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Prolongation des vacances des Fêtes : quels effets sur les élèves?

Un groupe de jeunes élèves et leur institutrice portent un masque de protection dans une classe d’école.

Certains experts appréhendent la prolongation des vacances des Fêtes pour les élèves en difficulté, d’autres disent ne pas penser que quelques semaines de plus ou de moins feront une différence dans le parcours scolaire.

Photo : iStock

Les spécialistes de l’éducation ne s’entendent pas sur les conséquences que pourrait avoir la prolongation des vacances des Fêtes pour les élèves, une mesure envisagée par le gouvernement québécois, mais aussi par le Manitoba et la Colombie-Britannique.

Alors que certains appréhendent cette mesure pour les élèves en difficulté, d’autres ne pensent pas que quelques semaines de plus ou de moins seront déterminantes dans le parcours scolaire.

Selon Égide Royer, professeur titulaire associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l’Université Laval, les 220 000 jeunes du Québec qui sont en difficulté d’apprentissage ne pourront que souffrir de cette mesure, qui risque d'exacerber le décrochage scolaire, selon lui.

M. Royer en veut pour preuve des études qui ont fait le lien entre le retard scolaire des jeunes plus vulnérables et la diminution des jours de classe.

C’est une très mauvaise idée sur le plan éducatif, sur le plan de la réussite scolaire.

Une citation de :Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l’Université Laval

Durant l’été, normalement, les jeunes de milieux défavorisés prennent d’un mois à deux mois de retard sur les autres jeunes. Là, on ajoute le printemps [au cours duquel les écoles étaient fermées], donc trois, quatre mois, on ajoute deux semaines aux Fêtes, on ajoute trois journées pédagogiques supplémentaires, a-t-il déploré en entrevue à l'émission Tout un matin, sur les ondes d'ICI Première.

Dédramatiser

Sa collègue Sylvie Barma, professeure titulaire au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval, n’est cependant pas du même avis. Bien qu’elle avoue que la pandémie, en général, affecte les enfants des milieux défavorisés, elle appuie l’idée d’une prolongation des vacances des Fêtes.

Je ne peux pas vous dire si les apprentissages des jeunes au primaire ou au secondaire vont être affectés. […] Je ne pense pas que ça va faire une différence au final. Je pense qu’il faut dédramatiser et mettre le tout en perspective. Il n’y a pas de réponses simples, a expliqué Mme Barma sur les ondes d'ICI RDI.

Tout le monde a compris qu’on est dans une course de fond, qu’on n’est pas dans un sprint.

Une citation de :Sylvie Barma, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval

Mme Barma dit surtout penser aux enseignants. Les enseignants sont épuisés en ce moment. Donc, je pense que c’est un congé qui peut être bénéfique pour tout le monde, croit-elle.

Mais pour Égide Royer, chaque jour de classe compte, car il peut avoir des répercussions sur la réussite des élèves. Il affirme être extrêmement préoccupé – et ne pas être le seul – par les contrecoups qu’un mois de vacances scolaires pendant les Fêtes pourrait avoir sur les élèves en difficulté et sur le décrochage scolaire.

Une salle de classe avec des élèves.

Une absence prolongée de l'école pourrait nuire à l'apprentissage de certains élèves, croient certains experts.

Photo : Getty Images / Frederick Florin

Assurer la continuité ou s'adapter à la situation?

On s’en reparlera dans 1 an ou dans 18 mois : les retards d’apprentissage accumulés par les jeunes qui ne savent pas lire en 3e année ou ont de gros retards de lecture. Des jeunes qui ont échoué en mathématiques et en français en 3e secondaire et qui ne pourront pas poursuivre leur diplôme d’études secondaires, énumère-t-il.

M. Royer précise que, déjà, chez les 40 000 jeunes de 16 à 19 ans qui sont à l’éducation des adultes, les taux de décrochage seraient actuellement de l’ordre de 40 %.

Selon lui, si le gouvernement veut freiner la contamination après les Fêtes, il doit tout de même dispenser de l’enseignement.

On se doit d’assurer la continuité. C’est sûr que l’enseignement à distance ce n’est pas comme l’enseignement présentiel. Je pense, entre autres, aux petits de maternelle et du début du primaire. Mais on ne peut pas cesser d’enseigner pendant un mois, car il y a une relation entre le nombre de jours de classe et l’apprentissage des élèves, répète-t-il.

Quant à Sylvie Barma, elle estime que le contexte particulier et inédit de la pandémie nous oblige à plus de souplesse.

Il faut peut-être se dégager de l’obsession de l’évaluation et de l’apprentissage des savoirs essentiels. Il faut être plutôt dans une visée d’accompagnement et pas enseigner pour évaluer, car on va stresser les enfants et les ados encore plus.

Une citation de :Sylvie Barma, professeure au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage de l’Université Laval

Classes fermées et services de garde ouverts : où est la logique?

Depuis la semaine dernière, le gouvernement Legault laisse entendre qu’il songe à prolonger les vacances des Fêtes d’une ou deux semaines pour les élèves et les enseignants afin d’éviter une recrudescence des éclosions de COVID-19. Une possibilité que le premier ministre a évoquée de nouveau mardi en conférence de presse.

Une décision finale à ce sujet devrait être annoncée dans les prochains jours.

Le gouvernement dit notamment vouloir prendre en considération l’avis des centrales syndicales enseignantes et les difficultés que cette mesure pourrait entraîner chez les parents de retour au travail.

Des services de garde pourraient être ouverts pour les parents qui en auraient besoin, une idée contestée notamment par la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP).

Ils veulent fermer les écoles pour éviter la contagion pour pouvoir faire un genre de quarantaine, mais ils ouvrent les services de garde où on remet tous les mêmes enfants qui sont dans les écoles dans d’autres classes. Ils vont juste être dans d’autres locaux, mais ce sont les mêmes enfants. On ne la comprend pas vraiment. C’est un petit peu illogique, selon la présidente de la FEESP, Annie Charland.

De son côté, la Fédération autonome de l’enseignement a déjà fait savoir qu’elle rejetait la perspective de prolonger les vacances scolaires en juin ou juillet pour récupérer les jours manqués en hiver.

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