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Attaque au camion-bélier : contre-interrogatoire implacable de la Couronne

Vahe Minassian accusé d'agrémenter la thèse de la défense sur la condition de son fils

Un vieil homme entouré par des policiers pour le protéger des médias.

Vahe Minassian quitte le tribunal de North York bien encadré par la police après la seconde comparution de son fils Alek en septembre 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC

Jean-Philippe Nadeau

La Couronne au procès d'Alek Minassian accuse le père de l'accusé d'avoir fait des recherches sur l'autisme pour expliquer le comportement de son fils après qu'un psychiatre lui eut expliqué qu'un plaidoyer de non-responsabilité criminelle était la seule façon pour lui de s'en sortir. Vahe Minassian a catégoriquement nié qu'il avait adapté son témoignage pour aider son fils.

Alek Minassian a plaidé à l'ouverture de son procès la non-responsabilité criminelle au sujet de l'attaque au camion-bélier, qui a fait 10 morts et 16 blessés en 2018 à Toronto.

Dans son contre-interrogatoire, la Couronne a tenté mardi de montrer que le père d'Alek Minassian a retenu des expressions médicales sur l'autisme pour ajouter du poids à la théorie de la défense.

Les avocats d'Alek Minassian soutiennent que leur client vit dans un monde à part et qu'il ne sait discerner le bien du mal.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian durant son procès virtuel.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Vahe Minassian reconnaît qu'il a lu un article sur le sujet et qu'il a fait ses propres recherches sur l'autisme pour connaître la proportion des personnes qui souffrent des spectres de l'autisme dans la société.

Il admet en outre qu'il a demandé au médecin légiste de défense, le Dr Bradford, si l'évaluation psychiatrique de son fils en prison allait l'aider à son procès. Je lui demandais des commentaires rétroactifs à ce sujet, dit-il.

Un homme à la barbe blanche avec des lunettes et un mouchoir à la main lors de son témoignage.

Vahe Minassian, le père de l'accusé, est devenu émotif lorsqu'il a expliqué lundi comment il avait su que son fils avait été arrêté pour l'attaque au camion-bélier de Toronto.

Photo : Pam Davies

La procureure Cynthia Valarezo cite l'article qui a permis, selon elle, à M. Minassian de relever des formules figées au sujet de termes médicaux qu'il a apprises par cœur en prévision de son témoignage à la barre des témoins.

Vahe Minassian rétorque qu'il ne s'est pas inspiré de l'article au sujet des symptômes et des comportements des personnes autistes pour décrire la personnalité et l'état d'esprit de son fils dans les mois qui ont précédé l'attentat de la rue Yonge.

Me Valarezo soutient que le Dr Bradford a expliqué au père de l'accusé qu'un plaidoyer de non-responsabilité criminelle représentait la seule option pour aider son fils de s'en sortir.

Vahe Minassian explique au contraire que le psychiatre n'a fait que lui expliquer ce que signifiait la non-responsabilité criminelle dans la loi.

Dans les cas d'un procès, le fardeau de la preuve est sur les épaules de la Couronne, dans les cas de non-responsabilité criminelle, c'est le contraire, c'est à la défense de le démontrer, déclare-t-il au meilleur de ses souvenirs.

Capture d’écran montrant deux hommes assis l’un en face de l’autre dans une salle.

Alek Minassian, à gauche, a été interrogé par le détective Robert Thomas, à droite, pendant plus de quatre heures quelques heures après l'attaque au camion-bélier de Toronto le 23 avril 2018.

Photo : capture d'écran

La procureure Valarezo ajoute qu'elle doute que l'accusé soit incapable de la moindre émotion comme son père l'a indiqué lundi à la cour.

Vous saviez que le fait d'être dépourvu d'émotions est une information très importante dans les procès pour non-responsabilité criminelle, lui lance-t-elle.

Elle accuse M. Minassian d'avoir révélé à la cour qu'il ne pensait pas que son fils pleurait lorsqu'il avait été laissé seul dans la salle d'interrogatoire de police la nuit de la tragédie, parce qu'il croyait que cela aiderait la défense à montrer qu'Alek Minassian est incapable de s'émouvoir de quoi que ce soit.

Dessin de cour qui représente la procureure de la couronne Cynthia Valarezo.

La procureure de la Couronne, Cynthia Valarezo.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Or, la procureure insiste pour dire que Vahe Minassian a vu plus souvent qu'il ne l'affirme l'entrevue enregistrée du prévenu au poste de police et qu'il a révélé au Dr Bradford que [s]on fils s'était bien effondré en pleurant, lorsqu'il s'est retrouvé seul un instant.

