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Conflit au Tigré : nouvelle escalade dangereuse à la suite de tirs de roquettes

Des Éthiopiens attendent en file, bol à la main.

Des migrants éthiopiens qui fuient les combats du Tigré attendent leur ration de nourriture dans un camp de Hamdiyet, au Soudan, le 14 novembre 2020.

Photo : AFP / EBRAHIM HAMID

Agence France-Presse

Les autorités de la région dissidente éthiopienne du Tigré ont tiré samedi des roquettes sur la capitale de l'Érythrée frontalière qu'elles accusent de prêter main-forte à l'armée fédérale éthiopienne dans son offensive contre elles, une escalade susceptible de faire dégénérer le conflit.

Le 4 novembre, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut du Tigré, après des mois de tensions croissantes avec les autorités régionales du Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF).

Premier ministre depuis 2018, M. Abiy a obtenu l'année suivante le prix Nobel de la paix pour avoir réconcilié l'Éthiopie et l'Érythrée, avec laquelle son pays était à couteaux tirés depuis une guerre meurtrière de 1998 à 2000, menée alors que le TPLF était le parti tout-puissant à Addis Abeba.

Il a progressivement écarté du pouvoir le TPLF, qui représente la minorité tigréenne (6 % de la population) et qui durant presque 30 ans a contrôlé l'appareil politique et sécuritaire éthiopien.

Le TPLF a accusé ces derniers jours le pouvoir d'Asmara, son ennemi juré, de laisser l'armée éthiopienne utiliser son territoire – bordant toute la frontière nord du Tigré – pour y faire passer ses troupes ou décoller ses avions, et affirme que l'armée érythréenne participe directement à des combats au sol au Tigré.

Dimanche, le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, a revendiqué le tir des roquettes qui ont frappé la veille au soir, selon des diplomates basés à Addis Abeba, les abords de l'aéroport d'Asmara.

Debretsion Gebremichael

Le président du Front de libération des Peuples du Tigré, Debretsion Gebremichael, prononce un discours à Mekelle, en Éthiopie, le 4 janvier 2020.

Photo : AFP / EDUARDO SOTERAS

Aucune information n'était disponible dimanche sur le bilan humain ou des dégâts à Asmara, capitale d'un des États les plus fermés du monde, dirigé d'une main de fer par Issaias Afeworki depuis son indépendance de l'Éthiopie en 1993.

Les forces éthiopiennes utilisent aussi l'aéroport d'Asmara, ce qui en fait une cible légitime, a justifié dimanche M. Debretsion, répétant que les forces du TPLF combattent les forces érythréennes depuis quelques jours sur plusieurs fronts au Tigré.

Les multiples affirmations de l'un et l'autre camp sont invérifiables de source indépendante, en raison de la panne de courant générale imposée à la région et des restrictions de déplacement des journalistes.

Une nouvelle escalade du conflit

Ces derniers jours, le gouvernement éthiopien a ainsi assuré que les forces du TPLF étaient à l'agonie, tandis que celles-ci ont affirmé avoir infligé de lourdes pertes à l'armée fédérale.

Dimanche, M. Abiy a assuré que les opérations militaires progressaient bien et que l'Éthiopie était plus que capable d'en atteindre les objectifs [...] par elle-même.

Dimanche, des médias d'État ont fait état de la prise d'Alamata, localité du sud-est du Tigré, à 180 km de route au sud de la capitale régionale Mekele.

Les tirs contre Asmara marquent une nouvelle escalade dans le conflit.

Les autorités du Tigré souhaitent l'internationalisation de la guerre, explique à l'AFP Roland Marchal, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po, afin de faire intervenir la communauté internationale tout en créant un sentiment nationaliste en Éthiopie qui leur serait favorable.

Une implication de l'Érythrée permet aussi de justifier à l’avance le coût de la guerre pour la population civile au Tigré, ajoute ce spécialiste de l'Afrique.

Vue en contre-plongée du camion avec les têtes de soldats et de mitraillettes qui dépassent.

Des soldats amhara dans un camion à Sanja attendent d'aller combattre les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Une déstabilisation possible de la Corne de l'Afrique

Samedi, le TPLF avait déjà revendiqué le tir de missiles contre deux aéroports de la région voisine de l'Amhara, également utilisés selon lui par l'aviation militaire éthiopienne.

Les tirs vers l'Amhara et l'Érythrée montrent la capacité du TPLF à porter les hostilités loin de son fief. Le général Berhanu Jula, chef d'état-major de l'armée fédérale, avait pourtant assuré au début de l'offensive que la guerre ne gagnerait pas le centre du pays et se terminerait au Tigré.

En outre, même si le TPLF assure que le conflit ne concerne pas les civils amhara, de vieux différends territoriaux opposent les Amharas, deuxième groupe ethnique du pays, et les Tigréens. Et des milliers de miliciens amhara ont déjà rejoint le Tigré pour appuyer l'armée fédérale éthiopienne.

D'où les craintes croissantes de nombreux observateurs que ce conflit entraîne l'Éthiopie, deuxième pays d'Afrique (100 millions d'habitants) et mosaïque de peuples, dans une guerre communautaire incontrôlable, mais déstabilise aussi toute la région de la Corne de l'Afrique.

Aucun bilan humain n'est connu dans l'immédiat, mais les analystes s'attendent à un conflit très meurtrier.

Les réfugiés affluent au Soudan

De son côté, le Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) a dit s'attendre à une vague massive de réfugiés au Soudan voisin, estimant que le conflit risquait de s'intensifier. Près de 25 000 Éthiopiens, hommes, femmes et enfants, ont déjà fui au Soudan les combats au Tigré, selon l'agence officielle soudanaise Suna.

Certains ont retrouvé un camp où ils s'étaient déjà réfugiés 20 ans auparavant pour fuir la famine qui décimait l'Éthiopie.

À Kampala, des responsables gouvernementaux ont indiqué dimanche que le président ougandais Yoweri Museveni allait entamer lundi en Ouganda une médiation entre le gouvernement éthiopien et les autorités régionales dissidentes du Tigré.

Sollicité par l'AFP à ce sujet, un porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré ne pas être au courant. Le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, n'a pas répondu dimanche aux messages de l'AFP.

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