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Montréal encadre le déploiement de la 5G et suscite des craintes

Un homme tend la main vers une présentation vidéo dans une tour de télécommunication devant plusieurs journalistes.

Huawei a présenté en janvier 2019 ses équipements pour le réseau 5G à Pékin, en Chine.

Photo : Getty Images / Fred Dufour

Mathias Marchal

La Ville de Montréal va permettre l'expérimentation précommerciale de la technologie 5G au centre-ville et aimerait officialiser une entente avec les principales entreprises de télécommunication au pays. Un projet dénoncé par un regroupement de citoyens qui demande qu'il soit suspendu le temps d’une réelle discussion avec les Montréalais.

En attendant le déploiement massif de cette technologie, qui devrait nécessiter l'installation de 40 000 à 60 000 antennes sur le territoire montréalais, environ 200 d'entre elles seront déployées au centre-ville.

Le site d’expérimentation de la 5G correspond à un quadrilatère de 4,1 km de côté compris entre la rue Sherbrooke, le Vieux-Port, le boulevard Saint-Laurent et les rues Guy et Richmond, selon des documents remis aux élus, qui aborderont le sujet au conseil municipal de lundi et qui devront entériner les ententes déjà signées.

Ces mêmes documents indiquent que la technologie 5G permettra de transmettre des données plus rapidement et de prendre en charge un nombre accru d'appareils et d'objets connectés, notamment les autos sans conducteur.

Comme les télécommunications sont un domaine de compétence fédérale, les villes n’ont pas leur mot à dire quant à l’implantation de la 5G, si ce n’est au chapitre des règles entourant l’installation d’antennes relais sur le mobilier urbain, affirme la Ville. Celle-ci entend donc se positionner dans un rôle de meneur en rassemblant les acteurs de la technologie 5G vers des efforts concertés de déploiement [et répondre aux] différentes préoccupations citoyennes et corporatives.

Ces préoccupations sont notamment émises par Montréal pour tous, qui se présente comme un groupe de citoyens non partisan, actif sur la scène municipale depuis 2011.

Dans une lettre transmise jeudi à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et aux élus, ce groupe dit douter des aspects techniques, légaux et économiques de l’expérimentation. En entrevue à Radio-Canada, Johanne Dion, l'une des signataires, souligne que plusieurs démarches ont été entreprises auprès de différentes instances municipales, mais sans succès.

Chaque fois, on se fait répondre que la Ville ne peut faire de moratoire ni même consulter la population parce que c’est de compétence fédérale. Nous, on est d’avis que l’Office de consultation publique de Montréal [OCPM] pourrait se saisir du dossier ou qu’une commission du conseil pourrait être mandatée.

Une citation de :Johanne Dion

Elle ajoute qu'avec la ville intelligente et connectée, il y a beaucoup d’argent qui se dépense et de choses qui se mettent en place sans qu’on ait l’information minimale.

Principe de précaution

Si Santé Canada et d'autres organisations internationales affirment que les antennes et les cellulaires ne sont pas dangereux pour la santé, les opposants à la technologie n'en sont pas convaincus. Ils se rangent plutôt derrière la lettre ouverte signée en 2017 par 170 scientifiques de 37 pays pour demander un moratoire le temps de mener des recherches indépendantes.

Selon les membres de Montréal pour tous, dans ces circonstances, le consentement préalable, libre et éclairé des sujets exposés doit être obtenu et le protocole de recherche doit être soumis à un comité d’éthique, exempt de conflits d’intérêts, qui pourra attester que l’expérience sera sécuritaire… Rien de tout ça ici…

Les signataires demandent donc à la mairesse, en regard du principe de précaution, que l’entente soit reportée. Cette dernière est à l’ordre du jour du conseil municipal la semaine prochaine.

Cette possibilité est écartée par la Ville, qui invoque la compétence fédérale, ce qui empêche de mandater l’OCPM.

Avec ce projet, Montréal s’assure une voix dans cette démarche et peut ainsi faire valoir ses préoccupations et celles de la population, tout en s’assurant qu’elles soient prises en considération.

Une citation de :Youssef Amane, directeur des communications à la Ville de Montréal

En signant des ententes avec Vidéotron, Bell, Telus, Rogers et Beanfield, la Ville souhaite notamment encadrer les règles d’installation des antennes afin que celles-ci respectent les normes d’urbanisme, d’esthétique et de sécurité et que, par exemple, aucun brouillage de signal ne soit constaté notamment avec le matériel de télécommunication de la police et des pompiers.

La ville intelligente sous les projecteurs

Ces ententes prévoient le partage d’une partie de ce réseau avec la Ville, ce qui permettrait à cette dernière de tester le concept de véhicules sans conducteur, de soutenir les universités dans la recherche et de favoriser l’émergence de jeunes entreprises offrant de nouveaux services.

En parallèle, l’administration Plante a commandé plusieurs études afin de trouver le modèle de gouvernance qui optimiserait le déploiement de la 5G et les revenus municipaux.

En attendant, la Ville assure que l’entente se ferait pour l’instant à coût nul pour les citoyens puisqu'elle recueille plus de 500 $ par an pour chaque élément de mobilier urbain utilisé, sans parler des frais d’étude (400 $ par intersection), ce dont doute le groupe Montréal pour tous.

Ses membres demandent notamment que la société civile soit représentée au comité multipartite encadrant le projet et que, plus généralement, une réflexion critique impliquant les Montréalais soit menée au sujet de la ville intelligente.

Selon eux, cette philosophie de développement entraîne notamment des enjeux en matière de contrôle, de protection de la vie privée et de gouvernance, sans parler des effets sur l’environnement qu’impliquerait la prolifération des serveurs nécessaires.

Si le déploiement de la 5G progresse dans plusieurs pays, dans d'autres, comme la Suisse, l'implantation est plus problématique. Un moratoire sur l'installation de nouvelles antennes a été décrété en début d'année dans plusieurs régions, forçant le gouvernement fédéral à mettre en place des mécanismes pour étudier les effets de cette technologie sur la santé.

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