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La Pocatière, terreau fertile pour la recherche sur le cannabis

Des boutures de cannabis dans une serre intérieure.

Le centre Biopterre teste notamment différentes combinaisons de lumière sur des plants de cannabis.

Photo : Gracieuseté - Biopterre

Depuis 2018, le centre de recherche Biopterre à La Pocatière collabore avec des producteurs autorisés de cannabis et des fabricants de produits horticoles s’intéressant à cette culture pour optimiser et standardiser les manières de faire dans le marché légalisé.

Souvent, l’objectif qui se cache derrière notre recherche, c’est soit tester un produit qu’un partenaire industriel veut utiliser avec le cannabis ou encore d’optimiser des recettes avec un producteur de cannabis, explique le codirecteur de l’équipe Cultures intelligentes pour Biopterre, Maxime Bastien.

Depuis l’acquisition d'une des premières licences de recherche auprès de Santé Canada en mars 2018, le téléphone du centre collégial affilié au Cégep de La Pocatière et à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) n'a pas dérougi.

Le bâtiment de l'Institut, à La Pocatière

Biopterre est notamment affilié à l'Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière (archives).

Photo : Radio-Canada / Jérôme Lévesque-Boucher

Quand nous avons reçu notre licence, la légalisation avait déjà été annoncée. Il y avait donc beaucoup de joueurs dans les différents secteurs en lien avec la production de cannabis qui cherchaient justement à se positionner, raconte M. Bastien.

On avait beaucoup plus de demandes que ce à quoi on pouvait répondre. On a dû faire des choix stratégiques.

Maxime Bastien, codirecteur de l’équipe Cultures intelligentes pour Biopterre

Depuis, plusieurs projets ont mobilisé l’expertise de Biopterre, que ce soit l’essai de biostimulants sur différentes variétés de cannabis ou l’optimisation ce qui est appelé des recettes d’éclairage.

Car un seul changement dans le type de lumière (UV, infrarouge, etc.) peut avoir un impact sur la composition chimique des fleurs de cannabis.

Des plants de cannabis dans une serre intérieure.

Biopterre teste notamment les effets de l'éclairage avec des lampes au sodium sur des plants de cannabis.

Photo : Gracieuseté - Biopterre

Un projet exploratoire mené par Biopterre est d’utiliser l’analyse d’images grâce à l’intelligence artificielle pour déterminer le stade optimal pour la récolte des fleurs de cannabis.

Il faut savoir que ce stade-là n’est pas nécessairement facile à évaluer, explique Maxime Bastien. C’est souvent le chef de culture qui va se promener avec sa loupe et qui va regarder la couleur des trichomes sur la fleur [...], mais c’est très subjectif.

Par exemple, une fleur située sur le haut du plant, avec beaucoup de lumière, sera peut-être prête plus rapidement qu’une autre cachée dans les feuilles.

Petit lexique du cannabis :

  • Cannabinoïdes : les cannabinoïdes forment un groupe de substances chimiques qui activent certains récepteurs dans le corps humain. Le plus célèbre des cannabinoïdes est le tétrahydrocannabinol (THC) qui possède des propriétés psychoactives recherchées lors de la consommation de cannabis. Le cannabidiol (CBD) est un autre cannabinoïde. Il existerait plus d'une centaine de cannabinoïdes.
  • Trichomes : ce sont de petits cristaux sur le plant de cannabis, particulièrement sur les fleurs. Ils contiennent les différents cannabinoïdes dont certains provoquent les effets psychoactifs en plus des terpènes.
  • Terpènes : comparables à des huiles essentielles, les terpènes sont derrière les différents arômes et saveurs des variétés de cannabis.

Une plante capricieuse

Ce travail d’optimisation de la production n’est d’ailleurs pas toujours évident avec le cannabis, puisque c'est une plante qui demande une certaine combinaison de facteurs lorsqu’elle est cultivée pour ses propriétés psychoactives.

Si on donne juste les meilleures conditions à la plante de cannabis, on va obtenir une profusion de feuillage, mais le rendement en fleurs ne sera pas nécessairement intéressant, ni la teneur en cannabinoïdes et en terpènes, explique M. Bastien.

Un plant de cannabis tenue par une main.

Ce sont surtout les fleurs de cannabis, qui seront éventuellement séchées, qui sont recherchées par les producteurs (archives).

Photo : Radio-Canada

Souvent, quand on donne à la plante des conditions un petit peu plus difficiles, si on lui rend la vie un peu plus dure, elle va réagir en augmentant sa production de métabolismes secondaires, qui incluent les trichomes, les cannabinoïdes comme le THC et le CBD en plus des différents terpènes qui donnent les goûts et odeurs caractéristiques de certaines variétés.

Le jeu dans cette recherche, c’est de rendre la plante assez heureuse pour qu’elle pousse beaucoup, mais pas assez confortable pour qu’elle ne fasse que de la production végétative.

Maxime Bastien

Accompagnement de producteurs

Ce qui mobilise aussi l’équipe de Biopterre, c’est l’accompagnement de futurs producteurs autorisés qui souhaitent standardiser leur manière de cultiver afin d’obtenir leur licence de la part de Santé Canada.

Dans le cadre de cette licence-là, il faut prouver à l’organisme réglementaire qu’on respecte nos protocoles. Il faut prouver qu’on a des protocoles en place, qu’ils sont solides et rigoureux, qu’on les contrôle et qu’on les suit, explique Maxime Bastien.

Il y a un certain saut à faire de la part de cultivateurs de cannabis qui le faisaient de manière illégale avant la légalisation et qui veulent devenir légaux aujourd’hui, ajoute-t-il. On ne peut pas juste se contenter de copier ce qu’on faisait auparavant sur une échelle industrielle, les enjeux ne sont pas les mêmes.

À travers tous ces projets et ceux à venir, la licence de Biopterre a été renouvelée par Santé Canada jusqu’en 2023-2024. Maxime Bastien ne croit pas que l'engouement pour la recherche sur le cannabis se tarira de sitôt.

Les gens entendent maintenant parler du CBD, mais des cannabinoïdes, il y en a au-dessus d’une centaine, illustre-t-il. Il y a vraiment beaucoup d’enjeux liés à ça et il y a de la matière pour faire de la recherche chez Biopterre pour encore plusieurs années.

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