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Deux femmes en sarrau manipulent des produits derrière une baie vitrée dans un laboratoire.

Les laboratoires d'IMV sont situés à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Courtoisie / IMV / Michael Branscom

Toutes les études sur le sujet le disent : il est difficile de déterminer la structure de coûts des vaccins, les pharmaceutiques étant discrètes à ce sujet. Les circonstances exceptionnelles entourant le développement de vaccins contre la COVID-19 brouillent encore davantage l’analyse, mais elles forcent aussi l’industrie à envisager des marges bénéficiaires plus éthiques.

Le duo Pfizer et BioNTech ainsi que Moderna, dont les vaccins seraient efficaces à 90 % et à 95 %, ont jusqu’ici dévoilé respectivement un coût de 19,50 $ US et d’un maximum de 37 $ US la dose aux États-Unis; une personne nécessitant deux doses. Le Financial Times fait état de doses de 3 $ à 4 $ pour AstraZeneca, de 10 $ pour Johnson & Johnson, et de moins de 10,50 $ pour Sanofi et GlaxoSmithKline.

Lors de la crise de la grippe A (H1N1) en 2009 et 2010, les 50 millions de doses commandées par le gouvernement canadien auprès de GlaxoSmithKline valaient environ 8 $ CA chacune.

Pour protéger sa position de négociation et les informations commerciales sensibles, le Canada refuse de dévoiler, par exemple, le prix payé pour l’achat de 20 millions de doses de Pfizer, un contrat assorti d’une option pour 56 millions de plus. En se comparant à nos voisins, un calcul rapide permet néanmoins d’estimer que la facture pourrait s’élever à près de 2 milliards de dollars canadiens si les options étaient exercées.

Jusqu’ici, le gouvernement fédéral a signé des ententes pour obtenir 194 millions de doses auprès de sept fabricants, ce qui exclut les options d’achat qui doubleraient cette quantité, et a investi plus d’un milliard de dollars pour garantir l’accès aux vaccins.

Les sommes en jeu sont colossales, mais quand on compare le coût du vaccin aux impacts de la COVID-19, c’est infime, soutient le chef de la direction financière d’IMV, Pierre Labbé. L’entreprise pharmaceutique de Québec, qui a ses laboratoires en Nouvelle-Écosse, fait partie des 212 candidates (Nouvelle fenêtre) répertoriées par l’Organisation mondiale de la santé dans la course aux vaccins.

La technologie d’IMV se distingue avec ses vaccins, développés à base de peptides, qui programment les cellules du corps pour attaquer le virus au moment de l’infection, plutôt que de créer des anticorps.

Et c’est justement la technologie qui peut faire une grande différence dans le coût de fabrication d’un vaccin, indique M. Labbé : Quand tu as des vaccins faits avec des technologies biologiques, c’est beaucoup plus dispendieux à produire. Dans notre cas, c’est complètement chimique, donc à un coût beaucoup plus bas.

La R&D : le nerf de la guerre

Au préalable, des montants considérables doivent être investis, peu importe la technologie, en recherche et développement. Une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique Vaccine et soutenue par la Fondation Bill & Melinda Gates rapporte que cette étape peut coûter plus de 500 millions de dollars.

Pierre Labbé évoque que l’investissement pour les études cliniques et les approbations réglementaires représente généralement, à lui seul, 70 % des coûts. Les patients reçoivent un dédommagement, et il faut payer les sites cliniques et la logistique pour acheminer les doses, puis faire les prélèvements sanguins, explique-t-il.

Et 30 % des autres coûts de recherche et de développement sont attribuables aux salaires et aux avantages des employés, à l’amortissement des installations, aux équipements et au matériel.

Quelque 600 patients participeraient aux phases 1 et 2 des essais cliniques d’IMV, qui a reçu une subvention d’Ottawa de 10 millions de dollars pour ce faire. Quant à la phase 3, elle sera dépendante des résultats de la phase 2, mais nécessitera davantage d’investissements. Environ 40 000 patients prennent présentement part à cette dernière phase chez Pfizer.

Quand tu développes un vaccin, tu veux t’assurer de l'efficacité et qu’il n’y ait pas d’effets secondaires importants.

Pierre Labbé, chef de la direction financière, IMV

Une autre entreprise de Québec plus avancée dans le processus, Medicago, passera prochainement aux phases 2 et 3 des essais cliniques auprès de 30 000 volontaires sur la planète. Le projet de vaccin développé à partir de plantes, évalué à 428 millions de dollars, est financé à 40 % par le Fonds stratégique pour l’innovation du Canada; il comprend la mise sur pied d’une installation de production à grande échelle.

Les gouvernements vont soutenir les compagnies dans le développement, mais s’assurer d’avoir un prix concurrentiel, souligne Pierre Labbé d’IMV. Les coûts deviendront aussi plus intéressants pour tout le monde. Si son entreprise souhaite générer un bénéfice autant que possible, il affirme que l’objectif est d’abord de ne pas perdre de l’argent et de s’assurer de régler le problème le plus rapidement possible.

Pfizer dit avoir déjà investi des milliards de dollars afin de trouver une solution à la pandémie et que ses décisions ne sont pas influencées par l’analyse traditionnelle coûts-efficacité. Le prix du remède serait fixé d’une façon qui aidera les gouvernements à s’assurer que leurs populations auront peu ou pas de frais à débourser.

Il devient complexe en somme de déterminer les coûts de chaque étape de la production d’un vaccin de la COVID-19 et des marges bénéficiaires potentielles, d’autant plus que le processus s’échelonne sur moins d’une année, alors qu’il s’étire normalement sur une décennie.

Preuve que les modèles d'affaires ne tiennent plus en temps de crise, des pharmaceutiques permettront exceptionnellement à d’autres entreprises de fabriquer leurs doses. Certaines, AstraZeneca et Johnson & Johnson, promettent même de distribuer leur vaccin à prix coûtant pendant la pandémie.

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