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Moderna presse les Européens de signer une entente pour avoir accès au vaccin potentiel

Un homme masqué, près des cartables contenant les protocoles pour le vaccin de Moderna.

Un employé de Moderna travaille près des fichiers de protocole de Moderna, dans un centre de recherche situé à Hollywood, en Floride.

Photo : Getty Images / AFP/CHANDAN KHANNA

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le patron de la société américaine de biotechnologie Moderna a prévenu mardi les Européens que le prolongement des négociations pour acheter des doses de son vaccin potentiel contre la COVID-19 risquait de ralentir les livraisons, d'autres pays, dont le Canada, étant prioritaires, car ils ont signé depuis des mois.

On a des discussions, mais on n'a pas de contrat, a dit Stéphane Bancel à l'AFP depuis Cambridge, dans le Massachusetts, où ce Français de 48 ans, ancien du laboratoire bioMérieux, dirige depuis 2011 Moderna, petite société détenant l'un des vaccins les plus prometteurs de la pandémie.

La société, fondée en 2010, a annoncé lundi que son projet de vaccin contre la COVID-19 avait montré une haute efficacité dans des essais cliniques, de près de 95 %, comparable à ce que le géant pharmaceutique américain Pfizer allié à la société allemande BioNTech a annoncé la semaine dernière.

Les deux devraient demander aux autorités américaines, européennes et autres des autorisations de commercialisation dans les prochaines semaines.

Des discussions avancées ont bien été annoncées avec la Commission européenne le 24 août pour l'achat de 80 millions de doses du vaccin, mais aucun engagement ferme n'a été signé depuis.

Entre-temps, Moderna a signé avec le Canada, le Japon, Israël, le Qatar, le Royaume-Uni... Sans compter les 100 millions de doses promises début août aux États-Unis.

C'est qu'il y a plein de choses administratives, les dossiers, des trucs, des alignements entre les pays et c'est juste compliqué à gérer quand vous êtes 27 par rapport à quand vous êtes tout seul, dit Stéphane Bancel.

Il fait la comparaison avec le Canada : entre les premières discussions avec les médecins de Moderna et la signature du contrat, ça a mis deux semaines.

La conséquence : C'est clair que d'avoir pris du retard, ça ne va pas limiter la quantité totale, ça va ralentir la livraison, dit-il. Pour tous les pays hors États-Unis, la production se fera en Suisse, dans les usines du groupe Lonza, et la mise en flacons à Madrid, chez le groupe Rovi.

De premières doses livrées au Canada début 2021?

En entrevue lundi à Midi Info, Stéphane Bancel a estimé que le Canada pourrait en théorie recevoir de premières doses de ce vaccin potentiel dès le début de 2021, si tout se déroule comme prévu.

Il estimait que l'étude clinique de phase 3 actuellement en cours serait terminée d'ici 7 à 10 jours, et qu'une autre période de 7 à 10 jours serait nécessaire pour finaliser le dossier, vérifier que les données sont [...] correctes, et le déposer aux agences réglementaires.

Nous avons commencé au Canada à faire des dépôts de dossier de tout l’outil industriel des phases 1 et 2, de tous les modèles animaux qui sont des éléments nécessaires et très importants pour que les autorités canadiennes puissent indépendamment revoir le dossier et porter leur jugement.

Si c’était possible donc d’avoir le produit approuvé, il est possible que nous soyons capables de commencer à livrer les premières doses dès le premier trimestre de l’année prochaine, dès le mois de janvier.

Ottawa a réservé jusqu'à 56 millions de doses du vaccin de Moderna. Avant que cette commande ne se concrétise, les résultats de l'étude clinique devront cependant être révisés par des pairs et le vaccin devra être formellement approuvé par Santé Canada.

Visitez notre dossier sur les vaccins contre la COVID-19.

Plus ils attendent, plus ce sera décalé dans le temps

Si jamais le vaccin était autorisé par l'Agence européenne du médicament avant la fin de l'année, mais qu'aucun contrat n'était encore signé, les allocations des premières livraisons ne comprendraient pas l'Europe.

« Donc, ça partirait en Suisse, ça partirait un petit peu au Japon, en Israël, au Canada, donc aux pays qui en ont commandé. Mais ceux qui n'ont pas commandé, je ne vais pas leur envoyer des produits. Plus ils attendent, plus ce sera décalé dans le temps. »

— Une citation de  Stéphane Bancel, président-directeur général de Moderna

Selon M. Bancel, les discussions ne bloquent pas sur le prix, mais il refuse d'en dire davantage publiquement.

Il compare les tergiversations européennes à l'anticipation américaine. Dès le 2 mars, lui-même et les patrons de grands laboratoires étaient à la Maison-Blanche autour de Donald Trump.

Les États-Unis ont accordé un demi-million de dollars à Moderna dès avril, pour financer les essais cliniques. Au total, la biotech a reçu 2,5 milliards de dollars d'argent public américain, sous l'égide de l'opération Warp Speed, lancée officiellement le 15 mai.

L'opération Warp Speed a été l'une des choses les plus efficaces, souligne le patron.

On a commencé à discuter avec plusieurs pays européens au mois de mai. On n'a eu aucune aide pour payer aucune étude clinique.

« Tout a été pris par le gouvernement américain et heureusement qu'ils l'ont fait, sinon on n'aurait pas pu développer le vaccin à ces vitesses-là. Comme vous le savez, on est une société qui n'a jamais fait un euro de profit, et l'étude clinique a coûté 1 milliard de dollars. »

— Une citation de  Stéphane Bancel, président-directeur général de Moderna

Résultat, les premiers Américains seront sans doute vaccinés avant le Nouvel An : on a déjà plusieurs millions de doses en magasin aux États-Unis, confirme Stéphane Bancel.

Dix millions de doses devraient être en stock avant la fin novembre, et on aura d'ici la fin de l'année les 20 millions de doses.

Ces 20 millions de doses seront exclusivement destinées aux États-Unis. Moderna prépare depuis des mois la chaîne logistique avec le gouvernement pour être prêt dès que l'Agence américaine des médicaments (FDA) aura autorisé le vaccin, une décision attendue en décembre.

Le but, dit-il, est que dès le feu vert de la FDA, Moderna puisse charger les camions et partir.

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