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Des navires de la Davie auraient permis à Ottawa d'économiser des milliards

Un travailleur de la Davie devant le navire de ravitaillement Astérix.

Un travailleur de la Davie devant le navire de ravitaillement Astérix

Photo : Radio-Canada / MARC GODBOUT

Un rapport du directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, jette un nouvel éclairage sur l’interminable débat entourant l'acquisition de navires de ravitaillement de la Marine royale canadienne.

M. Giroux conclut dans son rapport qu’il en aurait coûté 2,6 milliards de dollars de moins aux contribuables si le gouvernement fédéral avait opté pour des navires convertis par le chantier québécois Davie, plutôt que d’en construire des neufs.

La Défense nationale fait face à un sérieux problème depuis 2015. Elle doit combler un vide causé par la mise au rancart plus tôt que prévu des deux seuls navires de ravitaillement dont elle disposait.

Le projet de construction de deux navires de soutien interarmées au chantier naval Seaspan de Vancouver, entamé sous les conservateurs, a été maintenu par Ottawa, malgré des accumulations de retards et de problèmes techniques. Bref, le premier des ravitailleurs ne sera pas opérationnel avant au moins 2024 et le deuxième devrait l’être l’année suivante.

Dans son rapport, le DPB estime qu’il en coûtera 4,1 milliards pour construire ces nouveaux ravitailleurs à Vancouver, mais à condition qu’il n'y ait pas d'autres retards en cours de route.

Son analyse, qui ne tient pas compte des coûts d’exploitation et de maintenance, permet de confirmer qu’Ottawa aurait pu économiser de l'argent en achetant deux navires convertis par la Davie pour la somme totale de 1,4 milliard.

Est-ce qu’on a vraiment besoin de l’option à 4,1 milliards ou est-ce que ça aurait été plus sage d’y aller avec l’option à 1,4 milliard?, demande Yves Giroux.

Astérix et Obélix forment-ils une potion magique?

Un instrument dans la salle des commandes du pont de l'Astérix.

Un instrument dans la salle des commandes du pont de l'Astérix

Photo : Radio-Canada / MARC GODBOUT

En quête de contrats, la Davie avait mené une offensive en proposant en 2014 une solution de rechange au gouvernement fédéral. Le chantier a d’abord transformé un porte-conteneurs en ravitailleur. Baptisé Astérix, le navire est actuellement loué par la Défense nationale.

La Davie a par la suite offert de convertir un autre navire-cargo, l’Obélix, mais cette proposition a maintes fois été rejetée par Ottawa.

C’est une analyse qui est certainement d’intérêt pour les parlementaires pour questionner les fonctionnaires, les hauts gradés de la Défense nationale. Mais il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire maintenant, il est trop tard.

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

Le bureau du DPB estime qu'un milliard de dollars ont déjà été dépensés dans le projet de construction de Vancouver, sans compter le fait que des coûts supplémentaires considérables surviendraient advenant une résiliation de contrat avec Seaspan.

À la Chambre des communes, les attaques du Bloc québécois n’ont pas tardé. C'est quoi le problème des libéraux avec la Davie et la région de Québec?, a lancé le chef Yves-François Blanchet.

Plus tôt, le premier ministre Trudeau avait rappelé que son gouvernement avait fait de la Davie le troisième chantier de la Stratégie navale et que des contrats sont en cours de négociation.

On va continuer de chercher des opportunités, de bâtir des navires ici au Canada pour assurer qu’on a les bons équipements pour les Canadiens, tout en assurant des prix et des investissements responsables, a indiqué Justin Trudeau.

Une vue en hauteur de l'Astérix.

L'Astérix dans une cale sèche du chantier naval Davie.

Photo : Radio-Canada / MARC GODBOUT

Un rapport qui dérange

La Défense nationale accueille froidement ce rapport, notamment parce qu’il ne tient pas compte de la capacité des navires.

Le NM Astérix et le NM Obélix proposé ne possèdent pas les mêmes capacités que le futur navire de soutien interarmées. Ce dernier a été conçu pour être envoyé dans des endroits dangereux, un élément clé de la conception militaire, indique la Défense nationale dans une déclaration écrite.

Elle se défend d’avoir agi de manière irresponsable.

Notre choix des navires de soutien interarmées a été pris après des années de consultations auprès de l’industrie et d’analyses d’options possibles, y compris la conversion de navires usagés. Les navires de soutien interarmées sont les bons navires pour la Marine royale canadienne et présentent la meilleure valeur pour les Forces, le Canada et l’économie canadienne.

Extrait d'une déclaration écrite de la Défense nationale
Des employés du chantier naval Davie.

Des employés dans un entrepôt du chantier naval Davie.

Photo : Radio-Canada / MARC GODBOUT

Mais Jean-Christophe Boucher, de l’Université de Calgary, considère que les conclusions de ce rapport sont à l’image de tout ce qui entoure ce dossier d’approvisionnement militaire controversé.

On est pris avec ça. C’est le résultat de cafouillages et d’un manque de courage politique tant des conservateurs que des libéraux. Ce sont des années et des années de mauvaises décisions.

Jean-Christophe Boucher, Université de Calgary

L’expert en défense considère qu’Ottawa a peut-être tout intérêt à ne pas faire une croix sur l’achat de l’Astérix et de l’Obélix.

Avoir seulement deux navires de soutien, note-t-il, c’est vraiment le strict minimum. Ça ne répond pas nécessairement aux besoins de la Marine royale canadienne.

Le contexte est d’autant plus important que le Canada cherche à moderniser sa collaboration avec les Américains. La lettre de mandat du ministre de la Défense nationale précise qu’il est nécessaire de développer une meilleure surveillance, une meilleure défense et une meilleure réponse dans le Nord et dans les voies aériennes et maritimes menant au Canada [...].

Cet objectif risque toutefois d’entrer en collision avec la réalité fiscale post-COVID-19 qui pourrait être moins favorable à la Défense nationale.

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