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New York : le coronavirus a transformé la ville

Une vue de Manhattan avec une épaisse couche de smog.

Une vue de Manhattan

Photo : Reuters / BRENDAN MCDERMID

Plusieurs mois après le confinement, la majorité des deux millions de New-Yorkais qui travaillent dans les bureaux de Manhattan continuent d’opter pour le télétravail.

La peur du coronavirus freine le retour dans les gratte-ciels du centre-ville, entraînant des pertes considérables pour l’économie de la ville et la déroute de tout un écosystème composé de restaurants et de commerces qui dépendent essentiellement des employés de bureau.

Ruth Colp-Haber et son mari Eric, qui dirigent une agence immobilière, constatent au fil des jours que le pouls de la ville demeure faible.

Les gratte-ciels emblématiques de Midtown, quartier d'affaires de Manhattan, sont encore pour la plupart vides, ou presque. Le constat est le même dans l’édifice où se trouve le bureau de Ruth et d’Eric. Les autres locataires de l’étage, partis lors du confinement, ne sont pas revenus. Habituellement, ils sont une centaine.

Même si la mise en pause de l’économie est terminée, les travailleurs reprennent le chemin du bureau au compte-gouttes. Le virus leur fait toujours peur.

Ruth Colp-Haber, une New-Yorkaise de quatrième génération, a dû s’adapter à cette nouvelle situation. Elle travaille maintenant chez elle.

Je pense qu’on peut dire que, de nos jours, mon travail consiste en quelque sorte à vendre de la glace dans le Grand Nord ou du sable dans le désert. Personne ne veut louer de bureau.

Une citation de :Ruth Colp-Haber

L’immobilier commercial en chute libre

Selon un sondage du Partnership for NY City, un organisme représentant des gens d’affaires, environ 10 % des employés de bureau étaient de retour à la fin de l’été. Il y en a environ 2 % de plus actuellement.

Le quart des travailleurs seulement peuplera à nouveau les tours de bureaux à la fin de l’année, et la moitié en juillet prochain. Si la pandémie a paralysé la ville, l’engouement pour le télétravail l’a minée davantage. La location d’espaces commerciaux a fait un plongeon vertigineux.

Natalie Wong est journaliste spécialisée dans le domaine de l’immobilier commercial pour l’agence Bloomberg. Elle a quitté Toronto pour venir suivre de près les soubresauts de la santé financière de la Mecque des affaires.

Pour illustrer la situation de l’immobilier dans la métropole américaine, elle donne l’exemple de l’immeuble One Vanderbilt, qui devait apporter un nouveau souffle au centre-ville.

One Vanderbilt, un nouvel immeuble de bureaux de 1,7 million de pieds carrés. C’est le plus récent gratte-ciel du quartier d’affaires Midtown. Il a été inauguré la semaine dernière. Malheureusement, il est pratiquement vide.

Une citation de :Natalie Wong
Une large fenêtre donnant sur la ville.

Le nouvel édifice One Vanderbilt, de 67 étages, à la veille de son inauguration

Photo : Reuters / MIKE SEGAR

On a presque battu des records en 2019. On a loué des locaux pour bureaux représentant plus de 30 millions de pieds carrés. Cette année, le nombre de baux signés jusqu’à présent totalise un peu plus de 13 millions de pieds carrés, dit-elle.

C'est une véritable catastrophe pour New York. Les immeubles de bureaux qui totalisent 470 millions de pieds carrés génèrent près de 10 % de ses recettes fiscales. C’est tout un pan de l'économie qui dépend d’eux pour survivre : restaurants, commerces, hôtels, détaillants.

Une ville étranglée

Chaque jour, les New-Yorkais découvrent une nouvelle fermeture, une nouvelle faillite. Au fil des semaines, des centaines de milliers d’emplois disparaissent, des milliards de dollars en recettes fiscales aussi.

La Ville de New York, déjà très endettée, ne sait plus où donner de la tête. La réduction des services commence déjà à se faire sentir.

Le maire a déjà réduit la fréquence du ramassage des ordures ménagères à New York. La collecte des déchets n’a plus lieu tous les jours. La Ville a réduit ses services, affirme Ben Kallos, conseiller municipal d'East Harlem, Midtown, Murray Hill, Roosevelt Island et l'Upper East Side de Manhattan.

La crise du coronavirus a déjà coûté 10 milliards de dollars à la Ville.

Le maire Bill de Blasio a demandé à l’État de New York l’autorisation d’emprunter 5 milliards de dollars pour financer les dépenses courantes. Il a menacé de licencier 22 000 employés.

Des voix s’élèvent pour convaincre, ou même forcer les travailleurs à revenir au bureau.

Les institutions financières constatent que le télétravail n’est pas la panacée et qu’il nuit à la productivité.

Franchement, il y a beaucoup de fainéants qui ont besoin de supervision. Les gestionnaires doivent les avoir à l’œil. Vous savez, il y a beaucoup de gens pour qui le boulot, ce n’est pas génial.

Une citation de :Ruth Colp-Haber

Les propriétaires d’édifices se rendent compte que leur hégémonie est chose du passé. Ils savent qu’ils devront fournir leur part d'efforts pour retenir leurs locataires : baisser les loyers et accepter des ententes de plus courte durée. Fini les baux de 10 ou 20 ans.

Des géants du numérique occupent l’espace

Le quartier du Rockfeller Center durant le confinement en mai

Quel avenir pour les tours de bureaux de Manhattan?

Photo : Reuters / Mike Segar

De leur côté, certaines entreprises réévaluent leurs besoins en pieds carrés et cherchent de plus petits espaces.

Mais tout n’est pas sombre dans ce portrait. Des multinationales vont à contre-courant.

Amazon vient d’acquérir pour 1 milliard de dollars un immeuble sur la 5e Avenue. Un peu plus loin, Facebook vient de louer 730 000 pieds carrés. TikTok a signé un autre bail dans Midtown plus tôt cette année, en pleine pandémie. Les entreprises ont confiance dans la performance à long terme des marchés, indique Natalie Wong.

New York est en quête de solutions. Les urbanistes croient qu’elles résident dans la capacité de la métropole d’accepter et d’intégrer une nouvelle donne. Le télétravail n’est pas appelé à disparaître.

Il nous faut redéfinir le concept de bureau, créer des espaces à l’épreuve de la COVID et promouvoir une approche hybride qui favorise à la fois le télétravail et la présence au bureau. Cela fait partie des solutions, explique Douglas Woodward, professeur associé en urbanisme à la Graduate School of Architecture Planning de l’Université Columbia.

L’urbaniste Sybil Wa est du même avis. Le Rockefeller Center est un excellent exemple de complexe commercial polyvalent. On y trouve les studios de télévision que tout le monde connaît, un restaurant, des expositions, toutes sortes de magasins. C’est un édifice à vocation multiple, souligne-t-elle.

Il nous faudra une sorte de plan Marshall

À court terme, des initiatives émergent pour donner un semblant de normalité à la ville.

L’Orchestre philharmonique donne des concerts gratuits en plein air. Des artistes utilisent des locaux commerciaux vacants.

Plus que jamais, les New-Yorkais misent sur un vaccin contre le virus.

À court terme, c’est très, très difficile, pense Eric Haber. De son côté, Ruth Colp-Haber rêve d’une solution plus immédiate. Nous aurons besoin de l’aide de Washington. Il nous faudra beaucoup, beaucoup d’argent. Selon moi, il nous faudra une sorte de plan Marshall, dit-elle.

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