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En Finlande, la difficile équation environnementale de la production de piles

Alors que le Québec se dit prêt à investir jusqu’à deux milliards de dollars pour soutenir l’industrie des véhicules électriques, la Finlande doit composer entre transition énergétique et extraction polluante des minerais utilisés pour les piles des transports électriques.

Un camion dans de la boue

Une pelleteuse et des camions utilisés pour les opérations minières sur le site d'extraction de nickel et de cobalt de Terrafame, à Sotkamo, en Finlande.

Photo : afp via getty images / Alessandro Rampazzo

Agence France-Presse

L'incessant ballet de camions chargés de minerais tranche avec la quiétude du paysage lunaire : à quelque 300 kilomètres du cercle polaire, la mine de Sotkamo, en Finlande, constitue la plus grande source de nickel d'Europe pour les piles des voitures électriques.

Le pays nordique, qui lance un grand plan pour devenir le champion européen du secteur, est le seul pays de l'Union européenne dont les sols contiennent de façon prouvée les principaux minéraux nécessaires dans la fabrication des piles, dont le cobalt, le lithium et le nickel.

Sur le site de 60 kilomètres carrés dans le centre du pays, la roche récupérée est concassée avant d'être entassée et alimentée en oxygène et en eau pour extraire les minéraux essentiels aux piles.

Plus de 50 % de notre chiffre d'affaires provient de la filière des véhicules électriques, explique à l'AFP Joni Lukkaroinen, PDG de Terrafame, propriétaire de la mine.

La Finlande entend devenir un acteur majeur d'une industrie lucrative en pleine croissance, au moment où l'Europe a lancé de grands plans pour réduire sa dépendance envers la Chine. Mais l'intensification de l'exploitation minière reste controversée dans un pays où les millions d'hectares de forêts, la faune et les étendues d'eau font partie d'un patrimoine naturel important pour la population.

L'usine de production de piles

La nouvelle structure où se déroulera la première étape de la production de piles, dans la mine de nickel et de cobalt de Terrafame, à Sotkamo, en Finlande.

Photo : afp via getty images / Alessandro Rampazzo

Vertueuses pour les émissions de CO2 une fois installées dans les véhicules, les piles électriques ont un impact environnemental peu visible en amont pour extraire les métaux qui la composent, puis pour les traiter en fin de vie.

À l'heure où sept nouveaux sites d'excavation sont sur les rails, le gouvernement finlandais a promis pour 2020 une aide de 300 millions d'euros à destination du secteur.

Mika Nykänen, en charge de la stratégie piles du gouvernement, l'assure : l'approche du pays sera fortement ancrée dans la durabilité et les objectifs de la politique climatique de la Finlande.

Écoulement d'acide

Pas de quoi rassurer les militants écologistes qui craignent que le développement de l'exploitation minière ne détruise des écosystèmes sensibles. Vous ne pouvez tout simplement pas produire ces minéraux de manière écologique, juge l'un d'eux, Antti Lankinen, devant un imposant tas de déchets rocheux aux abords de la mine.

S'ils ne sont pas assez bien stockés, ces déchets peuvent provoquer un écoulement d'acide lors des pluies, dénonce-t-il. L'ancien propriétaire de la mine de Sotkamo, Talvivaara, a d'ailleurs été poursuivi après une catastrophe écologique en 2012. De l'uranium et d'autres métaux toxiques s'étaient alors échappés dans les cours d'eau avoisinants.

Des passagers descendant d'un bus.

Des gens descendent d'un bus dans le centre-ville de Lahti, où un projet pilote est mis en œuvre pour quantifier l'empreinte carbone personnelle.

Photo : afp via getty images / Alessandro Rampazzo

Terrafame assure que, depuis son rachat de la mine il y a cinq ans, aucun problème environnemental n'a plus été constaté. Les impacts environnementaux sont conformes à nos licences, affirme son PDG.

Ailleurs en Finlande, des campagnes ont été lancées contre de nouvelles extractions de minerais en Laponie et dans la région du lac de Saimaa, connu pour sa faune unique, près de la frontière russo-finlandaise. Le lac de Saimaa est le quatrième système d'eau douce d'Europe, ce n'est pas une région appropriée à l'extraction de minerais, juge une autre militante, Miisa Mink.

Si nous ne faisons pas attention, nous aurons certainement des voitures électriques, mais nous n'aurons plus d'eau douce.

Une citation de :Miisa Mink, militante environnementale.

Pourtant, les promoteurs de l'industrie des piles insistent : la Finlande est une pionnière en matière de pratiques durables, de quoi lui donner un avantage sur ses concurrents.

Terrafame assure que ses méthodes d'extraction des minéraux créent une empreinte carbone 60 % plus faible que les pratiques traditionnelles. Cela ne sert à rien d'acheter un véhicule électrique produit à partir de matières premières non durables, souligne Matti Hietanen, PDG de la maison-mère de l'entreprise.

En outre, les mines finlandaises sont soumises à des normes beaucoup plus strictes que celles en République démocratique du Congo par exemple, qui produit plus de la moitié du cobalt mondial, mais où les conditions de travail bafouent régulièrement les droits de la personne, selon les ONG.

Plusieurs entreprises étrangères ont déjà choisi d'investir dans la filière en Finlande, notamment l'Allemande BASF et la Belge Umicore. En Suède voisine, le champion local des piles Northvolt construit une grande usine dans le nord du pays.

En 2021, Terrafame prévoit lui d'ouvrir une raffinerie produisant suffisamment de sulfate de nickel pour un million de véhicules électriques, et du sulfate de cobalt pour 300 000 véhicules.

Certains experts du secteur avertissent que les réserves mondiales de cobalt sont déjà faibles et ne suffiront pas à répondre à la demande future. Nous avons besoin de matériaux issus du sol. Mais à l'avenir, je pense qu'une grande partie de nos matériaux proviendra du recyclage, avance Jyrki Nurmi, l'un des responsables du fabricant finlandais de technologies automobiles Valmet Automotive. Cela prendra du temps, selon lui, mais cela va changer.

Tout ce qu'il faut savoir sur les piles électriques

Elles sont partout dans nos téléphones intelligents, nos tablettes, les stimulateurs cardiaques. Mais c'est dans l'automobile, secteur en pleine transformation, que les piles électriques représentent un réel enjeu face à la transition énergétique.

Les piles rechargeables de voitures électriques fonctionnent aujourd'hui avec les cellules lithium-ion.

Une telle pile est composée de lithium, de cobalt et souvent de nickel sur son électrode positive, et de graphite sur son électrode négative. Entre les deux, il y a du lithium liquide où les électrons circulent. Le mouvement va provoquer une réaction électrique permettant de faire fonctionner un appareil ou de le recharger.

Il est fréquemment reproché aux piles des voitures électriques de ne pas offrir une autonomie suffisante, comparée aux moteurs thermiques (diesel ou essence), constituant le principal frein à l'achat. Le nombre de bornes et le temps de recharge font également débat.

Autre point sensible : l'impact social et environnemental. L'extraction du cobalt, un des composants des piles, pose problème en termes de violation des droits de la personne , souligne auprès de l'AFP Sabine Gagnier, chargée de plaidoyer à Amnistie internationale.

La Chine, qui totalise la moitié des ventes mondiales de voitures électriques, mène la danse dans ce secteur : le pays abrite les deux tiers des capacités mondiales de production de cellules.

Enfin, l'hydrogène est considéré comme un moyen d'accompagner la transition énergétique en permettant de stocker à grande échelle de l'électricité et en servant de carburant dans les véhicules électriques, garantissant une meilleure autonomie que les piles.

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