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Attaque au camion-bélier : « Il vit dans son monde », explique le père d'Alek Minassian

L'homme de 28 ans a plaidé la non-responsabilité criminelle à l'ouverture de son procès

Un homme à la barbe blanche avec des lunettes et un mouchoir à la main lors de son témoignage.

Vahe Minassian est devenu émotif lorsqu'il a expliqué la façon dont il a appris l'arrestation de son fils le jour de l'attentat.

Photo : Pam Davies

Jean-Philippe Nadeau

La défense d'Alek Minassian a appelé le père de son client lundi au troisième jour du procès de l'individu qui est accusé relativement à l'attaque au camion-bélier de 2018 à Toronto. L'attentat a fait 10 morts et une quinzaine de blessés dans le nord de Toronto.

Avant d'appeler son premier témoin, la défense d'Alek Minassian a expliqué que son client souffre d'une forme d'autisme particulière, mais qu'il n'était ni psychopathe, ni sociopathe, ni narcissique.

C'est une cause inusitée qui n'a jamais été plaidée et défendue au regard de l'article 16 du code criminel sur la non responsabilité criminelle , avance-t-elle.

L'avocat Boris Bytensky affirme en revanche que son client est incapable de distinguer le bien du mal de façon rationnelle, bien qu'il comprenne l'action qu'il a commise.

Un croquis de cour montre un homme.

Alek Minassian durant son procès auquel il assiste par lien vidéo de la prison de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies/CBC News

Me Bytensky souligne en outre que l'accusé n'est pas violent et qu'il n'a d'ailleurs aucun antécédent de violence.

Une enfance inhabituelle

C'est un père ému et ébranlé qui témoigne donc en premier à la barre du procès de son fils.

Vahe Minassian explique qu'Alek a reçu un diagnostic à l'âge de 5 ans du trouble envahissant du développement, qui est une forme d'autisme.

Il a toujours été dans son monde à lui, il porte parfois une attention exagérée à certaines choses et affiche une obsession répétitive pour d'autres, précise-t-il.

M. Minassian ajoute que son fils était en avance en mathématiques dès le primaire par rapport aux autres enfants, mais bien en retard dans d'autres sujets. Il savait dès la maternelle soustraire dans sa tête des nombres de deux chiffres, confie-t-il.

Un dessin de l'avocat de la défense.

L'avocat de la défense, Boris Bytensky.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Il déclare que son fils a fréquenté l'école régulière, mais qu'il était inscrit dans un programme d'éducation spécialisée adapté à son développement cognitif jusqu'à son entrée au collège en informatique.

Vahe Minassian précise que son fils n'était pas organisé à l'école et qu'il avait des difficultés avec la compréhension ou la rédaction de textes, si bien qu'il fallait toujours l'aider dans ses devoirs.

Il n'avait pas un comportement ordinaire et il produisait parfois des voix absurdes en classe pour parler à ses camarades.

Une citation de :Vahe Minassian, père de l'accusé

Il souligne surtout que son fils avait beaucoup de défis à relever en matière de relations inter-personnelles dès un jeune âge et que ce comportement a persisté dans sa vie d'adulte.

La défense tente de montrer les différences de comportement de son client dans sa vie de tous les jours lorsqu'il était un peu plus jeune.

Dessin du procureur de la Couronne.

Le procureur de la Couronne, Joseph Callaghan.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Vahe Minassian ajoute que son fils ne pouvait jamais être du même avis ou être en accord avec ses amis lorsqu'ils s'entendaient pour faire quelque chose ou aller quelque part. Il était introverti, en retrait du monde, il ne regardait pas souvent les gens dans les yeux, souligne-t-il.

Vahe Minassian affirme qu'il a d'ailleurs dû enseigner à son fils à regarder les gens dans les yeux. C'était la chose à faire, mais je ne suis pas convaincu qu'il ait compris la nécessité de faire de tels contacts... c'était trop abstrait pour lui, dit-il.

dessin d'illustratrice judiciaire de la juge

La juge Anne Molloy écoute attentivement les plaidoiries sur la plateforme Zoom.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Vahe Minassian reconnaît que son fils éprouve des difficultés à montrer des émotions. Il affirme par exemple que son fils a tendance à demander qu'on change de poste de TV lorsqu'il avait une réaction soudaine ou violente par rapport à ce qu'il voyait à l'écran.

Un jour, son frère a dû être hospitalisé, mais Alek n'a montré aucune émotion bien qu'il l'adore... Non, je ne l'ai jamais vu pleurer, poursuit-il à titre de comparaison entre les deux événements.

La défense montre alors un extrait de l'interrogatoire de police lorsque l'accusé a été laissé seul un moment la nuit après son arrestation.

On l'y voit en train de jouer avec ses mains et en train de murmurer. Il a tendance à être inaudible et à parler entre ses dents, mais je ne pense pas qu'il pleurait, précise M. Minassian.

Le jour de l'attaque

Au tout début de son témoignage, Vahe Minassian a rappelé que son fils était en train de postuler pour un emploi bien rémunéré en informatique.

Il déclare néanmoins qu'il n'avait pas fini de remplir le formulaire de l'employeur le jour où il a quitté la maison pour aller voir des amis l'avant-midi du 23 avril 2018.

La police m'a appelé dans l'après-midi pour me dire qu'une personne avait loué un véhicule et que notre adresse figurait sur les papiers de la compagnie de location, explique-t-il.

Des agents menottent Alek Minassian, auteur présumé de l'attaque de Toronto, contre une voiture.

Alek Minassian a été arrêté vivant grâce au sang-froid d'un policier ayant refusé de lui tirer dessus.

Photo : Twitter / Clark Hua Zhang

Vahe Minassian dit qu'il n'avait pas encore fait le rapprochement avec la nouvelle au sujet de l'attentat sur la rue Yonge jusqu'à temps qu'il fasse quelques recherches sur Internet sur son téléphone cellulaire pendant une pause à l'extérieur du poste de police.

J'ai vu une vidéo sur Internet dans laquelle un policier tenait en joue mon fils sur le trottoir, se souvient-il. J'étais sous le choc lorsque j'ai appris la nouvelle, je n'y croyais pas, je me demandais comment est-ce possible, la tragédie était trop grave.

Vahe Minassian souligne qu'il n'aurait jamais imaginé un mois, un an, une décennie avant l'attentat que son fils serait un jour capable de perpétrer un acte semblable.

Fleurs, messages, cartes sur le trottoire de  la rue Yonge sur les lieux de  l'attaque.

Fleurs, cartes et messages avaient été déposés le lendemain de l'attaque sur les lieux du drame.

Photo : Getty Images / Cole Burston

Il explique qu'il lui rend souvent visite en prison, mais qu'ils ne parlent jamais de ce qui s'est passé ce jour-là. Non, il n'a jamais montré de remords pour son geste et il n'a jamais présenté d'excuses non plus pour ce qu'il a causé, répond-il à Me Bytensky.

Vahe Minassian affirme en outre qu'il n'a jamais vu aucun indice qui aurait pu lui montrer dans le passé que son fils était suicidaire et qu'il voulait même s'enlever la vie par policier interposé.

Il ajoute qu'il n'avait par ailleurs jamais entendu parler des Incels, le groupe des abstinents involontaires auquel son fils a dit appartenir.

La Couronne avait décidé la semaine dernière de n'appeler aucun témoin à charge. On s'attend à ce qu'elle présente sa position à travers des contre-interrogatoires des témoins de la défense.

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