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Casse-Noisette annulé : des artistes oubliés malgré l’aide promise par Québec

Un danseur et une danseuse faisant une arabesque sont sur scène.

Le ballet « Casse-Noisette » est un grand classique du temps des Fêtes.

Photo : Grands Ballets Canadiens de Montréal

Radio-Canada

Au début d'octobre, Québec a annoncé une aide de 50 millions de dollars destinée à compenser, en partie, les pertes à la billetterie causées par la COVID-19 pour les spectacles qui auraient dû se tenir entre les mois d’octobre et de mars. Toutefois, deux spectacles phares du temps des Fêtes – Casse-Noisette et Décembre – ne pourront pas en bénéficier, occasionnant une importante perte financière pour les artistes et le personnel concernés.

Comme chaque année depuis près de 20 ans, Élisa Boudreau, altiste au sein de l’orchestre des Grands Ballets, aurait dû jouer du violon lors des 19 représentations Casse-Noisette prévues au mois de décembre.

Cependant, en raison de la pandémie de COVID-19, ce traditionnel ballet du temps des Fêtes ne sera pas présenté à Montréal. À la place, une captation d’un spectacle datant de 2016 sera proposée sur ICI TÉLÉ et sur ICI ARTV.

C’est sur Facebook qu’Élisa Boudreau a appris, le mois dernier, l’annulation de Casse-Noisette cette année. Le directeur des Grands Ballets ne nous a pas écrit personnellement [...], je m’attendais à quelque chose de plus respectueux, a-t-elle déclaré en entrevue à Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18.

Un manque à gagner non compensé

Au-delà de la déception, cette annulation représente une perte financière pour cette mère de famille. Si les 42 danseuses et danseurs des Grands Ballets Canadiens de Montréal qui devaient monter sur scène sont salariés, le spectacle aurait dû également faire travailler des pigistes : 5 danseurs, 55 musiciens et musiciennes, une quarantaine de membres du personnel et 26 personnes s’occupant des décors ou encore des costumes.

On a des familles, la plupart d’entre nous sont parents.

Élisa Boudreau, altiste

Le programme de 50 millions de dollars annoncé par le gouvernement provincial vise à compenser les pertes de billetterie, mais aussi à ruisseler jusqu’aux artistes et au personnel technique impliqués dans ces spectacles.

Cependant, les Grands Ballets, qui avaient pourtant déjà réservé la salle Wilfrid-Pelletier pour plusieurs soirs au mois de décembre, ont appris que Casse-Noisette n’était pas admissible à cette mesure d’aide à la diffusion de spectacles québécois.

La compagnie a reçu la confirmation que la production de Casse-Noisette n’était pas admissible, car le spectacle ne peut être présenté dans le respect des règles sanitaires, a indiqué, par courriel, Marc Lalonde, le directeur général des Grands Ballets.

Le ministère apporte des explications

Radio-Canada a contacté le ministère de la Culture et des Communications pour obtenir des éclaircissements. Première raison avancée : les spectacles ne respectant pas le Guide de normes sanitaires au moment de leur présentation ne sont pas admissibles.

Concrètement, Casse-Noisette mobilise un nombre trop important d’interprètes sur scène pour garantir le respect des règles de distanciation physique. Même si Montréal avait été placée en zone verte, le spectacle n'aurait donc pas été admissible.

De plus, seules sont admissibles les représentations annulées en raison des mesures sanitaires. Or, pour le moment, le décret imposé par Québec s'étend jusqu’au 23 novembre, et non jusqu’à la fin de l’année.

Les représentations de décembre ont déjà fait l’objet d’une annulation de la part des Grands Ballets, mais elles ne peuvent être compensées selon cette règle, a indiqué par courriel la relationniste du ministère de la Culture et des Communications.

En raison de ces critères, les artistes et le personnel technique que Casse-Noisette devait faire travailler ne toucheront donc aucune compensation financière.

Cette situation désole Natalie Goyer, présidente de la section syndicale locale de l’Alliance internationale des employés de scène, de théâtre et de cinéma.

Quand le gouvernement a fait l’annonce [de cette aide], je m’étais réjouie, a-t-elle dit à Catherine Richer. Pour moi, cet argent-là allait nous garantir un futur.

Le spectacle Décembre devient virtuel

Il n'y a pas que les artistes de Casse-Noisette qui subissent les répercussions de la non-admissibilité de leur spectacle sur leur portefeuille.

Décembre, qui est présenté chaque année à Montréal depuis 2003 pendant les Fêtes, migrera sur Internet cette année. Une version du spectacle utilisant des images tournées par le passé sera diffusée en ligne.

Québec Issime, qui produit Décembre, a tenté de trouver une autre solution, mais sans succès. On pensait à notre public, mais aussi aux artistes, qui sont habitués à compter ce mois de spectacles dans leur budget, a raconté Pierre Doré, directeur artistique de Décembre et de Québec Issime. Certains artistes sont là depuis 2008.

Habituellement, Décembre fait appel à 24 interprètes pour la danse, le chant et la musique ainsi qu’à une équipe technique composée de 12 à 15 personnes pour présenter une vingtaine de représentations, principalement à Montréal, mais aussi en région.

Un cachet sera versé aux artistes qui apparaîtront lors de la webdiffusion. Et si le succès est au rendez-vous sur Internet, Québec Issime a prévu d’appliquer une politique de participation des artistes au profit.

Mais ce cachet ne représentera que l’équivalent d’une ou deux journées de travail, regrette Pierre Doré.

Des critères d’admissibilité restrictifs

Québec Issime se heurte également à des difficultés pour rendre les représentations de Décembre admissibles à la mesure d’aide à la diffusion de spectacles québécois en raison des multiples critères à remplir.

Je pense qu’on va pouvoir demander [une compensation] pour deux représentations sur les 15 prévues à la Place des Arts, a-t-il expliqué.

Cela va demander beaucoup de travail administratif pour peut-être aller chercher quelques milliers de dollars, qui vont peut-être représenter 150 ou 200 dollars dans la poche de nos artistes.

Pierre Doré, directeur artistique de Québec Issime

Tout le monde est en mode survie en attendant d’avoir le droit d’aller travailler, a-t-il ajouté.

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