•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’art de prendre une respiration grâce à des masques

Le masque noir en broderie perlée de l'artiste Lisa Shepherd est composé de fleurs de multiples couleurs.

Un masque traditionnel métis fabriqué par l’artiste de la Colombie-Britannique et cofondatrice du projet Breathe., Lisa Shepherd.

Photo : Avec la gracieuseté de Lisa Shepherd

Rachel Dugas

Assise au coin du feu dans sa cour arrière, Louise Vien passe un fil par le chas de son aiguille et s’applique à ajouter une minuscule perle sur un masque. Un geste qu’elle a répété à maintes reprises au cours des derniers mois et qui se veut un exutoire.

[C’est] un temps de prendre une respiration. C’est ça le projet Breathe. : prends le temps, relaxe, puis respire, résume l’artiste métisse de Rockland.

Elle fait partie du regroupement d’artistes Breathe. (Nouvelle fenêtre) qui a vu le jour en ligne au printemps et qui compte maintenant plus de 2000 membres autochtones et non autochtones de partout au pays et ailleurs dans le monde.

On a réalisé que la pandémie, ça nous affecte tous. Alors on a décidé d’ouvrir le groupe à tout le monde , explique Nathalie Bertin qui a cofondé le collectif Breathe., actif sur Facebook.

L'artiste métisse Nathalie Bertin porte sur son visage le masque qu'elle a conçu en broderie perlée qui signifie « Dis ta vérité. Toujours. » On y voit une fraise géante et deux fleurs blanches de chaque côté.

L'artiste métisse Nathalie Bertin porte son masque intitulé « Debwewen. Pane. » qui veut dire « Dis ta vérité. Toujours. » en ojibwé.

Photo : Avec la gracieuseté de Nathalie Bertin

Les membres sont invités à poster des photos de leurs créations sur la page du groupe.

Ce qui en résulte est une collection impressionnante de masques traditionnels façonnés avec différents médiums et différentes techniques.

Ça n'a pas besoin d’être de la broderie perlée, ça peut être n’importe quelle forme d’art traditionnel qui est authentique pour eux, indique Mme Bertin.

L'artiste crie de la Saskatchewan, Vanessa Hyggen, se tient debout dans un champ et porte son masque qui illustre d'un côté la nuit et de l'autre le jour qui se lève sur les Prairies canadiennes.

L'artiste crie Vanessa Hyggen de la Saskatchewan propose dans son masque une réflexion sur l'importance de notre environnement et son impact sur notre santé.

Photo : Facebook/Vanessa Hyggen Art

À travers la fabrication de ces masques, les artistes ont pu libérer leurs émotions en lien avec la situation actuelle.

Ce qu’on fait avec ces masques-là, c’est qu’on décrit une période historique qui nous arrive à tous. On est en train de créer des artéfacts.

Une citation de :Nathalie Bertin, artiste métisse et cofondatrice de Breathe.

Derrière chaque masque, une histoire

Dans une de ses créations de broderie perlée, Louise Vien rend hommage à sa sœur qui est infirmière en soins d’urgence.

Au début, ça devait être une rose, mais finalement c’est devenu un coquelicot parce que pour moi, les "front line workers" vont à une guerre contre un ennemi qui est invisible, décrit l’artiste, qui travaille aussi dans un centre hospitalier.

Les histoires sont incroyables. Il y en a tellement qui touchent l’esprit, qui sont tristes, qui ont de l’espoir.

Une citation de :Nathalie Bertin, cofondatrice du collectif Breathe.

L’artiste en textile France Poliquin habite une résidence pour personnes âgées à Vankleek  Hill. La pandémie l’a profondément affectée.

J’ai perdu une amie, puis une deuxième amie qui a été très malade et une troisième confie celle qui a transposé ses états d’âme dans un masque en deux parties.

La première partie, c’est trois personnes en ligne qui montent une côte, [...] la deuxième partie, c’est trois personnes qui montent une côte pour aller mourir, laisse tomber France Poliquin qui a trouvé refuge auprès du regroupement Breathe.

Toutes mes expositions étaient annulées et je me cherchais quelque chose à faire, admet l’artiste, qui dit avoir vécu une expérience enrichissante et pleine de tendresse.

Ça a été comme une bouée de secours pour moi.

Une citation de :France Poliquin, artiste en textile.

Breathe. fait boule de neige

L’intérêt marqué pour le projet a pris les membres par surprise.

Soudainement, on a commencé à entendre que le Smithsonian, le Nerman Contemporary aux États-Unis, le Burke à Seattle, commençaient à acheter les masques, indique Nathalie Bertin qui a donc lancé l’idée de monter une exposition.

Elle a trouvé preneur en Alberta, plus précisément au Musée Whyte des Rocheuses canadiennes à Banff. Les masques de Nathalie, Louise et France font partie des 45 sélectionnés pour l’exposition.

[...] J’ai une œuvre qui est partie dans un musée. Pour moi, c’était super beau, ça a fait du bien, s’exclame Louise Vien.

L'image présente trois masques traditionnels autochtones fabriqués avec différents médiums et en utilisant différentes techniques. Celui plus à l'avant montre un renard près d'une femme assise sur le sol alors que les deux autres masques en arrière-plan sont décorés de fleurs et de plumes.

L'exposition à Banff compte 45 masques fabriqués avec différents médiums et en utilisant différentes techniques traditionnelles.

Photo : Avec la gracieuseté de Emma Knight

Les masques prendront la route en janvier et voyageront d’une institution muséale à une autre jusqu’en 2022.

Et ce n’est pas tout. Les artistes viennent de soumettre leurs créations de la « deuxième vague ».

C’est pour une deuxième exposition qui va commencer à la galerie de Guelph et il y a d’autres musées très intéressés à avoir la deuxième vague chez eux, annonce Nathalie Bertin.

Si l’artiste métisse est fière de cet accomplissement, ce qui la comble davantage, c'est le fait de participer à un mouvement rassembleur.

On parle souvent de réconciliation. Maintenant que tout le monde passe à travers la même chose, ça nous rapproche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !