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Québec annonce un « plan ambitieux » de 6,7 milliards pour l'environnement

François Legault et Benoit Charette.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, ont présenté le plan du gouvernement pour une économie verte.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le gouvernement du Québec se dote d'une enveloppe de 6,7 milliards de dollars, sur cinq ans, pour mettre en oeuvre diverses politiques visant à « verdir » l'économie québécoise et à réduire les émissions polluantes.

On ne va pas dans la bonne direction, a lancé tout de go le premier ministre, en affirmant que le Québec avait raté son objectif climatique pour cette année, soit de réduire de 20 %, par rapport à l'année 1990, ses émissions de gaz à effet de serre (GES) pour la fin de l'année 2020.

De fait, a-t-il ajouté, entre 2015 et 2017, les émissions de GES ont augmenté.

Cela n'empêche pas le premier ministre de marteler que le Québec atteindra bel et bien son objectif pour 2030, c'est-à-dire une diminution de 37,5 % de ses émissions polluantes par rapport à 1990, l'année de référence.

Le plan dévoilé lundi est très ambitieux, a soutenu M. Legault.

Il en va d'une nécessité morale de réduire les émissions polluantes du Québec et de lutter contre les changements climatiques, a encore déclaré le premier ministre, qui a dit vouloir pouvoir regarder fièrement ses deux fils dans les yeux.

On est en train de préparer le Québec de l'avenir.

François Legault, premier ministre du Québec

Transports plus verts

Pour atteindre sa cible, le gouvernement Legault mise largement sur l'électrification des transports, un secteur de l'économie qui est responsable de plus de 43 % des émissions polluantes de la province, et à laquelle il consacrera plus de la moitié des sommes prévues dans son plan économique vert, soit 3,6 milliards.

Un peu plus de 1,3 milliard de dollars seront ainsi réservés pour les voitures électriques, plus précisément pour financer les incitatifs à l'achat de ce genre de véhicules, ainsi que l'installation de bornes de recharge un peu partout au Québec.

Environ 1 milliard de dollars iront à l'électrification des autobus scolaires, urbains et interurbains, ainsi qu'à d'autres modes de transport, dont les taxis.

Enfin, 1,3 milliard de dollars seront versés à divers programmes liés au transport collectif. Ce montant, affirme Québec, s'ajoute aux 15 milliards déjà prévus pour les services de transport en commun dans le cadre du Plan québécois des infrastructures 2020-2030.

Parmi ces plans en matière de transport collectif, le gouvernement veut aller de l'avant avec plusieurs projets déjà annoncés, notamment six projets de tramway et le prolongement de la ligne bleue du métro, à Montréal, a indiqué M. Legault.

Ce dernier a évoqué des tracés à Laval et à Longueuil, auxquels il est envisageable d'ajouter celui de la ville de Québec, qui est déjà à l'étude, mais pour lequel le gouvernement a demandé des ajustements après la publication du rapport du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE).

Le plan gouvernemental ne comporte cependant aucune information spécifique à propos de ces projets de tramways.

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Photo: Radio-Canada\ Ivanoh Demers
Une femme remplit sa voiture d'essence à une station-service.

Accroître l'efficacité énergétique

Les entreprises d'ici recevront une aide financière de la part du gouvernement pour améliorer leur efficacité énergétique, a aussi fait savoir M. Legault, qui souhaite ne pas augmenter le poids de la fiscalité pour les acteurs économiques québécois.

Il ne faut pas que [les entreprises] soient pénalisées en ce qui concerne leur concurrence avec les autres compagnies dans le monde, a déclaré le premier ministre.

C'est cette même vision qui a prévalu lorsqu'est venu le temps de refuser d'imposer des malus aux consommateurs pollueurs. Prétextant que les contribuables québécois paient déjà beaucoup d'impôts, le gouvernement s'en tiendra aux incitatifs, plutôt qu'ajouter des pénalités.

Ce sont ainsi 113 millions qui serviront à des projets de conversion et d'amélioration de l'efficacité énergétique. Quelque 75 millions supplémentaires seront consacrés à des projets de récupération et de valorisation de la chaleur, précise Québec dans son plan.

Une lutte à venir et un appel du pied

De son côté, le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a affirmé que le plan pour une économie verte nécessitera aussi de repenser l'aménagement du territoire. Voilà pourquoi, dit-il, la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, mènera une grande consultation qui débouchera sur l'élaboration d'une politique en ce domaine.

Il faut aussi parler d'adaptation aux changements climatiques, a reconnu le ministre, qui souligne que 384 millions ont été prévus pour accompagner les municipalités et augmenter la résilience climatique.

Un montant de 56 millions de dollars a aussi été réservé pour peaufiner les connaissances en matière de changements climatiques.

Pour respecter ses engagements, le gouvernement du Québec dévoile cependant un plan où seulement 42 % des mesures et programmes sont clairement identifiés et financés, de l'aveu de François Legault.

Celui-ci trouve cela déjà extraordinaire que 42 % des moyens soient identifiés et financés. Pour les 58 % restants, le premier ministre s'appuie sur de futurs développements technologiques, ainsi que sur la générosité du gouvernement fédéral.

Le chef caquiste souhaite par ailleurs, par souci d'équité, que les autres provinces canadiennes et les États américains fassent leur part pour lutter contre les changements climatiques et réduire les émissions polluantes.

À ce sujet, l'élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis est encourageante, selon lui. Le démocrate a en effet évoqué un grand chantier économique vert, à l'inverse de l'actuel chef d'État, Donald Trump, qui a multiplié la déréglementation et les projets énergétiques polluants.

Le ministre Charette se défend

De passage à l'émission Midi Info, sur les ondes d'ICI Première, le ministre Charette s'est défendu contre les nombreuses critiques suscitées par ce nouveau plan environnemental.

M. Charette a notamment soutenu qu'il était faux de dire qu'il proposait des cibles de réduction trop basses des émissions de CO2, en réitérant que les objectifs du gouvernement étaient chiffrés, et que le plan sera révisé chaque année.

[Le plan] n'est que pour les cinq premières années; on a tout à fait confiance, au cours des cinq années suivantes, d'être en mesure d'atteindre les objectifs [de réduction des GES].

Benoit Charette, ministre de l'Environnement

Je me méfie de ceux qui prétendent, en novembre 2020, avoir toutes les solutions pour pouvoir réaliser leur plan. Il faut se permettre d'avoir un plan évolutif, a ajouté le ministre.

M. Charette persiste aussi dans son refus d'imposer des pénalités financières aux consommateurs québécois qui achètent des véhicules polluants. Ce n'est pas au gouvernement à déterminer quels sont les besoins en matière de véhicules pour une famille ou un travailleur; c'est là où on doit travailler à mobiliser, plutôt que de décourager.

Et pour le ministre, pas question non plus d'augmenter le prix du litre d'essence, en invoquant l'argument que les contribuables québécois paient déjà beaucoup de taxes et d'impôts.

Je pense qu'on répond de façon admirable à l'urgence climatique, a-t-il encore déclaré.

Quel manque d'ambition et quelles contradictions! a rétorqué le député péquiste Sylvain Gaudreault, porte-parole en matière d'environnement et de lutte contre les changements climatiques, invité à la même émission de radio. J'ai entendu plusieurs fois le premier ministre dire qu'il est un "gars de résultats", mais là, il planifie quelque chose avec seulement 42 % des moyens.

Le député péquiste appelle à créer une écofiscalité pour soutenir l'innovation et les entreprises, pour aider les travailleurs à passer à d'autres formes d'emploi... et il n'y a rien, là-dedans, dans le plan présenté aujourd'hui.

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