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10 idées rejetées par le Plan pour une économie verte du Québec

Le gouvernement a écarté plusieurs propositions des groupes qu'il avait mandatés pour préparer le plan.

Une personne tient une boîte remplie de légumes dans un champ.

Le Plan pour une économie verte parle beaucoup d'alimentation électrique, mais très peu de la nourriture des Québécois.

Photo : getty images/istockphoto / StockSeller_ukr

Plusieurs acteurs qui ont travaillé en amont du Plan d'économie verte du Québec (PEV) ne cachent pas leur déception, au lendemain du dévoilement d'une feuille de route moitié moins ambitieuse que prévu.

Dans leur rapport, obtenu par Radio-Canada, les groupes de travail mandatés par le ministère de l'Environnement pour préparer le plan s'étaient dits convaincus que le Québec possède tout le potentiel pour atteindre, voire dépasser ses cibles et objectifs climatiques.

Les 75 représentants d'industries, de banques, de sociétés d'État, de chambres de commerce, de groupes environnementaux, etc. avaient rempli leur mission avec l'aide de scientifiques et d'experts du ministère de l'Environnement : dégager un consensus avec des mesures concrètes pour atteindre les cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) au Québec pour 2030.

Voici 10 de leurs recommandations qu'on ne retrouve pas dans le Plan pour une économie verte :

1 . Électrifier jusqu'à 50 % des véhicules de marchandises d'ici 2030

Les travailleurs de l'usine filment le dévoilement du camion avec leur téléphone.

Le Lion8 est un camion 100 % électrique et 100 % québécois.

Photo : La Presse canadienne / Pierre Saint-Arnaud

Le PEV consacre un budget de 225 millions de dollars sur 5 ans pour favoriser, entre autres, l’électrification des camions et des parcs de véhicules commerciaux. Le gouvernement continuera de financer une part du surcoût à l’achat. En revanche, aucune cible chiffrée n'est fixée, contrairement aux véhicules à essence personnels.

Les groupes de travail recommandaient un objectif d'ici 2030 pour qu'entre 15 % et 50 % des véhicules de marchandises moyens et lourds soient des véhicules électriques ou hybrides rechargeables, selon les classes.

Les émissions de GES du transport routier de marchandises ont triplé depuis 1990.

2. Porter l'autosuffisance alimentaire à 50 % d'ici 2030

Un étalage de carottes du Québec dans un marché public.

En été, les maraîchers de la province produisent en moyenne le double de ce que l’on consomme, mais tous les autres aliments ne sont pas produits ici ou pas en quantité suffisante.

Photo : Radio-Canada

Le PEV n'énonce que des principes généraux au sujet de l'alimentation et le mot autosuffisance n’apparaît pas dans la documentation. Il est question de renforcer l’achat local, les circuits courts et la valorisation des produits de proximité.

Les groupes de travail recommandaient que, d’ici 2030, le taux d’autosuffisance alimentaire dépasse 50 %, c’est-à-dire qu’on produirait localement plus de la moitié de ce qu’on mange. Actuellement, le Québec se situe autour de 35 %.

3. Aucune perte nette de terre agricole entre 2020 et 2030

Vue en drone du paysage agricole et forestier.

Le territoire de la MRC de l’Érable est à 96 % zoné vert. On y a dénombré 1200 petits lots pouvant supporter une entreprise agricole ou forestière à temps partiel.

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement annonce qu'il révisera son approche relative à l’aménagement durable du territoire, mais sans engagement précis, si ce n'est la volonté de le faire en préservant les terres agricoles.

Les groupes de travail ambitionnaient qu'entre 2020 et 2030 aucune perte nette de superficie de la zone agricole ne se produise. Au Québec, les terres cultivées continuent de disparaître année après année en raison de l'étalement urbain et de l'activité de spéculateurs financiers.

4. Autofinancer les subventions à l'achat de véhicules électriques avec des redevances sur l'achat de véhicules polluants

Des VUS

Pas de taxes à l'achat de VUS dans le PEV.

Photo : Getty Images / 3alexd

Le gouvernement prévoit un budget de 1,3 milliard de dollars sur 5 ans pour offrir des remises aux acheteurs de véhicules électriques.

Mais Québec refuse d'associer à ces bonus des pénalités aux acheteurs de véhicules polluants. On doit travailler à mobiliser, plutôt que de décourager, a dit le ministre de l'Environnement, Benoit Charette.

Les groupes de travail proposaient d'autofinancer, dès 2022, les remises à l'achat grâce à des redevances appliquées en fonction du profil d’émissions de GES des véhicules à essence/diesel.

5. Végétaliser 100 % des cours d'école d'ici 2030

Une cour d'école parsemée d'îlots formés d'arbres.

L'école primaire La Visitation a une toute nouvelle cour parsemée d'îlots de verdure.

Photo : Commission scolaire de Montréal

Le gouvernement n'en parle pas du tout dans son plan.

Les groupes de travail souhaitaient fixer cette cible ambitieuse de 100 % de cours d'écoles verdies d'ici 10 ans avec l'idée d'appliquer à la gestion du parc immobilier gouvernemental des critères de sobriété carbone et de résilience.

Des initiatives locales existent déjà, comme à Alma.

6. Réduire de moitié la quantité de matières éliminées par personne en 2030

Un bac gris de 120 litres distribués par la Ville de Gatineau avec de nombreux sacs de déchets.