Vahe Minassian répond qu'il doute qu'il ait utilisé dans son entretien avec le psychiatre de la défense l'expression s'effondrer et qu'il ne se souvient plus s'il lui a avoué ou non qu'il avait vu son fils pleurer dans la salle.

La Couronne l'accuse de ne plus s'en souvenir, parce que s'il reconnaissait que son fils pouvait avoir des émotions, une telle admission n'aiderait pas Alek Minassian au procès.

Dessin judiciaire d'un vieil homme aux cheveux blancs.

Vahe Minassian a été passablement malmené par la Couronne lors de son contre-interrogatoire mardi.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Vahe Minassian déclare qu'il ne savait pas que son fils avait dit à des psychiatres en détention qu'il lui était facile de dissimuler ses émotions.

Le père de l'accusé dit qu'il ne croit pas de toute façon certaines des informations que son fils a révélées aux médecins au moment de leurs évaluations avant le procès.

La Couronne dépeint en outre Alek Minassian comme un homme très intelligent, capable d'obtenir un diplôme collégial et de postuler pour un emploi bien rémunéré pour décrire l'accusé .

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy de la Cour supérieure de l'Ontario a dû sermoner la Couronne à deux reprises, parce qu'elle devenait trop insistante.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Me Valarezo le dit même sociable au point de sortir avec ses amis. Tout le contraire de ce que le père de l'accusé a révélé lors de l'interrogatoire de la défense lundi.

M. Minassian soutient qu'il n'est pas d'accord avec le fait que son fils sortait souvent avec des amis, parce qu'il était très occupé avec ses études collégiales et avec sa recherche d'emploi.

Me Valarezo sort même une liste avec le nom de ses connaissances pour la montrer à M. Minassian. Le père de l'accusé répond que le cercle d'amis de son fils est au contraire très restreint.

Photo d'un homme en complet aux cheveux courts.

Alek Minassian a plaidé la non responsabilité criminelle à l'ouverture de son procès le 10 novembre 2020.

Photo : CBC

Il reconnaît en revanche qu'il n'était pas avec son fils lorsque ce dernier sortait dans des bars, mais il dit douter qu'Alek Minassian fût capable d'approcher des femmes par peur d'être rejeté.

M. Minassian se dit d'ailleurs très surpris d'apprendre de la Couronne que son fils a approché deux femmes à la bibliothèque du Collège Seneca pour leur donner son numéro de téléphone.

La Couronne tient l'information des psychiatres qui ont rencontré son fils.

Des policiers en flou et le focus sur la fourgonnette blanche.

Des policiers sur la scène du drame, peu après l'attaque au camion-bélier

Photo : CBC

Vahe Minassian ajoute par ailleurs qu'il ignorait que son fils avait des fantasmes à l'idée de devenir un tueur en série lorsqu'il était encore au secondaire.

Il ajoute qu'il ne savait rien non plus de l'intérêt qu'il portait au groupe des Incels, ces hommes frustrés sexuellement qui en veulent aux hommes et aux femmes, parce qu'ils ne peuvent perdre leur virginité.

La Couronne demande alors à Vahe Minassian s'il était au courant que son fils avait dit aux psychiatres que l'acte qu'il a commis était inacceptable, que tuer est extrêmement amoral et qu'on lui a enseigné toute sa vie que tuer était immoral.

Or, Vahe Minassian a plutôt dit que son fils lui avait révélé en détention qu'il allait bientôt sortir de prison, parce que les gens comprendront qu'il n'a rien fait de mal.

Des photographes prennent des clichés du fourgon cellulaire transportant Alek Minassian.

Alek Minassian à son arrivée au palais de justice dans un fourgon cellulaire avant la pandémie.

Photo : Radio-Canada

La procureure soutient que l'accusé a plutôt dit au Dr Bradford qu'il était au courant qu'il allait être enfermé pour le restant de ses jours sans jamais probalement obtenir de libération conditionnelle.

Surpris d'entendre pareille révélation, Vahe Minassian a affirmé qu'il l'ignorait. La procureure n'en démord pas et lui demande alors: Êtes-vous sûr que votre fils vous a dit qu'il allait bientôt sortir de prison?

Oui, lui a-t-il répondu.

La persistance de la Couronne à l'égard de M. Minassian vise à montrer que le père de famille a offert à la cour une telle déclaration de son fils pour appuyer la thèse de la non responsabilité criminelle, parce qu'il savait que son fils pourrait sortir de prison s'il présentait un tel plaidoyer à son procès.

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