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La COVID-19 ébranle les éleveurs de visons du Québec

En Europe, une mutation a entraîné la transmission de la maladie du vison à l'homme.

Un vison dans une cage.

La COVID-19 se transmet du vison à l'homme, selon des recherches scientifiques.

Photo : iStock

La COVID-19 force l'abattage de millions de visons en Europe, un animal destiné à la production de fourrure. Au Québec, les éleveurs, moins nombreux, ont été obligés d’instaurer des mesures sanitaires additionnelles pour éviter des éclosions. Si aucun cas n’a été déclaré, l’industrie est tout de même ébranlée.

Depuis le début de la pandémie, plusieurs espèces animales ont été infectées par la maladie. Selon les données disponibles, les chauves-souris seraient d’ailleurs le réservoir principal du SARS-CoV-2.

Le virus est passé des humains aux visons et des visons aux humains. C’est assez clairement établi, non seulement au Danemark, mais aussi aux Pays-Bas. La preuve est relativement robuste, explique l'épidémiologiste de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Gaston De Serres.

Depuis mars, le Danemark, premier producteur mondial, l’Italie, l’Espagne, la Suède et les États-Unis ont rapporté des cas de transmission de COVID-19 entre le vison et l’homme.

Ce n'est pas une très grande surprise que les visons aient été infectés par ce virus-là. [...] Les élevages de visons, ce sont vraiment des milliers et des milliers d’animaux qui sont vraiment empilés les uns sur les autres.

Gaston De Serres, épidémiologiste de l'Institut national de santé publique du Québec
Un éleveur tient un vison.

Au Danemark, les autorités pensent devoir abattre la totalité des 15 millions de visons élevés sur son territoire.

Photo : Associated Press / Henning Bagger

Ces éclosions ont rapidement eu des échos au Québec. Quand on a vu qu’il y avait des cas en Europe, ils ont mis en place au Canada et au Québec des mesures de biosécurité augmentées, souligne Alan Herscovici de l’Association canadienne des éleveurs de visons.

Éviter le pire

Pierre Labonté, propriétaire d’une ferme en Beauce, avait très peu d'information au départ sur les risques que représentait la maladie pour ses animaux.

Il n’y avait personne qui nous avait confirmé vraiment que la maladie se transmettait, mais on a quand même pris des précautions pour protéger nos employés et surtout protéger nos animaux, affirme-t-il.

Pierre Labonté porte un masque et tient un vison dans ses mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Labonté possède 2000 femelles reproductrices.

Photo : Pierre Labonté

Les contacts entre les employés et les visons sont réduits au maximum, le masque est obligatoire et toute personne signalant des symptômes compatibles avec la COVID-19 doit éviter d’avoir des contacts avec les animaux.

Si quelqu’un ne se sent pas bien, il ne rentre pas en contact avec les animaux avant de se faire tester, soutient Alan Herscovici, qui a grandi dans l'industrie de la fourrure.

L'Association canadienne des éleveurs de visons souligne que la situation au pays n'a rien à voir avec celle en Europe, les risques sont beaucoup moins élevés. Il y a beaucoup de fermes concentrées [en Europe] sur de petits territoires avec un grand nombre d’animaux, ce qui fait que s’il y a un problème de transmission, ça se répand assez rapidement, soulève-t-il.

Le Canada compte environ 1,5 million de visons destinés au marché de la fourrure, contre 17 millions au Danemark.

Des recherches en cours

L’Agence de la santé publique du Canada compte d'ailleurs modifier dans les prochains jours sa page web (Nouvelle fenêtre) sur les risques de transmission de la maladie de l'animal à l'humain.

Bien que le SRAS-CoV-2 se transmette principalement de personne à personne, la situation du vison d’élevage est particulièrement préoccupante, écrit par courriel le porte-parole de Santé Canada, Geoffroy Legault-Thivierge.

Les visons semblent être très sensibles à l’infection par le SRAS-CoV-2, des centaines d’élevages de visons infectés dans d’autres pays ayant été signalés à ce jour.

Geoffroy Legault-Thivierge, porte-parole de Santé Canada

Des modifications génétiques du virus ont notamment été détectées au Danemark, ajoute-t-on, précisant qu'il s'agit d'un phénomène naturel qui n'a pas entraîné une augmentation de la gravité de la maladie ni de la transmission. Des recherches sont en cours pour mieux comprendre les implications possibles des modifications du virus sur l’efficacité des futurs vaccins et traitements, ajoute M. Legault-Thivierge.

Aucun signalement

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) indique avoir informé rapidement les éleveurs de visons et les médecins vétérinaires pour rehausser les mesures de prévention et leur vigilance face au virus.

Le MAPAQ déclare n'avoir reçu aucun signalement à ce sujet. Les impacts possibles que pourrait engendrer ce virus qui a muté, pour l’élevage du vison au Québec, sont très limités. [...] Aucun impact n’est anticipé pour d’autres types d’élevages, peut-on lire dans un courriel écrit par Yohan Dallaire Boily, porte-parole du Ministère.

Du sang de vison est étudié en laboratoire.

Des scientifiques ont confirmé la transmission de la COVID-19 entre le vison et l'homme.

Photo : iStock

Selon les données du gouvernement, quatre éleveurs de visons sont identifiés. Près de 12 000 femelles reproductrices sont enregistrées.

Une industrie liée à la Chine

La COVID-19 a commencé à se répandre en Chine, principal acheteur de fourrure canadienne. Le prix étant déjà très bas, la pandémie a poussé Pierre Labonté à revoir sa production.

L’économie là-bas était frappée de plein fouet, donc nous on a eu des répercussions avant même que la maladie s’en vienne ici, explique Pierre Labonté, qui avait du mal à vendre son produit.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la majorité des acheteurs, c’est la Chine. Elle achète entre 80 % et 90 % des fourrures.

Pierre Labonté, éleveur de visons


L'éleveur a donc décidé de réduire son élevage de moitié en mars. On espère toujours pouvoir s’en sortir, avec toutes les nouvelles règles, avec tout l’argent qu’on a investi ces dernières années, soulève-t-il.

Les producteurs anticipent une hausse des prix. On s’attend à ce que les prix montent à cause de l’offre, mais il est également possible que l'Europe ait besoin de reproducteurs pour leur génétique et leur troupeau, dit Alan Herscovici.

De son côté, Pierre Labonté, qui poursuit de génération en génération le travail de ses ancêtres, espère pouvoir tirer son épingle du jeu. Il faudra voir comment le marché va se comporter. On pense qu’on a des chances et on travaille.

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