peine quelques semaines après avoir rencontré son père pour la première fois, le journaliste Sébastien Desrosiers est parti au Rwanda pour comprendre d’où il venait. De cette quête personnelle est né le court métrage documentaire Ndagukunda déjà, sorti dans un contexte où les violences vécues par les personnes noires sont dénoncées haut et fort.

Le journaliste avait déjà prévu se rendre au Rwanda lors du 25e anniversaire du génocide du peuple tutsi. Sa toute première rencontre avec son père à Montréal, survenue à peine un mois avant son départ sur le continent africain, lui a donné envie d’imprimer sur pellicule les images de ce voyage identitaire.

Dans un court métrage d’environ 25 minutes, on vit avec lui la fébrilité de ses premiers contacts avec sa famille rwandaise.

Au départ, j’étais plutôt inconfortable de m’exposer comme ça, avoue Sébastien Desrosiers. Mais ce qui est arrivé au Rwanda, c’est la haine de l’autre poussée au maximum.

Cette scène où il encaisse le choc des événements, racontés par son oncle et sa cousine, l’illustre bien. On assiste à ce moment où, empathique et bouleversé, il met finalement des noms sur ces horreurs subies par les siens.

Des réponses

Sébastien Desrosiers souligne que c’est un peu le fruit du hasard si son film arrive sur les (petits) écrans après une résurgence du mouvement #BlackLivesMatter, des débats sur le racisme et la discrimination des minorités. Ndagukunda déjà, coréalisé avec David Findlay, devait en fait être projeté au festival Vues d’Afrique en avril dernier.

Le journaliste croit que le hasard, dans ce cas précis, fait bien les choses, car c’est justement de son questionnement identitaire, en tant que « Québécois à la peau foncée », qu'il est question dès les premières minutes du documentaire : comment affirmer son identité dans un contexte social où elle est constamment remise en question?

Je ne voulais pas être différent, raconte celui qui est né au Québec d’une mère blanche et d’un père rwandais, dès les premières minutes du film.

« Qu’est-ce que c’est que d’être Québécois? Bon, c’est un débat qui est assez large, mais je me suis demandé pendant une partie de ma vie si d’avoir la peau foncée, ou d’être Africain, ça faisait de moi quelqu’un de moins québécois », confie-t-il.

J’ai grandi surtout à Drummondville, et des Noirs, il n'y en avait pas beaucoup. Ça m’a toujours valu des questions du genre : "Tu viens d’où?" La vérité, c’est que je ne savais pas vraiment comment y répondre.

Sébastien Desrosiers

Sébastien Desrosiers estime qu'en se lançant dans les recherches sur sa famille paternelle, il a déniché les morceaux du casse-tête qui complètent son identité.

Sébastien Desrosiers et son oncle pointant l'horizon.

Image tirée du court métrage documentaire « Ndagukunda déjà »

Photo : Sébastien Desrosiers

J’ai toujours eu le sentiment d’être pris entre deux mondes. Tu veux appartenir soit à l’un, soit à l’autre. Ce que mon documentaire et cette quête personnelle m’ont appris, c’est que j’appartenais aux deux, finalement.

Sébastien Desrosiers

Ça m’a donné la force d’accepter que j’étais Québécois et Rwandais. Que j’étais Noir et Blanc, soutient le journaliste.

Faire partie de la reconstruction

Réaliser ce court métrage documentaire était en quelque sorte une façon pour lui de redonner.

Si son père a quitté le pays pour survivre, Sébastien s’y est rendu pour gagner une famille.

Si mon père n’avait pas vu venir [le génocide], je ne serais pas ici pour en parler. J’ai eu l’impression de retourner sur le site de cette explosion, de constater les dégâts, et de participer, à ma manière, à la reconstruction.

Sébastien Desrosiers

Telle une jeune pousse dans une forêt rasée par le brasier, le journaliste est une des preuves que le Rwanda se régénère. Peu importe d’où.

Je n’étais pas convaincu que de faire un documentaire à partir de mon histoire, ça allait intéresser les gens. Mais l’identité, la famille, le deuil, ça rejoint tout le monde, finalement. C’est une histoire universelle, conclut-il.

Ndagukunda déjà, de Sébastien Desrosiers et David Findlay

  • Rencontre internationale du documentaire de Montréal (RIDM)

    Visionnement en ligne jusqu’au 18 novembre

  • Festival international du film documentaire d’Amsterdam (IDFA)

    Visionnement en ligne dès le 18 novembre

  • ICI Tou.tv

    Visionnement en ligne à l’hiver 2021

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