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Foyers d’aînés : « Privés de nourriture [...] et de soins de base »

Une femme masquée tient une pancarte sur laquelle on peut lire "Orchard Villa is hell".

Des proches d'aînés qui sont morts dans des foyers de soins de longue durée manifestaient devant Queen's Park le 23 juin 2020.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Radio-Canada

Les familles dont des proches ont passé la première vague de la pandémie à la résidence de soins de longue durée Orchard Villa ont offert leurs témoignages sur les conditions de vie qui y régnaient d’avril à juin.

Ces témoignages ont été présentés devant la commission d'enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée à la mi-octobre. La transcription des travaux de la commission a été rendue publique cette semaine. Le foyer Orchard Villa se trouve à Pickering, dans la banlieue est de Toronto.

Les résidents d'Orchard Villa étaient entassés dans des chambres surpeuplées et se voyaient refuser l'accès à des traitements vitaux parce que l'établissement manquait à la fois de personnel et d'équipement, ont déclaré les membres de ces familles.

Soixante-dix résidents d'Orchard Villa sont décédés en raison de la COVID-19; 155 autres ont contracté la maladie. Selon les familles de ces aînés, les décès et de nombreuses infections auraient pu être évités si le foyer avait respecté les protocoles en place.

La réglementation actuelle indique que, si un résident n'est pas nourri et hydraté, la famille doit en être avertie. Mais cette réglementation n'a pas été respectée pendant le confinement, a déclaré Cathy Parkes, dont le père est mort du virus à Orchard Villa en avril.

Nous pensons que de nombreux décès auraient pu être évités si les familles [...] avaient été informées et autorisées à envoyer les résidents à l'hôpital.

Dans l'établissement de 233 lits, l'épidémie s'est déclarée en avril et s'est étendue jusqu'au début du mois de juin. Les Forces armées canadiennes ont inclus le foyer dans leur rapport accablant.

Il a été constaté que les résidents de la maison étaient laissés pendant des heures dans des couches souillées, étaient nourris de force au point de s'étouffer – ce qui aurait pu entraîner la mort – et étaient parfois mal attachés.

Les familles des résidents d'Orchard Villa ont lancé une proposition de recours collectif contre la société. Leurs allégations n’ont pas été prouvées devant le tribunal.

Toutefois, dans leur témoignage devant la commission à la mi-octobre, qui s'est déroulé à huis clos, Mme Parkes et son groupe ont déclaré que la province pouvait exiger des changements qui empêcheraient de telles atrocités de se reproduire.

Les chambres semi-privées sont si exiguës que les meubles doivent souvent être déplacés pour permettre à un résident de sortir de la chambre dans son fauteuil roulant, a déclaré Mme Parkes.

Marie Tripp, dont la mère est morte à Orchard Villa en avril, a déclaré que de nombreux résidents infectés et mourants n'ont pas reçu d'oxygène parce que l'équipement n'était pas correctement entretenu. Un porte-parole de l'établissement a nié cette allégation.

Fred Cramer, dont la mère est également décédée de la COVID-19 en avril, moins d'un an après avoir emménagé dans l'établissement, a déclaré à la commission que le manque de personnel était à l’origine de bien des soucis.

Au début de la quarantaine, des membres du personnel d'Orchard Villa ont dit à beaucoup d'entre nous qu'il manquait de personnel [au foyer] et que celui-ci était donc incapable de s'occuper des résidents [adéquatement], a-t-il déclaré.

C'était particulièrement vrai pendant les quarts de soir et de nuit. Nous étions conscients que les résidents étaient privés de nourriture, d'hydratation, de médicaments et de soins de base. Nous recommandons un plan standardisé pour les ratios personnel-résidents, que ce soit pendant une pandémie ou non.

La façade et l'enseigne d'un immeuble.

Orchard Villa est l'un des établissements de soins de longue durée de l'Ontario les plus durement touchés.

Photo : Radio-Canada / Angelina King/CBC News

Les problèmes, les familles en conviennent, étaient antérieurs à la pandémie.

Carolin Wells, dont le père a emménagé à Orchard Villa le 5 novembre 2018, a déclaré qu'il y avait eu des signes immédiatement après son arrivée.

Le lendemain [de son arrivée], nous avons reçu un appel selon lequel il avait une lésion au bras. Il était tombé le jour de son admission. Le 15 novembre, il est tombé du lit et s'est cogné le coude droit. Le 27 novembre, il a eu une déchirure de la peau sur la main droite. Il était dans la salle de télévision et a essayé de se lever, a-t-elle déclaré à la commission.

Elle a affirmé que les appels pour des blessures du genre ont continué pendant tout le temps qu'il a passé dans l'établissement, jusqu'à sa mort – en raison de la COVID-19 – en avril.

La société qui possède et gère Orchard Villa, Southbridge Care, a déclaré qu'elle s'engageait à fournir des soins de qualité aux résidents.

Le [manque de] personnel était un défi à Orchard Villa pendant la [première vague], a déclaré Candace Chartier, de Southbridge Care. Pour nous préparer à la seconde vague et améliorer nos efforts de recrutement, nous avons engagé [...] un spécialiste des ressources humaines comme recruteur.

Un représentant de Lakeridge Health, qui gère les hôpitaux de la région de Durham, a déclaré qu'Orchard Villa avait composé avec l’éclosion de COVID-19 pendant près de deux semaines avant d’avoir de l’aide d'une équipe de l'agence, fin avril.

Lakeridge Health a alors fourni des douzaines d'employés de première ligne pour améliorer les soins aux résidents, nettoyer les lieux en profondeur, faire de la prévention des infections et offrir de la formation au personnel.

La police régionale de Durham confirme enquêter sur les allégations concernant les activités de l'établissement. Elle n’avait pas de mise à jour à offrir sur l’état de l’enquête.

Certains membres des familles ont dit compatir avec les employés du foyer parce que la direction les avait mis dans une situation intenable.

[Nous sommes inquiets] quant à l'existence d'une culture de la peur parmi le personnel des maisons de soins de longue durée, a déclaré Mme Parkes. Selon elle, cette culture persiste aujourd’hui, ce qui explique en partie le silence des employés des foyers.

Avec les informations de La Presse canadienne

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