•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le ministre Fitzgibbon souhaite « ardemment » que GardaWorld achète G4S

Le ministre de l'Économie propose même l'aide d'Investissement Québec au besoin.

Le ministre Fizgibbon en point de presse.

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, ne pense pas que la Caisse de dépôt et placement puisse empêcher l'entreprise californienne Allied Universal Security Services, dont elle est actionnaire minoritaire, d'acquérir G4S, la plus importante société de services de sécurité du monde.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Québec salive à l'idée d'accueillir dans la métropole le numéro un mondial de la sécurité privée.

En entrevue avec Patrice Roy mardi à ICI RDI, le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a déclaré qu'il souhaitait ardemment que la firme montréalaise GardaWorld achète la société britannique G4S pour former une seule et unique entreprise qui dominerait le marché.

Je veux que ça arrive, a-t-il renchéri, proposant même l'aide d'Investissement Québec au besoin.

Une fois l'acquisition complétée, GardaWorld aimerait en outre quitter son « bunker » de Griffintown pour occuper l'ancien siège social d'Aldo, dans l'arrondissement de Saint-Laurent.

Fondamentalement, ça serait très bon pour le Québec.

Pierre Fitzgibbon, ministre québécois de l'Économie

Cette déclaration du ministre Fitzgibbon faisait suite à une requête formulée par le président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphane Crétier, qui avait demandé lundi au premier ministre François Legault d'intervenir auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) pour qu'elle renonce à G4S.

C'est que la CDPQ possède 35 % des parts d'Allied Universal Security Services, une firme américaine qui, elle aussi, souhaite mettre la main sur la société britannique pour devenir numéro un au monde.

Indirectement, deux entités québécoises se retrouvent donc en concurrence pour acheter G4S.

Deux propositions d'achat variant de 5 à 6 milliards de dollars américains ont été déposées dans les derniers mois par GardaWorld et Allied Universal. Toutes deux ont été rejetées. Mais en coulisse, la bataille continue. Et le ton monte.

Québec peut-il y faire quelque chose?

Questionné sur l'avenir de ce dossier, le ministre Fitzgibbon a souligné mardi que les droits de gouvernance ne permettaient pas à la Caisse, avec seulement 35 % des actions de la compagnie, de décider à elle seule de la stratégie qui devrait être mise de l'avant par Allied Universal.

La CDPQ n'a pas de droit de veto sur la transaction, a-t-il résumé. Donc, je pense que la Caisse de dépôt, malheureusement pour M. Crétier, aujourd'hui, se comporte comme elle se doit.

Le ministre s'est toutefois demandé si la CDPQ a bien fait d'investir dans Allied Universal en février 2019, sachant que la firme américaine était en concurrence directe avec GardaWorld.

C'est ça, la vraie question, estime-t-il. Du reste, Québec n'a pas d'autorité sur la Caisse de dépôt, une institution indépendante du pouvoir politique, a rappelé le ministre.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre Legault avait déclaré qu'il n'avait pas l'intention de s'immiscer dans le conflit entre GardaWorld et la CDPQ. Je ne pense pas que la Caisse ait le pouvoir, la légitimité de dire à Allied : "Ne faites plus d'offre sur l'entreprise anglaise", avait-il expliqué lui aussi.

Le PDG de Garda accuse la CDPQ d'autoritarisme

Dans un communiqué transmis mardi après-midi, GardaWorld dénonce par ailleurs une mise en demeure envoyée par la CDPQ à Stéphane Crétier lundi, juste avant son entrevue à Radio-Canada, pour l'intimer de cesser et de s’abstenir d’émettre toute déclaration mensongère eu égard au rôle joué par la Caisse dans le dossier G4S.

Je suis surpris et déçu de constater que la Caisse de dépôt tente de m'intimider, écrit M. Crétier. Elle souhaite me museler alors que nous avons un débat plutôt important sur ses agissements dans le cadre d'une transaction importante pour GardaWorld et de ses 16 000 employés québécois et, par conséquent, le Québec.

On n'est plus en 1950, on est en 2020 dans une société libre et démocratique, poursuit-il. La Caisse appartient à tous les Québécois. Si j'avais voulu vivre dans un État autoritaire, j'aurais acheté une maison en Biélorussie.

Dans sa mise en demeure, la cheffe des affaires juridiques de la CDPQ, Sophie Lussier, disait craindre que l'entrevue de M. Crétier avec Patrice Roy ne s'inscrive comme une nouvelle salve du procès d’intention que livre Garda à la Caisse sur la place publique depuis plusieurs semaines.

La Caisse ne saurait tolérer cette nouvelle tentative d’intimidation qui s’inscrit dans les manœuvres tactiques déployées par Garda dans le cadre de son OPA en cours au Royaume-Uni, écrivait-elle, ajoutant que l'institution se réservait tous ses droits et recours pour le préjudice subi.

Des adversaires autrefois partenaires

Bien avant que le conflit ne s'envenime, la CDPQ avait pourtant accepté de financer le rachat de G4S par GardaWorld par l'entremise d'une offre en actions privilégiées de plus de 1 milliard de dollars américains, selon les informations colligées plus tôt ce mois-ci par La Presse canadienne

La société montréalaise – fondée au Québec, mais détenue depuis l'an dernier à 51 % par BC Partners, un fonds d'investissement basé à Londres – avait finalement opté pour un syndicat bancaire.

Une telle alliance aurait-elle permis d'éviter la situation actuelle, où un « fleuron québécois » se retrouve engagé dans une lutte sans merci avec le « bas de laine des Québécois »?

Ça n'aurait pas changé la dynamique, affirme Pierre Fitzgibbon. Que Garda ait accepté ou non l'offre d'un milliard n'a aucun rapport avec l'autre côté de la transaction.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Affrontement entre Garda et la Caisse

Michel Nadeau, expert-conseil à l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP), est tout à fait d'accord.

Selon lui, la CDPQ a rempli son mandat en offrant de financer le rachat de G4S par GardaWorld. Mais est-ce que ça veut dire que la Caisse [ne devrait] être présente dans aucune autre entreprise de gardiennage au monde? Ça, je pense que c'est trop demander à la Caisse, juge M. Nadeau.

L'ancien directeur général de l'IGOPP s'attend maintenant à un jeu de surenchère. Moi, je pense qu'il va y avoir de nouvelles offres financières, soit de Garda, soit d'Allied, et que finalement, le prix va monter, dit-il.

J'espère de tout cœur que Garda gagne, comme entreprise québécoise, mais si jamais Garda ne gagnait pas, eh bien, je pourrai me consoler comme participant à la Caisse de dépôt, conclut M. Nadeau, philosophe.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !