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La consommation de drogues supervisée offerte à Québec dès février

Les utilisateurs de drogues par injection ou inhalation pourront se rendre aux locaux actuels de la clinique SABSA, dans le quartier Saint-Roch.

Un homme s'injecte de l’héroïne.

Québec aura finalement son premier service de consommation supervisée pour les utilisateurs de drogues par injection.

Photo : Radio-Canada

Une décennie, trois lieux annoncés et deux organismes partenaires plus tard, les premiers services de consommation supervisée de drogues verront finalement le jour à Québec, en février. Le centre sera situé dans Saint-Roch, rue Saint-Vallier Est, dans les actuels locaux de la clinique de solidarité SABSA.

La coopérative SABSA avait été retenue plus tôt cet été par le Centre intégré universitaire de services de santé et de services sociaux (CIUSSS) afin de mener le projet en partenariat. Une entente annoncée quelque temps après le divorce entre l'organisme Point de Repères et le CIUSSS.

Depuis, les travaux ont avancé rondement.

Après des années de tergiversations, une demande d'exemption sera enfin envoyée à Santé Canada cette semaine pour offrir les services de consommation supervisée (SCS) à la population de Québec. La capitale figure parmi les rares grandes villes au pays à ne pas compter sur une telle offre dans son approche de réduction des méfaits.

Qu'est-ce que la réduction des méfaits?

L’approche en réduction des méfaits repose sur la réduction des conséquences négatives liées à l’usage des drogues plutôt que l’élimination du comportement d’usage lui-même. 

Source : Institut national de santé publique du Québec

SABSA et le CIUSSS sont confiants d'obtenir l'exemption souhaitée. La mise en opération des SCS est prévue en février 2021, ont-ils annoncé en conférence de presse, mercredi. Par le passé, le CIUSSS a toujours refusé de se commettre sur une éventuelle ouverture.

Entrée de la Coopérative de solidarité SABSA.

La clinique sans médecin SABSA est située sur le boulevard Charest Est, à Québec.

Photo : Radio-Canada

La clientèle, soit les utilisateurs de drogues par injection ou par inhalation, pourra y consommer dans un environnement stérile et sécurisé. SABSA prévoit aussi avoir la capacité de tester les substances consommées. La consommation supervisée vise notamment à enrayer la transmission du VIH et de l'hépatite C, ainsi que les surdoses.

Chemin sinueux

Pour envoyer une demande à Santé Canada, il était impératif pour le CIUSSS d'avoir en main une adresse et de préciser une série de détails sur la gouvernance des services de consommation supervisée. Ces deux éléments avaient achoppé avec Point de Repères dans le passé.

Même si les deux parties avaient convenu d'un site au printemps 2018, des contestations populaires et des problèmes logistiques ont finalement eu raison de l'emplacement, forçant la recherche d'une alternative. C'est à ce moment que d'autres dissensions sont apparues.

Claudine Lemay, directrice adjointe à la Direction santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Claudine Lemay, directrice adjointe à la Direction santé mentale et dépendances du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Le CIUSSS envisageait la construction d'un bâtiment neuf sur l'un de ses terrains de la rue du Prince-Édouard. Point de Repères craignait un lieu trop institutionnel qui ne serait pas fréquenté par les utilisateurs. Ce choc des visions a eu raison du partenariat.

Pas de construction neuve

Les deux écueils sont maintenant évacués avec l'opportunité que représentent les locaux de SABSA, permettant du même coup d'accélérer la mise sur pied des services. Le nouveau lieu permet également de se rapprocher du quartier Saint-Sauveur, tel que recommandé dans les études préparatoires au projet.

Dès l'annonce du partenariat avec la coopérative de solidarité, le CIUSSS semblait déjà laisser de côté l'idée de construire un nouveau bâtiment sur la rue du Prince-Édouard.

Avantageusement situés à la jonction des quartiers Saint-Sauveur et Saint-Roch, les locaux existants permettront de répondre rapidement aux besoins de la clientèle, expliquent les partenaires. Avec un bâtiment neuf, il était également envisagé d'utiliser une roulotte en attendant la construction. Cette idée est maintenant écartée.

Acceptabilité sociale

De nombreuses inquiétudes ont été partagées par des résidents et des commerçants de Saint-Roch concernant les services de consommation supervisée. On craignait notamment des impacts sur la criminalité et on voyait d'un mauvais œil la présence d'une concentration de consommateurs.

Des espaces séparés dans un centre d'injection supervisée.

L'intérieur d'un centre de consommation supervisée

Photo : Courtoisie

Sur d'éventuelles réactions de la population, des échanges sont prévus, dit-on, mais il semble que le sort en soit jeté.

Il y a beaucoup de chemin qui a été fait sur l'acceptabilité sociale à la Ville. On va consulter la population, mais c'est sûr que le choix d'emplacement, il fallait le faire pour aller de l'avant.

Amélie Bédard, directrice générale, coopérative de solidarité SABSA

Les représentants du CIUSSS ont rappelé mercredi que la présence de telles installations n'augmente pas la criminalité. On a aussi mentionné que les services permettent de diminuer la quantité de matériel de consommation souillé dans les lieux publics.

Déménagement

Pour faire place aux services de consommation, la clinique SABSA, déménagera dans un édifice de la rue de la Couronne, toujours dans Saint-Roch. La coopérative, offrant des services de première ligne aux personnes vulnérables ou marginalisées, avait déjà signifié qu'elle était à l'étroit (Nouvelle fenêtre) dans ses locaux actuels. La clinique agrandie sera en opération dès le 18 janvier.

Rappelons que le projet était attendu depuis une décennie à Québec. Tant le maire Régis Labeaume que le Service de police de la Ville de Québec ont fini par y donner leur appui aux services de consommation supervisée.

En chiffres :

  • 23 : moyenne de décès annuelle par intoxication aux drogues à Québec
  • 50 % : pourcentage des surdoses mortelles impliquant des opioïdes (fentanyl)
  • 56 % : pourcentage des surdoses non mortelles survenues dans les quartiers centraux

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