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La COVID-19 fait des ravages dans les centres de soins albertains

Après le Québec et l’Ontario le printemps dernier, c’est au tour de l’Alberta de voir le nombre de foyers d’infection du nouveau coronavirus se multiplier dans les centres de soins de longue durée.

On voit l'affiche.

La résidence South Terrace d'Edmonton

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Des 432 décès causés par le coronavirus depuis le début de la pandémie dans la province, 277 ont eu lieu dans un centre de soins ou une résidence pour personnes âgées. Au total, 55 de ces centres sont aux prises avec des éclosions qui affectent autant les résidents que le personnel soignant.

Le centre South Terrace d’Edmonton n’est que le plus récent exemple d’une situation qui se répète un peu partout en Alberta. Depuis trois semaines, 83 des 90 résidents ont été infectés. Onze en sont morts.

Pour les proches de ceux et celles qui y habitent, les dernières semaines ont été remplies d’angoisse.

Je veux savoir si mon père reçoit le même niveau de soin qu’il recevait avant le 21 octobre [début de l'éclosion, NDLR], s’il n’est pas laissé seul dans son lit, raconte Karen Steiner.

Si elle est aussi préoccupée par la qualité des soins prodigués, c’est que 70 employés de la résidence ont contracté la COVID-19. Autant de préposées aux bénéficiaires et d’infirmières qui ont dû être remplacées dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre qualifiée.

Réseau santé albertain, un organisme qui défend l’accès aux soins en français dans la province, rappelle à quel point les éclosions ont des effets boule de neige dans les résidences.

Aussitôt qu’il y a quelques membres du personnel qui sont atteints du virus, non seulement ces personnes-là doivent aller en quarantaine, mais aussi les gens avec qui ils ont travaillé pendant un certain temps, alors ça crée un vide.

Paul Denis, directeur général, Réseau santé albertain
Mme Slade répond aux questions du journaliste Mathieu Gohier.

Susan Slade est vice-présidente du Syndicat de la fonction publique de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada

Une situation qui aurait pu être évitée, selon le Syndicat de la fonction publique de l’Alberta, qui représente environ 15 000 préposés, dont ceux de South Terrace.

Le gouvernement de l’Alberta aurait pu faire comme la Colombie-Britannique et prendre en charge tous les centres de soins privés. Nous sommes maintenant à un point critique, les employés font des heures supplémentaires presque tous les jours, on manque de gens pour couvrir des quarts de travail, indique Susan Slade, la vice-présidente du syndicat.

Elle ajoute que la pénurie de main-d'œuvre existait bien avant la pandémie.

Alors que c’est tout le réseau de la santé albertain qui appelle à l'aide depuis des semaines, le gouvernement de Jason Kenney se défend d’avoir manqué de préparation.

Bombardé de questions à l'Assemblée législative, le ministre de la Santé Tyler Shandro accuse le NPD de Rachel Notley d’exagérer la crise.

Nous avons donné 170 millions de dollars de plus aux centres de soins pour qu’ils embauchent davantage, achètent de l’équipement de protection et se conforment aux mesures de santé publique, disait-il lundi.

Le manque de personnel ne se réglera pas de sitôt, analyse toutefois le Dr David Hogan, médecin gériatre et professeur à l'Université de Calgary. La crise actuelle devrait provoquer un véritable débat de société, ajoute-t-il.

S’attaquer à la pénurie de personnel et à la formation dans les centres de soins va prendre du temps, ça nous demandera aussi un investissement à nous comme société de payer davantage pour recruter de la main-d'œuvre [...] C’est de plus en plus évident que nous devons répondre à des défis de fond dans tout le système des soins de longue durée.

Dr David Hogan, médecin gériatre et professeur à l'Université de Calgary

Pas de mouvement de personnel, mais…

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Deena Hinshaw parle devant les drapeaux canadiens et albertains de la salle des médias de l'Assemblée législative.

Éclosions de COVID-19 dans plusieurs résidences pour personnes âgées en Alberta

Photo : CBC / Art Raham

Afin d’éviter la transmission du virus chez les plus vulnérables, le mouvement de personnel entre les centres de soins est interdit en Alberta depuis avril. Sauf que la pénurie de main-d'œuvre perdure. Ainsi, la médecin hygiéniste en chef de la province a dû accorder des exemptions à 10 résidences, dont South Terrace, pour qu’elles engagent des employés qui travaillent déjà ailleurs.

Du même souffle, la Dre Deena Hinshaw reconnaît que les éclosions sont particulièrement difficiles à maîtriser dans ces résidences.

Malheureusement, la COVID-19 peut se répandre avant l'apparition de symptômes. C’est un énorme défi dans ces endroits où vivent plusieurs personnes ensemble, admet-elle.

Pour tenter de reprendre le contrôle de la deuxième vague, la Dre Hinshaw ne peut d’ailleurs exclure d’autres mesures. Comme cela a été le cas lors de la première vague, les visites dans les centres de soins pourraient être suspendues à nouveau pour protéger les personnes les plus vulnérables.

Avec la collaboration de Stéphanie Rousseau et d'Andréane Williams

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