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Moderna affirme que son vaccin contre la COVID-19 est efficace à près de 95 %

Contrairement au vaccin de Pfizer et BioNTech, celui de Moderna, dont le Canada a réservé 56 millions de doses, resterait stable beaucoup plus longtemps dans un simple réfrigérateur. Son étude devra cependant être révisée par des pairs.

Une seringue devant le logo de Moderna.

Le gouvernement canadien a réservé jusqu'à 56 millions de doses du vaccin de Moderna, advenant qu'il soit approuvé par Santé Canada.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Radio-Canada

Moderna affirme qu'une analyse préliminaire d'une étude clinique de phase 3 de son vaccin contre la COVID-19 montre qu'il est efficace à 94,5 % pour réduire le risque de contracter la maladie.

Ce résultat signifie que le risque de contracter la maladie a été réduit de 94,5 % entre le groupe placebo et le groupe ayant reçu le vaccin à ARN messager dans le cadre d'un essai clinique en cours sur 30 000 personnes aux États-Unis.

En clair, 90 participants ayant reçu un placebo ont attrapé la maladie, contre 5 dans le groupe qui a reçu les deux doses du vaccin à quatre semaines d'intervalle.

Environ 9 % à 10 % des personnes vaccinées ont éprouvé de la fatigue et des courbatures après la seconde dose, et, dans une moindre proportion, d'autres effets secondaires (maux de tête, rougeur autour du point d'injection).

On ignore encore la durée de la protection conférée par le vaccin, a précisé le président-directeur général de Moderna, Stéphane Bancel, en entrevue à Midi Info.

Il a cependant dit croire qu'il pourrait offrir une protection d'au moins six mois, en précisant qu'il faudrait environ un an après sa possible distribution pour déterminer si une dose de rappel serait nécessaire.

Moderna entend demander dans les prochaines semaines une autorisation d'utilisation d'urgence à la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, basée sur l'analyse finale de 151 cas et un suivi médian de plus de deux mois.

Cette analyse intérimaire positive de notre étude de phase nous donne la première validation clinique que notre vaccin peut prévenir la COVID-19, [y compris sa forme] la plus sévère.

Stéphane Bancel, président-directeur général de Moderna

Ottawa a réservé jusqu'à 56 millions de doses du vaccin de Moderna.

Avant que cette commande ne se concrétise, les résultats de l'étude clinique devront cependant être révisés par des pairs et le vaccin devra être formellement approuvé par Santé Canada.

COVID-19             : ce qu'il faut savoir

Un vaccin qui se conserve longtemps au réfrigérateur

Lundi dernier, le géant pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech ont aussi déclaré que leur vaccin, qui utilise aussi la technologie de l'ARN messager, avait une efficacité de 90 %, selon des données préliminaires.

Ce vaccin doit cependant être conservé à une température de -70 °C, de sorte que sa distribution, s'il est approuvé, entraînera son lot de complexités. Il pourrait ensuite être conservé de 2 °C à 8 °C 24 heures avant d'être administré.

Moderna prévoit plutôt que son vaccin devrait être conservé -20 °C au départ, puis qu'il resterait stable à des températures de 2 °C à 8 °C pendant 30 jours, contre une estimation précédente de 7 jours.

Selon l'entreprise établie au Massachusetts, il pourrait donc être distribué en utilisant des infrastructures de distribution et de stockage de vaccins largement disponibles.

Moderna prévoit produire 20 millions de doses du vaccin ARNm-1273 d'ici la fin de l'année, et a bon espoir de pouvoir en fabriquer entre 500 millions et un milliard de plus au cours de l'année 2021.

De premières doses livrées au Canada début 2021?

En entrevue à Midi Info, Stéphane Bancel a estimé que le Canada pourrait en théorie recevoir de premières doses de ce vaccin potentiel, si tout se déroule comme prévu.

Selon lui, vu le grand nombre de cas d’infection en ce moment aux États-Unis, il faudra encore 7 à 10 jours pour qu'un total de 151 participants à l'étude clinique contractent la maladie, comme cela est requis pour l'étude du dossier par les autorités réglementaires.

Ensuite, il va nous falloir pareil 7 à 10 jours pour pouvoir finaliser le dossier, vérifier que les données sont bien sûr correctes, et le déposer aux agences réglementaires, a-t-il anticipé.

Nous avons commencé au Canada à faire des dépôts de dossier de tout l’outil industriel des phases 1 et 2, de tous les modèles animaux qui sont des éléments nécessaires et très importants pour que les autorités canadiennes puissent indépendamment revoir le dossier et porter leur jugement.

Si c’était possible donc d’avoir le produit approuvé, il est possible que nous soyons capables de commencer à livrer les premières doses dès le premier trimestre de l’année prochaine, dès le mois de janvier.

Outre les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna, la biopharmaceutique Medicago, de Québec, a indiqué la semaine dernière avoir obtenu des résultats de tests préliminaires prometteurs pour son vaccin à base de plantes.

L'entreprise affirme que les résultats provisoires d'un essai clinique de phase 1 ont révélé que 100 % des participants avaient développé une réponse immunitaire encourageante après avoir reçu deux doses du candidat vaccin.

