•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Santé mentale et enseignement à distance : des étudiants moins motivés

Une élève fait des travaux scolaires en ligne.

Des étudiants se disent moins motivés par les cours à distance.

Photo : Unsplash/

Radio-Canada

La pandémie de COVID-19 a apporté son lot de défis pour tous. Les étudiants universitaires aussi. Ils doivent souvent suivre leurs cours en ligne et trouvent que c'est parfois bien difficile de rester motivé.

C'est le cas de Gabrielle Bédard qui étudie en développement international et mondialisation à l’Université d’Ottawa. C'est sa cinquième année d'étude universitaire et sa deuxième session virtuelle.

Le fait qu’on puisse avoir des cours avec caméra, c’est vraiment quelque chose qui permet d’avoir un substitut assez bon à l’enseignement [en classe], mais ça ne remplace pas les contacts humains en personne. C’est sûr que c’est un peu moins motivant qu’être en personne à l’école, dit-elle.

L'étudiante Gabrielle Bédard en entrevue à l'extérieur.

Gabrielle Bédard, qui termine ses études à l'Université d'Ottawa, trouve que l'enseignement à distance peut saper la motivation.

Photo : Radio-Canada / Simon Gohier

« Le sentiment de bonheur d’apprendre est un peu moins présent cette année qu’il l’était lorsqu’on était en personne. »

— Une citation de  Gabrielle Bédard, étudiante à l’Université d’Ottawa

Le constat est le même pour plusieurs étudiants.

J’étais définitivement moins motivée que je le suis habituellement alors j’ai probablement procrastiné plus que ce que j’aurais dû, souligne Samantha Habros, étudiante en linguistique et psychologie.

Certains estiment qu’ils doivent mettre davantage de temps dans leurs études pour obtenir les mêmes notes qu’à l’habitude. Mes notes sont à peu près les mêmes que l’an passé, mais je pense que je dois travailler plus fort pour les avoir, lance l'étudiant en science politique Armaan Singh en précisant: beaucoup de l’enseignement est par soi-même et on doit trouver l’information et en posant les questions au professeur c’est un peu plus difficile avec les délais des courriels et des rencontres en Zoom.

Les cours en ligne sont difficiles, selon une psychologue

« Le fait, pour les jeunes, de devoir rester pendant de nombreuses heures devant l’écran à suivre un cours dans l’isolement de leur chambre, c’est assez difficile. »

— Une citation de  Catherine Petit, psychologue

Les étudiants à l’université ou encore au cégep sont habitués à l’enseignement en classe. Quand on parle de jeunes qui sont à l’université ou qui sont au cégep, on parle de jeunes qui ont déjà 12 ans d’enseignement derrière eux, mais selon une certaine modalité, avec une certaine socialisation, explique Mme Petit.

La psychologue croit même que la pandémie pourrait créer un trauma chez certains étudiants.

La pandémie se présente comme un facteur de stress qui perdure pour les étudiants. Plus un stress va perdurer, si on n’a pas les moyens pour faire face à ce stress, ça peut créer un certain trauma, indique-t-elle.

Des manifestations de stress post-traumatique

D'ailleurs, la première phase d’une étude menée à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) confirme des effets de la pandémie sur la santé mentale des étudiants et employés du Réseau de l’Université du Québec. Elle vise à dresser le portrait des conséquences à court, moyen et long terme de la COVID-19 sur les étudiants et employés du Réseau.

Des 2754 répondants sondés au printemps dernier, 42 % ont affirmé que leur état de santé mentale s’est détérioré. Près de la moitié n’ont perçu aucun changement, et 9 % estiment qu’il s’est amélioré.

Un petit peu plus de 40 % de nos répondants ont déclaré avoir d’importantes manifestations anxieuses, d’importantes manifestations dépressives, précise Christiane Bergeron Leclerc qui est professeure en travail social à l’UQAC et codirectrice de l’étude.

Mme Bergeron Leclerc indique qu’il n’est pas surprenant de constater que les étudiants seraient davantage touchés par la détresse psychologique. Mais la donnée suivante étonne et préoccupe : 30 % des participants disent avoir d’importantes manifestations de trouble de stress post-traumatique.

« Pour nous, ça nous dit que la pandémie, ce n’est pas un stresseur qui est banal, ce n’est pas un stresseur qui est normal »

— Une citation de  Christiane Bergeron Leclerc, professeure en travail social à l’UQAC

La professeure qui se spécialise en santé mentale explique que les manifestations de nature de stress post-traumatique entraînent notamment des problèmes de concentration et une grande émotivité.

L’étude démontre aussi que 9 % des répondants ont songé au suicide au cours du mois où elle a été menée.

Dans la mesure où le Québec et l’Ontario ont été confinés au même moment et que ce sont un peu les mêmes mesures qui ont été mises en place, on peut penser que les étudiants universitaires ont fait face aux mêmes réalités, lance Mme Bergeron Leclerc tout en mettant en garde contre la généralisation.

Elle souhaite que l’ancienne ministre de la Santé et de Service sociaux et l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, respecte son engagement de s’attaquer aux problèmes de santé mentale.

La ministre McCann a indiqué en entrevue à Radio-Canada mercredi reconnaître que les étudiants souffrent de ne plus pouvoir suivre leur formation en présentiel comme il était possible de le faire en septembre au Québec.

On est en discussion avec la santé publique actuellement. On veut voir s’il y a moyen d’avoir […] certains assouplissements qui donnent certains contacts aux étudiants, a-t-elle mentionné.

Des conséquences plus graves pour les francophones en milieux minoritaires

Le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO), François Hastir, croit que les étudiants francophones en milieu minoritaire pourraient être plus touchés par la situation actuelle.

L’accès aux ressources en français, c’était un enjeu qui était là avant la pandémie et qui s’accentue avec la pandémie en cours, et ça inclut l’accès aux services en français en santé mentale, affirme-t-il.

Le directeur du Regroupement étudiant franco-ontarien François Hastir en entrevue par visioconférence.

François Hastir, le directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien

Photo : François Hastir

« Les ressources étaient déjà insuffisantes avant la pandémie et souvent au-delà du fait qu’il y avait peu de ressources, il y avait une difficulté d’accès. »

— Une citation de  François Hastir, directeur général du REFO

Les cours en ligne soulèvent un problème d’accessibilité au matériel pédagogique en français, déplore François Hastir. Tout ce qui est matériel pédagogique ne sera pas complètement offert en français, dénonce-t-il.

M. Hastir remarque également davantage de stress sur les épaules des étudiants. Le stress que vivent les étudiants est supérieur à la situation avant la pandémie […] et à ce niveau-là, on a une crainte évidemment au niveau que la santé mentale, ça se détériore, dit-il.

Avec les informations d’Estelle Côté-Sroka, Marielle Guimond et Frédéric Pepin

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !