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Le campus montréalais du Cégep de la Gaspésie reste anglophone

Ce campus du cégep gaspésien, géré par un collège privé, accueille actuellement près de 1500 Indiens dans le nord de la métropole.

La porte d'entrée du cégep.

Le campus anglophone montréalais du Cégep de la Gaspésie et des Îles est situé dans le quartier Ahuntsic, à côté du métro Henri-Bourassa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

On ne parle toujours pas français au campus montréalais du Cégep de la Gaspésie et des Îles. « La pandémie a eu d'importantes répercussions », se défend Julie Lépine, porte-parole de l’établissement public.

Ce cégep a ouvert, l’automne passé, un campus anglophone dans le quartier Ahuntsic, au nord de Montréal. Sur la façade de cette bâtisse plutôt sombre, collée à l’entrée d’un métro et à d’autres commerces, aucune trace d’un établissement d’enseignement.

Le campus est en réalité géré par Matrix College, une école privée, avec laquelle le Cégep de la Gaspésie et des Îles a signé une entente. Les lieux sont quant à eux propriété du Groupe Hermès, qui est détenu, notamment, tout comme Matrix College, par l’homme d’affaires ontarien Naveen Kolan. Celui-ci se charge entièrement du recrutement pour le compte du cégep.

Matrix College, comme d’autres établissements privés, est dans la ligne de mire des autorités fédérales et provinciales, selon une enquête de Radio-Canada. Des établissements évoquent une guerre commerciale pour convaincre des étudiants indiens de s’inscrire chez eux, alors que le recrutement en Inde s’intensifie. Ces étudiants peuvent débourser près de 25 000 $ pour une courte formation professionnelle.

En début d’année, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer les agissements de ce cégep, qui comptait près de 2000 étudiants étrangers. Alors que ce campus ne proposait que des formations en anglais, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait haussé le ton.

Québec a ainsi réclamé des cours de français dans chaque parcours, en indiquant avoir un problème à ce que ce soit exclusivement en anglais. C’est quand même choquant, avait lancé le ministre.

Malgré ces critiques, aucun changement n’a été opéré et le cégep ne s’engage pas, dans un échange de courriels avec Radio-Canada, à répondre positivement aux demandes du gouvernement Legault.

Un site francophone difficile à trouver

Dans un premier temps, seule une version anglaise du site du campus de Montréal du Cégep de la Gaspésie et les Îles avait été créée. L’établissement indique avoir corrigé le tir. Or, en faisant de simples recherches en ligne, il est très difficile de trouver cette nouvelle version française. Averti de cette situation, le cégep s’est montré étonné et a demandé aux techniciens de Matrix de vérifier pourquoi l’ancien site est encore présent.

Il y aura éventuellement des cours de français obligatoires

Radio-Canada a obtenu les détails des nouvelles inscriptions à ce campus montréalais. À l’automne 2020, l’établissement dit avoir 1456 étudiants inscrits. Tous étrangers, mais avec une très faible diversité.

On retrouve 1449 étudiants recrutés en Inde et 7 étudiants brésiliens. Ils dépensent 14 000 $ par année pour obtenir l’une des attestations d’études collégiales (AEC) proposées en anglais.

La pandémie aurait ralenti les efforts terrain faits par notre partenaire [Naveen Kolan] dans des pays francophones, détaille la porte-parole du cégep, Julie Lépine.

Ainsi, le cégep ne pourra offrir une AEC en français dès janvier 2021, poursuit-elle, puisque le recrutement d’étudiants étrangers francophones pour le campus de Montréal devait se faire à l’hiver.

Aucun nouvel échéancier n’a été communiqué à Radio-Canada.

Le campus de Montréal travaillait à offrir, dans un premier temps, trois AEC en français, soit [celles] d’éducation à l’enfance, de logistique du transport et de gestion de projets, ajoute-t-elle, soutenant que l’objectif de ce campus à Montréal est d’être international et multiculturel.

