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Analyse

Un plan vert intéressant, mais incomplet

Cette nouvelle version du programme québécois de lutte contre les changements climatiques est un timide pas dans la bonne direction.

François Legault en conférence de presse

Le premier ministre du Québec, François Legault, a présenté lundi le plan de son gouvernement pour une économie verte.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Disons-le d’emblée : jamais un gouvernement du Québec n’avait soumis un programme de lutte contre les changements climatiques aussi ambitieux.

Toutefois, si on se prête au jeu des comparaisons avec les plans verts que nous avaient proposés successivement les gouvernements précédents, ce n’était pas difficile à battre.

Au Québec, il faut chercher longtemps pour trouver un gouvernement qui a respecté les cibles de réduction des émissions qu’il s’était fixées dans un plan.

Il n’y en a aucun.

Le programme climatique de la CAQ est loin d’être parfait, mais il va plus loin que les propositions précédentes.

C’est un peu normal et on ne s’attendait pas à moins. Depuis quelques années, les dirigeants de la planète commencent à intégrer cette idée selon laquelle la question climatique est indissociable du développement économique.

Depuis son élection, François Legault a cheminé à propos de l’enjeu climatique. Lui qui a été élu sans présenter une plateforme environnementale digne de ce nom il y a deux ans, il semble avoir compris qu’on ne peut plus proposer une stratégie de développement économique sans y attacher la protection du climat.

Ce Plan pour une économie verte (PEV) qu’il propose est intéressant, mais incomplet.

Intéressant, pour plusieurs raisons

Premièrement, parce que la politique d’électrification qu’il nous propose a pour cible les transports, qui est vraiment le nerf de la guerre au Québec. Ce secteur est responsable de 43 % des émissions de gaz à effet de serre.

Le seul secteur du transport routier, qui se résume essentiellement aux voitures et aux camions, a augmenté ses émissions de 50 % depuis 1990. 50 %! Il est difficile de s’opposer à l’idée d’électrifier le secteur le plus émetteur du Québec.

Deuxièmement, parce que ce plan offre une somme inédite pour verdir l’économie du Québec. Avec des investissements de 6,7 milliards de dollars sur cinq ans, qui se rajoutent à une quinzaine de milliards pour six grands projets de transport en commun annoncés au printemps, on ne peut qu’applaudir, même si la répartition des budgets aurait pu être faite de façon plus équilibrée.

En effet, l'électrification des véhicules accapare plus de la moitié du budget total du plan. Or, remplacer une auto solo par une autre, aussi propre soit-elle, ne réglera pas un des problèmes de fond de l'enjeu climatique, à savoir la structure des modes de déplacement.

Troisièmement, ce plan est intéressant, parce que la CAQ nous promet qu'il sera révisé tous les ans par un comité scientifique afin d'y apporter des ajustements. C’est une très bonne nouvelle.

Aussi intéressant qu’il soit, ce plan est très incomplet.

Un plan incomplet

Très candide, François Legault admet que ce plan ne permettra d’atteindre que 42 % de l’objectif que s’est fixé Québec. La CAQ a promis de réduire les émissions de 37,5 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. Pour ce faire, il faut éliminer 29 millions de tonnes de CO2 d’ici 2030.

Or, les mesures caquistes annoncées lundi réduiront les émissions d’à peine 12 millions de tonnes. C’est ainsi que 58 % des émissions de GES à supprimer ne sont pas établies ou financées par le gouvernement.

François Legault compte sur le développement de nouvelles technologies et sur l’apport financier du gouvernement fédéral pour combler ce manque.

Le problème, c’est qu’il ne reste que 10 ans. Ce serait un délai déjà très court si on savait comment on compte s’attaquer à la totalité des émissions à éliminer… Mais avec 58 % des GES qui sont laissés dans les limbes, il est difficile de voir comment on pourrait franchir la ligne d’arrivée à temps.

Les mesures climatiques n’ont pas d’effets immédiats sur les émissions de GES. Un nouveau tramway, un parc d’immeubles rénové ou l’ajout de quelques dizaines de milliers de véhicules électriques sur les routes prendront des années avant d’agir sur le bilan carbone. Mais l'an 2030, c’est demain.

Tout pour plaire, rien pour ne déplaire

Faire le plein d'essence dans une station-service.

Une personne fait le plein d'essence de son véhicule utilitaire sport.

Photo : Reuters / DANIEL BECERRIL

Un autre grand défaut de ce plan est d’éviter à tout prix d’imposer des mesures qui déplairont aux électeurs. Alors que le plan caquiste offre un bonus pour l’achat de voitures à émission zéro, il refuse catégoriquement d’imposer un malus (une taxe) sur l’achat de gros véhicules.

La tendance est pourtant au gros format. Au Québec, la camionnette Ford F-150 est le véhicule le plus vendu et 63 % du parc automobile est composé de VUS (2019). L’écofiscalité est pourtant un moyen efficace pour encourager les citoyens à changer leur comportement. De nombreux pays européens utilisent le bonus-malus comme politique de réduction des émissions.

François Legault sait très bien que ce genre de mesure touchera une partie de sa base électorale dans les banlieues et en région, il ne veut pas en entendre parler.

Enfin, le plan de la CAQ souffre d’une autre grande lacune, celle de ne pas avoir une vision en profondeur du défi climatique.

La protection du climat demande beaucoup plus que de remplacer les voitures à essence par des voitures électriques. Elle appelle à revoir la structure même de la mobilité sur le territoire.

Plus de transport en commun, partout. Entre les banlieues, entre la ville et la banlieue, dans les petites villes de région.

Elle exige de repenser l’aménagement du territoire, de revoir le design urbain, d'aménager les villes pour faciliter les transports actifs, de mettre en place des structures pour le partage des véhicules, d'encourager le télétravail, de densifier les milieux urbains, de verdir le territoire, de développer les circuits courts d’alimentation et, surtout, d'éduquer la population.

Tout ça, avec en tête un seul impératif : répondre à ce que nous prescrit la science depuis déjà trop longtemps.

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