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Legault doit demander à la Caisse de renoncer à G4S, estime le PDG de GardaWorld

Des emplois sont en jeu, et le premier ministre devrait intervenir pour les protéger, estime Stéphan Crétier.

M. Crétier prend la parole lors d'une conférence de presse.

Le président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphan Crétier

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada

Des intérêts québécois se font concurrence pour acquérir le numéro un mondial de la sécurité privée – une rivalité qui entraîne bien des frustrations.

Dans une entrevue accordée lundi à Patrice Roy, le discret président et chef de la direction de GardaWorld, Stéphan Crétier, a une fois de plus dénoncé le rôle de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans le dossier du groupe britannique G4S.

C'est que la CDPQ est l'un des principaux actionnaires de la firme Allied Universal Security Services, basée en Californie. Or, GardaWorld et cette société américaine sont engagées dans une lutte sans merci pour mettre la main sur G4S, la plus importante entreprise de services de sécurité du monde.

C’est un peu comme si la Caisse investissait dans 7-Eleven, le numéro un mondial [des dépanneurs], contre Couche-Tard.

Stéphan Crétier, président et chef de la direction de GardaWorld

Deux propositions d'achat ont été déposées dans les derniers mois par les deux entreprises. GardaWorld a offert 5,2 milliards de dollars américains, tandis qu'Allied Universal a mis sur la table 5,7 milliards $ US. Les deux propositions ont été rejetées. Mais en coulisse, la bataille continue. Et le ton monte.

Stéphan Crétier fait valoir qu'il ne peut pas perdre ce combat-là, car son entreprise, basée à Montréal, se trouve actuellement dans un secteur en consolidation. Dans un tel marché, soit vous regardez le menu, soit vous êtes sur le menu, illustre-t-il.

Selon lui, le premier ministre Legault a maintenant la responsabilité d'intervenir auprès de la CDPQ, car il juge prioritaire de protéger les sièges sociaux.

Je comprends que ce n’est pas aussi sexy que l’aéronautique, admet M. Crétier. Mais quand même, on n’est pas un siège social qui gère trois boutiques de lingerie! Il y a 1200 employés, beaucoup de jobs bien payés, on est en croissance [et] on a la possibilité de créer un géant mondial.

Si le rachat de G4S va de l'avant, M. Crétier prévoit notamment quitter son bunker de Griffintown pour déménager dans l'ancien siège social d'Aldo, abandonné depuis la restructuration de l'entreprise.

Des pratiques critiquées

Le président de GardaWorld souligne par ailleurs qu'en rachetant dans G4S, la CDPQ ferait un investissement risqué. Et irresponsable. En termes d'investissement socialement responsable, ça ne passe aucun test, estime-t-il.

Allied Universal, juge M. Crétier, n'a pas l'expérience nécessaire pour prendre les rênes du numéro un mondial des services de sécurité.

Selon lui, la firme américaine n'a absolument aucune expérience en dehors de l’Amérique du Nord, ne fait que de la sécurité de centre d’achat [et] de l’entretien ménager. Et là, Allied va opérer au Moyen-Orient, va opérer en Afrique, va opérer des prisons, va opérer du transport de valeur, opérer des secteurs qu’ils n’ont jamais faits?

M. Crétier souligne aussi que G4S est loin d'être une entreprise recommandable – le groupe est notamment poursuivi par la Couronne britannique, qui l'accuse d'avoir torturé des prisonniers en Afrique du Sud – et que son historique cadre mal avec les valeurs de responsabilité sociale de la CDPQ.

Il serait donc plus à propos, selon lui, que des fonds privés, comme ceux de GardaWorld, soient utilisés pour procéder au redressement de l'entreprise.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Entrevue avec le propriétaire de GardaWorld

La CDPQ réplique

La CDPQ, de son côté, déplore ce qu'elle considère comme une campagne médiatique orchestrée visant à salir la Caisse qui dure depuis quelques semaines.

Dans une déclaration transmise à Radio-Canada, son chef des Relations médias mondiales, Maxime Chagnon, rappelle que la CDPQ a même proposé à GardaWorld de l'aider à financer le rachat de G4S, sans succès.

Dans les faits, c’est M. Crétier qui a brisé l’entente de financement conclue avec la Caisse, pour aller se financer à l’étranger, souligne-t-il.

La CDPQ considère que le président de GardaWorld agit de façon incohérente et qu'il lui prête de fausses intentions [...] pour faire diversion, dans le cadre d’une tactique d’approche hostile envers G4S.

Profil des sociétés concernées

  • G4S emploie quelque 550 000 salariés dans au moins 85 pays. Son chiffre d'affaires est d'environ 13 milliards $ US;
  • Allied Universal est surtout présente aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Elle compte plus de 200 000 employés. Son chiffre d'affaires est d'environ 8,5 milliards $ US;
  • GardaWorld emploie plus de 100 000 salariés en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie ainsi qu'au Moyen-Orient. Son chiffre d'affaires est d'environ 4 milliards $ US.

Depuis l'an dernier, GardaWorld est détenue à 51 % par BC Partners, un fonds d'investissement basé à Londres. Stéphan Crétier détient une participation de 43 %, alors que le reste appartient à d'autres dirigeants de la société.

GardaWorld existe depuis 25 ans. L'entreprise compte 16 000 employés au Québec. Environ 1200 de ces salariés travaillent à son siège social de Griffintown.

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