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Il n'y a pas qu'en France que la satire heurte la foi

Au tour des Pays-Bas d’être bousculés par une affaire de caricatures touchant les musulmans. Le sang n’a pas coulé, mais la controverse confirme que les Français ne sont pas les seuls à se demander comment faire cohabiter satire et respect des minorités religieuses.

Une classe vide remplie de pupitres.

Une classe vide remplie de pupitres.

Photo : CBC/Evan Mitsui

« Un enseignant se cache à cause d’une caricature », titrait NRC Next, le tabloïd néerlandais qui a révélé cette nouvelle controverse touchant l’islam en Europe. Un enseignant de Rotterdam a été menacé de mort sur Internet à la suite d’un malentendu avec des élèves musulmanes.

Au centre de la controverse, une caricature primée aux Pays-Bas, diffusée après les attentats à la rédaction de Charlie Hebdo, à Paris, en 2015. On y voit un homme portant un chandail à l’effigie de l’hebdo satirique. Il tire la langue au djihadiste qui vient de le décapiter. Le titre : Immortel.

Selon les médias néerlandais, cette caricature était affichée depuis cinq ans dans la salle de classe de cet enseignant de l’école secondaire Emmaus College. Cinq ans sans souci.

La controverse a éclaté début novembre, lors d’une journée en hommage à l’enseignant français décapité, Samuel Paty.

Quelques jeunes musulmanes de l’école ont demandé à l’enseignant de retirer l’image, estimant – à tort, assure l’auteur du dessin – que l’homme qui tient le couteau est le Prophète Mahomet.

Là où les discussions s’emballent

L’image aurait alors été retirée de la classe, mais la controverse s’est poursuivie en ligne. Là, des menaces non spécifiées ont été proférées à l’endroit de l’enseignant. Il s’est caché. La police a renforcé la protection de l’école.

Depuis, au moins trois personnes ont été interrogées par les autorités. Les politiciens de tous côtés ont dénoncé les menaces. Le premier ministre néerlandais Mark Rutte juge absurde que des enseignants fassent l’objet de menaces pour avoir discuté de controverses actuelles.

L’affaire rappelle les circonstances entourant la mort tragique de Samuel Paty, décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression.

Dans les deux cas, la discussion scolaire portait sur des représentations du Prophète; ces discussions ont été dénaturées sur les réseaux sociaux, où elles ont enflammé les passions.

Dans un communiqué, la direction du collège Emmaus juge complètement inacceptable qu’une discussion scolaire soit prise en otage par des gens extérieurs à l’établissement.

En France, la controverse s’est terminée par un horrible assassinat. Aux Pays-Bas, l’enseignant se terre; un de ses confrères dans une autre ville a aussi été menacé pour avoir montré une caricature différente. Dans les deux pays, plusieurs enseignants se sentent vulnérables.

Des parallèles partout en Europe?

Les Pays-Bas ne défendent pas les principes de la laïcité avec la même force que la France. Mais, comme en France, plusieurs y ont défendu la liberté d’expression et le droit au blasphème. Comme en France, de nombreux politiciens ont déclaré que ces libertés n’étaient pas négociables.

Et comme en France, bien des musulmans des Pays-Bas ont une opinion opposée. Oui au droit de caricaturer, disent plusieurs, mais pas sur n’importe quel sujet.

Une position à laquelle se fait écho la pétition d’un imam réputé salafiste de La Haye qui pourrait forcer un débat à la Chambre des représentants.

Le texte débute par un rejet de toutes formes de violence qui découlent de ces caricatures.

Les pétitionnaires (plus de 100 000) y affirment que les insultes envers le Prophète Mahomet n’ont rien à voir avec la liberté d’expression, mais seraient plutôt de l’indécence qui mène aussi à des tensions sociales.

Les signataires espèrent que toute insulte lancée envers le Prophète sera criminalisée. Sans commenter directement la pétition, le premier ministre, Mark Rutte, juge plutôt essentiel que des débats sur la liberté d’expression aient lieu en classe.

Oui, ça peut devenir compliqué quand l’opinion de quelqu’un écorche vos croyances religieuses. Mais, ajoute le politicien qui est aussi enseignant à temps partiel, personne n’a le droit de ne pas être insulté.

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