Si nous avons des étudiants indiens, c’est que notre partenaire avait déjà un réseau de contacts et que ces étudiants manifestaient un intérêt prononcé pour venir étudier au Québec.

Julie Lépine, porte-parole du Cégep de la Gaspésie et des Îles

Nous sommes bien au fait que le campus de Montréal est un enjeu sensible et comprenons qu’il a pu être choquant de voir que l’offre de formation était, dans un premier temps, en anglais, reconnaît Julie Lépine.

Éventuellement, soutient-elle, le cégep mettra en place des cours de français obligatoires. Cela demande toutefois du temps, car une révision de programme doit être faite, reprend-elle.

Québec insatisfait et très impatient

Informé par Radio-Canada des propos de la porte-parole du cégep et de l'absence de cours de français, le gouvernement Legault ne cache pas son insatisfaction.

Nous sommes très impatients de voir l’établissement mettre en place des activités en français sur son campus montréalais, comme l’a demandé de façon claire [M. Roberge] en février dernier. Même chose en ce qui concerne le recrutement d’étudiants étrangers francophones, affirme la ministre de l'Enseignement supérieur, Danielle McCann. La pandémie de COVID-19 ne peut tout excuser, ajoute-t-elle.

Par ailleurs, la ministre caquiste indique que des explications vont être demandées au cégep concernant la nature de son entente avec le Collège Matrix.

Inauguration du campus montréalais du Cégep de la Gaspésie.

Naveen Kolan (au centre) a inauguré le campus montréalais du Cégep de Gaspésie et les Îles en septembre 2019.

Photo : Cégep de la Gaspésie et des Îles

Une situation un peu surréaliste, lance le PLQ

Ces nouvelles informations provoquent l’ire des différents partis politiques.

Selon le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, la faute revient au gouvernement du Québec, qui ne veut pas déranger le modèle lucratif de ce cégep.

Le gouvernement ne joue pas son rôle pour la qualité de l’éducation et la préservation de la langue française.

Paul St-Pierre Plamondon, chef du PQ

Il n’y a absolument rien qui empêche le gouvernement du Québec d’exiger la connaissance du français pour les étudiants étrangers et d’exiger que les cours se donnent en français, martèle-t-il.

De son côté, la députée libérale Christine St-Pierre demande au gouvernement Legault de revoir le financement de ces établissements publics.

Il faut que le gouvernement se pose sérieusement la question sur comment financer adéquatement les cégeps, lance-t-elle, en évoquant des questions énormes concernant ce campus montréalais dont elle qualifie la situation d'un peu surréaliste.

Un avis partagé par Christine Labrie, la députée de Québec solidaire.

À la base, ce n’est pas normal qu’un cégep de région ait besoin d’ouvrir un campus à Montréal pour financer ses activités. Si les établissements d’enseignement supérieur étaient financés adéquatement, ils n’auraient pas besoin de s’inscrire dans cette dynamique de marchandisation de l’éducation, déplore-t-elle.

La solution pour éviter ces dérives, c’est d’assurer à nos institutions d’enseignement supérieur un financement qui correspond à leurs besoins et leurs réalités régionales.

Christine Labrie, députée de Québec solidaire

Sur Twitter, Yves-François Blanchet a quant à lui évoqué un racket de l'immigration sous prétexte de diplôme douteux [qui] contourne la loi et nuit aux intérêts du Québec.

Le chef du Bloc québécois se dit néanmoins beaucoup rassuré par l'impatience de Québec.

L'anglicisation de nos institutions publiques avec des partenaires glauques est une honte.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le Mouvement Québec français se montre lui aussi virulent.

Le summum de la bêtise, c'est lorsque nos propres institutions publiques, comme le Cégep de la Gaspésie, ouvrent des filiales qui ont pour effet de participer à l'anglicisation de la région métropolitaine, juge Maxime Laporte, le président de cet organisme visant à défendre la langue française.

Avec la collaboration de Sébastien Desrosiers

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