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La COVID aggrave la pénurie d'hygiénistes dentaires au Québec

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Deux femmes masquées apparaissent penchées au-dessus de l'appareil-photo avec, dans les mains, des outils de dentisterie.

Le reportage de Marie-Pier Mercier

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Examens retardés, opérations reportées : le Québec pourrait prochainement avoir mal aux dents si rien n’est fait pour soulager la pénurie d’hygiénistes dentaires qui sévit dans la province.

Le manque de main-d'œuvre est tel que les finissants signent des contrats d’embauche avant même de mettre la main sur leur diplôme.

On voit même des finissants sans expérience se faire offrir 30 ou 32 $ de l'heure en sortant de l'école, dit Jean-François Lortie, président de l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec. C'est vraiment du jamais vu.

Les salaires à la hausse reflètent la rareté des hygiénistes dentaires au Québec. Ils sont 6600 membres dans la province, et ils ne suffisent plus à répondre à la demande.

Les Québécois gardent maintenant leurs dents jusqu'à 80 ou 90 ans, analyse le Dr Carl Tremblay, président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec. Ils continuent d'aller chez le dentiste et l'hygiéniste dentaire pendant toute cette période-là, ajoute-t-il. On comprend qu'on a besoin de plus de gens pour servir cette population-là, qui est grandissante.

Malgré la pénurie actuelle, les neuf cégeps qui forment les hygiénistes dentaires du Québec n’ont pas élargi leur capacité d’accueil. Au point où il manque facilement, selon Jean-François Lortie, une centaine de professionnels présentement.

Le son de cloche qu'on avait du terrain, c'est que [les cabinets] réussissaient à pallier le manque d’hygiénistes ponctuels en passant par des agences privées. Là, même au niveau des agences de placement, eux aussi ont beaucoup de difficultés [à recruter].

Jean-François Lortie, président de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec

La crise sanitaire accentue la pénurie

L’arrivée de la COVID a aggravé une situation qui était déjà inquiétante.

La pandémie a fait en sorte qu'on a pris du retard sur tous nos rappels, explique Julie Lessard, dentiste propriétaire de la Clinique du Quartier, à Québec.

Pendant trois mois, les cabinets n’ont pas pu accueillir leurs patients, sauf pour traiter des urgences. Le retard accumulé, jumelé au manque de ressources, pourrait avoir des répercussions sur la santé bucco-dentaire de tout le monde, croit Jean-François Lortie.

Si cette pénurie de main-d'oeuvre allait en s'accentuant, avertit le Dr Tremblay, on a bien peur que les Québécois aient de la misère à avoir accès à des soins dentaires dans des temps raisonnables.

Pour parvenir à répondre à leur clientèle, les cabinets se ruent sur les hygiénistes.

On se les arrache, affirme Julie Lessard. Plusieurs hygiénistes se font appeler par d'autres cliniques et se font offrir des bonus à la signature qui peuvent aller jusqu'à 4 000 $. Il y a aussi des finissants qui se font offrir le salaire d'une hygiéniste qui a 10 ans d'expérience.

Au bout du compte, c’est la clientèle qui risque d’éponger l’envolée des salaires.

C'est certain que si les salaires augmentent beaucoup plus rapidement que l'inflation, c'est le patient qui paie pour ça.

Dr Carl Tremblay, président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec

La solution? Plus de formation

Pour l’Ordre des hygiènes dentaires du Québec, les solutions sont multiples.

À plus long terme, il faudrait vraiment bonifier l'offre de cours en hygiène dentaire, croit son président, Jean-François Lortie. On mise aussi beaucoup sur l'implantation [d’une offre de formation] dans de nouveaux cégeps.

Il évoque notamment un cégep dans l’est du Québec. Pour le moment, le cégep Garneau accueille la demande en provenance de Gaspésie, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent au complet.

Les acteurs du milieu espèrent avoir l’écoute de la ministre de l'Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Une des pistes de solution, croit le Dr Carl Tremblay, ce serait l'instauration d'un programme accéléré en hygiène dentaire pour les dentistes formés dans d'autres pays et qui ne peuvent pas exercer dans leur domaine au Québec. On aurait des gens compétents capables de contribuer à la société québécoise.

L’aide doit arriver rapidement, selon eux, puisque la formation des hygiénistes dure trois ans, mais que les besoins, eux, se font ressentir maintenant.

Dans votre région, à Québec, termine Jean-François Lortie, on a vu des offres d’emploi qui promettaient 45 ou 50 $ de l’heure, avec avantages sociaux. C’est vraiment du jamais vu dans la profession.

Avec les informations de Pascale Lacombe

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