Un Québécois produisait en moyenne 697 kilos de déchets, en 2018, selon Recyc-Québec

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Le PEV vise la réduction du gaspillage et une meilleure gestion des matières résiduelles, mais sans objectif chiffré. Il s'engage par exemple à favoriser la réduction à la source et la valorisation des matières organiques, notamment par le captage et la destruction ou la valorisation des biogaz issus des lieux d’enfouissement de matières résiduelles.

Les groupes de travail proposaient de fixer la cible de 500 kilos par personne d’ici 2022 et 350 kilos en 2030 pour la quantité annuelle de matières éliminées par personne.

En 2018, un Québécois rejetait en moyenne 700 kilos de déchets.

7. Un système d'autopartage offert partout au Québec dès 2021

Photo d'une petite voiture grise garée dans la rue

Un véhicule de Communauto (archives)

Photo : Communauto

Le PEV prévoit un investissement de 14,5 millions de dollars sur 5 ans pour soutenir le développement de la mobilité partagée, y compris l'autopartage en entreprise. C'est la seule mention du sujet dans la documentation.

Les groupes de travail proposaient que, dès 2021, un système d’autopartage soit offert dans toutes les régions du Québec

8. La moitié des Québécois intègrent les protéines végétales dans leur diète quotidienne d'ici 2030

Une assiette contenant des fruits, des légumes frais et des légumes secs.

Le nouveau Guide alimentaire canadien présenté en 2019 recommandait qu'un repas soit composé d'une moitié de légumes et de fruits, à manger « en abondance », un quart d’aliments à grains entiers (pâtes, riz brun ou quinoa, par exemple) et un quart d’aliments protéinés (lentilles, viandes maigres, poisson).

Photo : Santé Canada

Le PEV parle beaucoup d'alimentation électrique, mais très peu de la nourriture des Québécois.

Les groupes de travail recommandaient de fixer la cible de 50 % de Québécois qui ont intégré des protéines végétales dans leur diète quotidienne, d'ici 10 ans.

L'objectif est d'adopter une politique de sobriété généralisée, de rompre avec la société de consommation et de respecter les limites de la Terre.

9. Hausser la taxe sur le carburant de 1,5 % par an pendant 10 ans

Faire le plein d'essence dans une station-service.

Une personne fait le plein d'essence de son véhicule utilitaire sport.

Photo : Reuters / DANIEL BECERRIL

Le gouvernement a répété ne pas vouloir augmenter les taxes et les tarifs pour les citoyens. Le ministre de l'Environnement a aussi dénoncé les experts et les environnementalistes qui voudraient doubler le prix du litre d'essence.

Les groupes de travail proposaient une hausse de 1,5 % par année d'ici 2030 pour combler les besoins de financement en transport (50 %) et, dans le même temps, réduire l’impôt sur le revenu (50 %).

Ils recommandaient aussi l’implantation d’une tarification routière kilométrique modulable pour le type de véhicule, l’heure et la localisation du déplacement incluant le transport de marchandises. Mais le gouvernement a déjà écarté cette idée, début 2020.

10. Tous bâtiments publics usant de produits pétroliers convertis aux énergies renouvelables d'ici 2030

Bâtiment de ministère.

De nombreux édifices publics sont chauffés au gaz naturel, certains au mazout.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Le PEV vise à réduire de 50 % par rapport au niveau de 1990 les émissions de gaz à effet de serre liées au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels.

Les groupes de travail souhaitaient plus d'ambition, avec notamment une cible de 100 % des bâtiments publics québécois usant de produits pétroliers pour leur chauffage convertis aux énergies renouvelables d'ici 2030.

Qui formait les groupes de travail?

Groupe de travail électrification : Représentants de Dunsky Expertise en énergie, Hydro-Québec, professeurs d’universités, Conseil du bâtiment durable du Canada-Québec, Conseil du patronat du Québec, Fédération des chambres de commerce du Québec, Econoler, Propulsion Québec, Conseil patronal de l’environnement du Québec, Écotech Québec, Équiterre, Association des véhicules électriques du Québec, Association de l’industrie électrique du Québec...

Groupe de travail aménagement du territoire et adaptation : Représentants de Ouranos, Vivre en Ville, Bureau d’assurance du Canada, diverses professeurs d’université, Union des producteurs agricoles, Ordre des urbanistes du Québec, Fondation David Suzuki, Communauté métropolitaine de Montréal, Union des municipalités du Québec...

Groupe de travail bioénergies : Représentants de SWITCH, l’Alliance pour une économie verte, Bright Diamond Consulting, Vision Biomasse Québec, Enerkem, Énergir, Fédération québécoise des municipalités, Association québécoise de la production d’énergie renouvelable, professeurs d’université...

Groupe de travail jeunesse : Représentants de ENvironnement JEUnesse, étudiants Polytechnique Montréal, Incita-Coop-conseil zéro déchet, élus municipaux, Réseau Environnement, Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec, Réseau action climat Canada, Association canadienne des médecins pour l’environnement, Nature Québec...

Groupe de travail financement : Représentants de MCE Conseils, Caisse de dépôt et placement du Québec, Fonds de solidarité FTQ, Banque Nationale du Canada, Mouvement Desjardins, professeurs d’universités, Investissement Québec, Cycle Capital Management, Fondaction, Fondation familiale Trottier...

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