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Les surdoses en hausse dans plusieurs provinces depuis le début de la pandémie

Un comprimé coupé en deux de carfentanil.

Les surdoses mortelles sont de nouveau en hausse dans plusieurs provinces canadiennes.

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/CBC

La Presse canadienne

Le nombre de surdoses d'opioïdes a bondi dans plusieurs provinces canadiennes depuis le mois de mars. Des chercheurs mettent en cause la fermeture de la frontière canado-américaine et un accès limité à plusieurs services en raison des restrictions sanitaires.

La pandémie de COVID-19 a rejeté dans l'ombre une crise sanitaire tout aussi dramatique, selon plusieurs experts.

Plusieurs provinces canadiennes ont rapporté une augmentation du nombre de décès liés à la consommation d'opioïdes dans les derniers mois, un renversement de la situation après la baisse de 13 % enregistrée de 2018 à 2019 au Canada.

En Colombie-Britannique, les autorités ont signalé plus de 100 décès par toxicité illicite par mois entre mars et août. Ce nombre a même dépassé les 175 en mai, en juin et en juillet, selon les données de l'Agence de la santé publique du Canada publiées le mois dernier.

Juin a été particulièrement meurtrier, avec 181 décès, soit une augmentation de 138 % par rapport au même mois l'année précédente.

En Alberta, 301 personnes sont mortes d'une surdose entre le début du mois de mars et la fin du mois de juin, soit 113 de plus que pour la même période l'an dernier.

En Ontario, le coroner en chef estime qu’entre 50 et 80 personnes meurent chaque semaine en raison d’une surdose.

Au Québec, l’Institut national de la santé publique a enregistré un total de 191 décès liés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou à d’autres drogues de mars à juin. C’est une hausse de 51 % par rapport à la même période l’année précédente.

Les Canadiens doivent être saisis de cette crise particulière, avertissait l'administratrice en chef de la Santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, en septembre. La situation est en train de s'aggraver.

L’approvisionnement perturbé, l'isolement et le manque de ressources en cause

Plusieurs facteurs contribuent à expliquer cette hausse de décès, selon des experts en santé publique. L’un d’entre eux est la fermeture de la frontière avec les États-Unis, qui a perturbé l'approvisionnement de drogues illicites.

Cela peut conduire les trafiquants canadiens à ajouter des suppléments toxiques à leurs produits, pour augmenter artificiellement leur quantité, selon le Dr Alexis Crabtree de l'Université de la Colombie-Britannique.

On a vu les choses empirer depuis le début de la COVID. Le niveau d’altération des produits a augmenté , affirme-t-il.

Par ailleurs, les précautions prises pour endiguer la propagation de la COVID-19 ont réduit certains services. Les médecins peuvent moins visiter leurs patients et certains services de consommation supervisée fonctionnent à capacité réduite ou avec des horaires limités, explique Mark Haden, un professeur de la faculté de santé publique de l'Université de la Colombie-Britannique.

Quand on veut parler à son médecin maintenant, Zoom est souvent le premier choix, mais les gens sans-abri n’ont pas accès à ça , remarque-t-il.

Il souligne que l’isolement social est accentué en temps de pandémie et que cela peut pousser des personnes vulnérables à s’initier aux drogues ou à en consommer davantage.

Plus les gens ont des liens avec ceux qui se préoccupent d'eux, moins ils ont de risques de créer une dépendance, ajoute M. Haden. Et présentement, ces liens sont coupés.

Le Dr Crabtree estime par ailleurs que les mesures draconiennes prises par les divers gouvernements pour combattre la COVID-19 contrastent d’une façon quelque peu choquante avec leur réponse à la crise des opioïdes, aux yeux des personnes vivant avec une dépendance.

Ces gens ont été blessés de voir à quel point le gouvernement peut réagir vite à une crise de santé publique quand il choisit de le faire , croit-il.

À court terme, les deux experts recommandent aux autorités de miser sur une approche de réduction des risques liés à la consommation, en assurant un meilleur accès à un approvisionnement sécuritaire ou aux centres de consommation supervisée.

En août, la ministre fédérale de la Santé avait envoyé une lettre à ses homologues provinciaux et territoriaux, les exhortant à offrir aux personnes qui consomment des drogues un éventail complet d'options d'accès aux médicaments, en fonction de leur situation individuelle .

Certains prônent également la décriminalisation de ces drogues afin d'empêcher les toxicomanes de se tourner vers le marché noir.

Plus les gens se retrouvent devant le système judiciaire, plus ils deviennent des criminels, souligne M. Haden. La prison est une école du crime, comme la faculté de droit de Harvard est une école de formation de haut niveau. On y apprend des choses. On se fait constamment dire qui on est et on se fait des contacts .

Il croit que mettre fin à la prohibition court-circuiterait ce processus.

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