La Russie a aussi annoncé la semaine dernière un taux d'efficacité de 92 % pour son vaccin expérimental Spoutnik V contre la COVID-19, selon le fonds souverain russe.

Nous continuons à recevoir des nouvelles encourageantes sur les vaccins et restons prudemment optimistes quant à la possibilité que de nouveaux outils commencent à arriver dans les prochains mois.

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé

Les résultats préliminaires des études cliniques de deux autres vaccins candidats, soit ceux développés par AstraZeneca avec l'Université britannique Oxford et par Johnson & Johnson, devraient être dévoilés d'ici la fin de l'année.

Si un de ces vaccins devait être approuvé, la rapidité de développement serait une prouesse scientifique, moins d'un an après l'apparition du virus de Chine.

Il a fallu neuf ans dans les années 1950 pour développer et autoriser le vaccin contre la rougeole. La durée moyenne de développement des 21 vaccins approuvés depuis dix ans par la Food and Drug Administration des États-Unis a été de huit ans.

L'ARN messager, c'est quoi?

L’ARN messager, c’est une molécule que vous avez dans chacune de vos cellules. C’est la molécule qui transporte l’information génétique entre votre ADN et votre cellule, a expliqué Stéphane Bancel à Midi Info.

Ce que nous faisons, c’est que nous créons un ARN messager synthétique dans nos usines, qui code l’instruction d’une protéine du virus. Donc, quand on vous injecte, on ne vous injecte pas du tout le virus. C'est pour ça que la sécurité est très bonne – on vous injecte l’instruction, donc l’ARN messager pour une protéine du virus.

Cet ARN messager rentre dans vos cellules, vos cellules lisent cette instruction pour fabriquer la protéine du virus [puis] elles la montrent à votre système immunitaire – vos cellules blanches [qui] ne reconnaissent pas cette protéine étrangère.

Donc, vos cellules blanches fabriquent des anticorps de façon à ce que si, plus tard, vous avez une infection naturelle du virus, votre système immunitaire est déjà préparé. Il a déjà fait des anticorps qui neutraliseront le virus et l’empêcheront de se multiplier dans votre corps et, donc, de vous rendre malade.

Selon M. Bancel, un des grands avantages de cette technologie est qu'elle offre de très bonnes réponses chez les personnes âgées, contrairement aux anciennes technologies, dont celle utilisée pour les virus antigrippaux, qui fonctionnent mieux chez les adultes en bonne santé.

Le PDG de Moderna explique en outre que la molécule d’ARN messager utilisée dans le vaccin développé par sa compagnie et par Pfizer/BioNTech est très instable à haute température, ce qui explique pourquoi il doit être gardé à très basse température.

Si le vaccin de Moderna ne nécessite pas d'être conservé à -70 °C, avance-t-il, c'est tout simplement parce que sa firme a plus d'expérience avec le développement de tels vaccins, et qu'elle a effectué d'importants investissements en conséquence.

Une bonne nouvelle, à accueillir avec prudence

Les résultats communiqués par Moderna constituent une bonne nouvelle, qu'il convient d'accueillir avec prudence, affirme Alex Carignan, microbiologiste, infectiologue et professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

On a un peu les mêmes questions qu'avec le vaccin de Pfizer. On a évidemment hâte que les données scientifiques soient publiées dans un journal et révisées par des pairs, a-t-il déclaré dans une entrevue accordée à Tout un matin dans les minutes qui ont suivi l'annonce.

Actuellement, on a très très peu de détails. Oui, c’est une bonne nouvelle le 94,5 % d’efficacité annoncé ce matin, mais on a hâte d'avoir les détails, les effets secondaires qui sont liés, a-t-il déclaré, faisant écho aux commentaires effectués la semaine dernière après l'annonce de Pfizer et BioNTech.

Est-ce que ça va prévenir aussi les formes les plus sévères [de la maladie]? Est-ce que ça va prévenir les hospitalisations et les décès? Est-ce que les patients plus âgés vont réussir à développer des anticorps lorsqu’ils sont vaccinés?

Alex Carignan, microbiologiste et infectiologue, au sujet des questions qui restent en suspens

M. Carignan confirme en outre que le degré de température moins bas nécessaire à la conservation du vaccin développé par Moderna constitue aussi une bonne nouvelle.

Conserver [un vaccin] à -20 °C est beaucoup plus simple. [Ça prend] ni plus ni moins que des congélateurs standards, plutôt que des congélateurs à -70 °C, une technologie qui est beaucoup plus complexe, résume-t-il.

Malgré les étapes qui doivent encore être franchies, M. Carignan se réjouit en outre des bons résultats préliminaires déclarés pour des vaccins candidats dont le Canada a réservé des millions de doses.

Je crois qu’on peut certainement envisager un scénario où on va utiliser plusieurs vaccins de plusieurs compagnies différentes. […] Sur le marché, c’est toujours intéressant d’avoir la plus grande offre possible, dit-il.

Avec les détails sur les études, il y a peut-être aussi certains vaccins, certaines technologies, qui vont être plus utiles dans certains contextes, ajoute M. Carignan. Donc, je dirais que plus on en a qui sont efficaces et sécuritaires, le mieux c’est, évidemment.

Avec les informations de La Presse canadienne, Agence France-Presse, et Reuters

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