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Joe Biden, une bonne nouvelle pour le secteur pétrolier canadien?

Joe Biden parle devant un micro.

Le président désigné des États-Unis, Joe Biden, lors d'un évènement de campagne sur les changements climatiques, en septembre dernier.

Photo : Reuters / Leah Millis

Même si le président désigné s’oppose à la construction du pipeline Keystone XL, plusieurs analystes estiment que l’industrie pétrolière canadienne ne risque pas de souffrir tant que ça, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Pas à court terme, en tout cas.

Les États-Unis et le Canada vont être beaucoup plus sur un pied d’égalité, explique Max Fawcett, ancien éditeur du magazine Alberta Oil et ex-conseiller au ministère albertain chargé des changements climatiques.

Le problème des quatre dernières années, ajoute-t-il, c’est qu’on a vu la réglementation autour du pétrole devenir généralement plus stricte au Canada, alors qu’au sud de la frontière, Donald Trump n’a fait qu’alléger les règles pour les pétrolières.

Et comme le secteur énergétique albertain est en concurrence directe avec celui des États-Unis, le Canada se trouvait désavantagé, d'une certaine façon. Dans les quatre dernières années, si vous étiez un investisseur, il était plus rentable de placer votre argent dans des projets au sud de la frontière précise Max Fawcett.

Une torche dans un ciel bleu.

En août 2020, l'administration Trump a choisi d'éliminer une partie de la réglementation encadrant les fuites de méthane. Le démocrate Joe Biden a promis, lui, de mettre en place des limites strictes pour les sites pétroliers qui émettent ce gaz à effet de serre très polluant.

Photo : iStock / bashta

Or la future administration Biden risque d’être beaucoup plus dure envers le secteur pétrolier américain et, donc, de s’approcher des règles en place au Canada.

Joe Biden veut, par exemple, que les États-Unis deviennent carboneutres d’ici 2050. Il souhaite que les pollueurs paient pour leurs émissions de carbone et il a promis d’instaurer des normes plus strictes pour limiter les émanations de méthane.

Ce qui a fait très mal à l’industrie canadienne [dans les dernières années], c’est l’essor de la production américaine de pétrole de schiste.

Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Mais comme Joe Biden n’est pas le plus grand fan de la fracturation hydraulique, explique le spécialiste en gestion de l’énergie Pierre-Olivier Pineau, l’industrie pétrolière américaine ne risque pas d’être favorisée par le prochain président.

Et ça, c’est une bonne nouvelle pour les producteurs canadiens, précise-t-il.

Quand Trump voulait baisser les prix du pétrole

L’autre défi que posait Donald Trump pour l’Alberta, c’était son désir de garder les prix du pétrole relativement bas.

Selon l’analyste Max Fawcett, le président américain savait que, pour satisfaire sa base électorale, il avait besoin de maintenir l’essence à la pompe à un prix abordable.

Car oui, les pétrolières au Texas avaient peut-être avantage à ce que les cours restent élevés, mais ce n’est pas dans cet état que s’est jouée l’élection de 2020.

Pour se faire réélire, Donald Trump devait gagner dans des endroits comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin, la Floride. Aucun de ces états ne produit de pétrole. Par contre, les électeurs qui y habitent consomment de l’essence. La priorité du président, c’était donc d’avoir des prix aussi bas que possible, avance Max Fawcett.

En 2018, par exemple, Donald Trump a exercé des pressions sur l’Arabie saoudite pour qu’elle augmente sa production, inonde le marché et donc fasse baisser les cours mondiaux.

Donald Trump serre la main à Mohammed ben Salmane.

Le président américain Donald Trump en compagnie du prince héritier de l'Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane.

Photo : Reuters

On ne risque pas de voir Joe Biden prendre le téléphone et appeler le prince héritier Mohammed Ben Salmane pour faire la même demande, ajoute Max Fawcett. En ce sens-là, selon lui, on pourrait voir des prix du pétrole potentiellement plus élevés avec le prochain président, ce qui avantagerait, encore une fois, le secteur énergétique canadien.

Le fameux pipeline

Bien sûr, l’Alberta n’est pas tout sourire à la venue de Joe Biden. Le démocrate s’oppose à un projet de pipeline, vivement défendu dans les Prairies : Keystone XL. L’oléoduc, une fois terminé, doit acheminer 132 millions de litres de pétrole par jour jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique et est perçu comme un moyen de désenclaver l’or noir albertain.

Des cerfs se promènent autour de tuyaux entreposés pour la construction du pipeline.

Des tuyaux entreposés qui doivent servir à la construction du pipeline Keystone XL.

Photo : Reuters / Terray Sylvester

Mais, même là, plusieurs experts se demandent si Joe Biden respectera sa promesse d’annuler la construction du pipeline. C’est le cas du professeur Pierre-Olivier Pineau, qui pense que le politicien américain pourrait attiser une contestation et peut-être brûler du capital politique en mettant fin à un projet qui a déjà reçu un permis présidentiel.

Selon lui, ce qui serait plus rentable pour Joe Biden serait de mettre de l’avant des politiques qui vont vraiment réduire les gaz à effet de serre et changer structurellement la consommation aux États-Unis.

Le président désigné a d’ailleurs promis d’investir 2000 milliards de dollars américains dans la relance verte – de l’argent qui servira entre autres au développement des voitures zéro émission et à la décarbonisation de la production électrique.

Ce qui est déterminant dans les gaz à effet de serre, c’est ce qu’on consomme, pas comment ce qu’on consomme est transporté.

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal

Et c’est là où l’arrivée de Joe Biden pourrait faire mal au secteur pétrolier canadien – à beaucoup plus long terme : Si, éventuellement, la consommation de pétrole diminue, eh bien ce projet de pipeline ne sera plus utilisé ou plus utile, et c’est ça qui est déterminant, conclut-il.

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