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École en ligne, cerveau hors ligne : avoir un TDAH en temps de pandémie

Vivre avec un TDAH et suivre des cours en ligne à l’université comporte son lot de défis. Des étudiants aux prises avec ce trouble font état des difficultés rencontrées au quotidien.

Le TDAH n’a rien à voir avec l’intelligence, précise la Dre Fréchette. C’est plutôt une question de régulation et d’inhibition comportementale, motrice et verbale.

Les étudiants aux prises avec un TDAH ont de la difficulté à se concentrer.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Camille Boutin

La pandémie force les étudiants à suivre des cours en ligne, cloîtrés à la maison, où les distractions sont légion. Certains s’y sont adaptés rapidement, mais pour d’autres, tous ces changements s’ajoutent à des défis scolaires déjà bien présents. Des étudiants présentant un trouble du déficit de l’attention ont choisi de prendre le taureau par les cornes en misant sur des stratégies gagnantes.

Mettre de l’ordre dans son désordre

Cette année, la première session de Belynda Lafleur, étudiante de deuxième année en psychologie à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), lui réserve bien des nouveautés et des défis.

Depuis septembre, en raison de la COVID-19, tous ses cours se donnent en mode virtuel. Belynda a été prise de court par la charge de travail et la gestion supplémentaire qu'implique l’école à distance.

Sérieusement, je ne m’attendais pas à tout ça, confie la jeune femme, en entrevue avec Radio-Canada.

Belynda vit avec un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Elle a de la difficulté à mettre de l’ordre dans toutes ses tâches et à terminer ses devoirs.

Les lectures, les travaux, les examens, les présentations orales… Écoute, c’est beaucoup, tranche-t-elle sans ambages. Le simple fait de devoir résister aux distractions — allô Facebook! — rend le tout bien plus exigeant.

Je suis déconcentrée, je suis dans la lune, je perds le "focus" tout le temps, tout le temps.

Belynda Lafleur, étudiante
Belynda Lafleur est étudiante de deuxième année en psychologie à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Belynda Lafleur éprouve beaucoup de difficulté à s’organiser, à se concentrer, elle est agitée et ressent toujours un besoin de bouger.

Photo : Gracieuseté de Belynda Lafleur

Le TDAH de Belynda se manifeste de plusieurs façons. La jeune femme éprouve beaucoup de difficulté à s’organiser, à se concentrer, elle est agitée et ressent toujours un besoin de bouger.

Comme près de 30 à 40 % des personnes avec un TDAH, Belynda doit également vivre avec un trouble anxieux, ce qui ajoute son lot de pépins.

Si l’adaptation à sa nouvelle vie en ligne n’a pas été facile, l’étudiante a quand même trouvé des solutions pour être plus efficace dans ses travaux universitaires. En faisant une rétrospection, Belynda a réalisé qu’elle s’appuyait trop souvent sur les autres pour ne rien oublier. Elle a choisi de renverser cette tendance.

J’ai besoin de beaucoup de repères de couleur, alors je me suis acheté beaucoup beaucoup de Post-it, que je colle un peu partout, explique-t-elle. Je me suis fait une grosse pancarte avec mes dates d’examens, je l’ai fait avec de la couleur pour pouvoir m’aider.

Cette stratégie lui a donné confiance au point où elle semble même prête à poursuivre des cours à distance l’hiver prochain.

Mon Dieu, là je me sens comme une guerrière, lance-t-elle, un sourire dans la voix. Je me sens mieux préparée, je sais à quoi m’attendre.

Le TDAH n’a rien à voir avec l’intelligence. C’est plutôt une question de régulation et d’inhibition comportementale, motrice et verbale.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Imaginez que le TDAH soit le chef d'orchestre qui dirige toutes les fonctions du cerveau. Même si tous les instruments fonctionnent correctement et que les musiciens savent bien jouer, le chef d'orchestre, lui, ne fait pas son travail.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Blâmez le chef d’orchestre!

Difficulté à se concentrer, incapacité à prêter attention aux détails, tendance excessive à la distraction, train de pensées qui filent à toute allure, impulsivité et bougeotte sont généralement les symptômes auxquels on associe le TDAH.

Pourtant, c’est un trouble plus complexe que cela puisse paraître, nuance la Dre Sabrina Fréchette, psychologue clinicienne de l’équipe de santé psychologique d’Orléans. Le TDAH interfère aussi avec les fonctions exécutives et les capacités à se maîtriser.

Prenez un chef d’orchestre, illustre-t-elle. Imaginez que le TDAH soit celui qui dirige toutes les fonctions du cerveau.

C’est comme si nos instruments dans notre cerveau fonctionnent bien, les musiciens savent bien jouer, mais que le chef d’orchestre ne fait pas son travail, explique-t-elle. Il ne dit pas quand c’est le temps de jouer, de baisser le son ou d’augmenter le rythme.

Le TDAH n’a rien à voir avec l’intelligence, précise la Dre Fréchette. C’est plutôt une question de régulation et d’inhibition comportementale, motrice et verbale.

Ce problème d’organisation qu’on remarque chez Belynda est assez commun chez toutes les personnes qui ont un TDAH. Comme la notion du temps est un problème constant chez elles, et que l’organisation se caractérise par cette habileté à gérer son temps, mettre de l’ordre dans ses affaires représente un défi supplémentaire.

Maximiser sa concentration

Catherine Paquette a plusieurs sessions d’université derrière elle. L’étudiante de l’UQO cumule déjà deux diplômes.

Tout comme Belynda, elle vit avec un TDAH. Il lui a fallu, à elle aussi, quelque temps pour s’adapter à ses cours en ligne. Ayant trouvé des stratégies pour venir à bout de ses difficultés, elle apprécie désormais les avantages d’une formation à distance.

Oui, ça demande de l’ajustement, mais c’est loin d’être impossible.

Catherine Paquette
Catherine Paquette, étudiante à l'Université du Québec en Outaouais.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Catherine Paquette réussit très bien à l'université malgré un TDAH. Elle cumule deux diplômes.

Photo : Gracieuseté de Catherine Paquette

D’abord, exit le stress lié aux déplacements et fini le brouhaha constant dans les transports en commun. Ensuite, Catherine n’a plus à se livrer à une interminable gymnastique mentale au cours de laquelle elle se demandait, tous les matins, si elle avait oublié quelque chose.

De ne pas avoir à me déplacer et d’avoir toutes mes choses à la même place, ça fait que l’organisation, c’est beaucoup plus facile, soutient l’étudiante qui jouit désormais d’un regain d’énergie. [C’était] vraiment quelque chose qui me [fatiguait] beaucoup.

Comme rien n’est jamais parfait, être isolée socialement est toutefois un fardeau. Catherine s’ennuie des discussions qui se déroulaient à la sortie des classes avec ses collègues et ses professeurs à propos des examens ou des travaux à venir.

Je me sentais plus engagée. Je faisais partie d’un groupe. C’est vraiment la partie qui me manque, de ne pas avoir les cours en personne, soutient-elle.

À la maison, pour tromper l’ennui et demeurer attentive, Catherine a choisi de diviser ses périodes d’étude.

Je fais des périodes de 45 minutes d’étude. Après ça, je me lève et je vais faire quelque chose de physique. Par exemple, je vais aller prendre une marche dehors ou faire du ménage, dit-elle.

La Dre Sabrina Fréchette est psychologue clinicienne pour l’équipe de santé psychologique d’Orléans.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le TDAH n’a rien à voir avec l’intelligence, précise la Dre Sabrina Fréchette. C’est plutôt une question de régulation et d’inhibition comportementale, motrice et verbale.

Photo : Gracieuseté de Dre Sabrina Fréchette

Il s’agit d’une excellente stratégie pour contrer la procrastination, estime la Dre Fréchette. Des périodes d’étude plus courtes, avec des pauses régulières, favorisent une meilleure concentration, évalue-t-elle. Rester assis pendant 3 h, en soi, ça devient une source de distraction.

Les balles de stress, les chaises qui permettent de bouger, les bureaux surélevés, le simple fait de dessiner pendant les cours ou de prendre des notes activement — même s’il ne s’agit que de mots clés — sont aussi d’autres pistes de solutions pour les étudiants qui ont un TDAH, juge la spécialiste.

L’action mène à la concentration, dit-elle.

Des accommodements scolaires

Les étudiants qui ont un trouble du déficit de l'attention sont presque deux fois plus nombreux sur les campus universitaires qu'il y a quatre ans.

Au Québec, ils représentent environ 38 % des étudiants universitaires ayant un handicap, selon l’Association québécoise interuniversitaire des conseillers aux étudiants en situation de handicap (AQICESH).

Les établissements scolaires ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité et ont mis à la disposition de ces étudiants différents programmes de soutien.

L’objectif, bien entendu, est de leur fournir les outils qui leur permettront de réussir.

À l’UQO, par exemple, les étudiants peuvent compter, tout au long de leurs études, sur l’appui du Service aux étudiants en situation de handicap (SESH). L'étudiant qui y a recours peut profiter de certains accommodements tels qu’obtenir plus de temps pour remettre ses travaux ou faire ses examens.

Étant donné les nouveaux défis que posent les cours en ligne, Catherine et Belynda ont fait appel cette session-ci aux services du SESH.

Ça m'aide beaucoup, puisque les questions dans les examens sont plus pointues. Je ne me sens pas pressé dans le temps et j’ai le temps de bien lire la question et les choix de réponses, remarque Catherine.

Cette année avec toute l'adaptation et les ajustements qu’il fallait faire, je sentais que je n’avais pas le choix , concède Belynda. Ça m’a vraiment beaucoup aidée.

On a eu plus de demandes d’accommodement, constate pour sa part le directeur des communications de l’Université, Gilles Mailloux, qui attribue cette hausse aux nombreux changements liés au confinement. 

Avec la pandémie, on a ajouté une orthopédagogue à l’équipe et de nouveaux services ont vu le jour, dont celui du mentorat par les pairs.

Gilles Mailloux, directeur des communications, UQO

Le Service de soutien à l’adaptation scolaire (SSAS) du Cégep de l’Outaouais, qui aide environ 700 étudiants sur les 3 campus chaque année, a dû lui aussi apporter quelques changements, notamment en bonifiant les heures de services.

On a étendu notre plage de services pour accommoder les étudiants parce qu'avec les cours en ligne, vous pouvez vous imaginer que de passer six heures en ligne, la fatigue augmente, explique Jacques Dumouchel, le coordinateur du SSAS.

Cette mesure permet donc aux étudiants de prendre rendez-vous plus tard en soirée afin de bénéficier d’une pause des écrans après les cours.

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