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Le plan vert a été édulcoré par le bureau du premier ministre

Le Québec doit réduire ses émissions de GES de 29 millions de tonnes pour atteindre sa cible de 2030, mais le plan ne prévoit qu’un effort de 12 millions.

François Legault gesticule en parlant, tandis que Benoit Charette est derrière lui.

Le premier ministre François Legault et le ministre de l’Environnement du Québec Benoit Charette en janvier 2020

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Le Plan pour une économie verte (PEV) qui sera présenté lundi a été délesté de plusieurs mesures après l'intervention du bureau du premier ministre du Québec, François Legault, a appris Radio-Canada. L’affaire a même créé une bisbille avec le ministère de l’Environnement, où des fonctionnaires et des cadres ont fait part de leur déception.

Selon nos sources, entre le document préparé par le ministère et les multiples versions révisées par le bureau du premier ministre, le PEV est passé d'un objectif de réduction des émissions de 20 millions de tonnes d'équivalent CO2 d’ici 2030 à un objectif de 12 millions.

Cet effort est nettement insuffisant pour atteindre la cible de réduction de 37,5 % des émissions de GES en 2030 par rapport à 1990, qui correspond à une baisse de 29 mégatonnes.

C’était pourtant la raison d’être initiale du PEV : fournir la feuille de route complète pour respecter la cible.

Des cadres et des fonctionnaires du ministère de l’Environnement s'en sont plaints devant témoins. Certains d'entre eux ont même contacté des experts indépendants pour tenter de convaincre le bureau du premier ministre de ne pas dénaturer le PEV.

Retrait de mesures phares

Selon nos informations, on ne trouve plus dans le plan l'obligation pour les bâtiments neufs de chauffer à l'électricité dès 2025, comme l'avait recommandé le ministère de l'Environnement. On ne trouve plus non plus l'interdiction du gaz au moment du remplacement des appareils de chauffage en fin de vie d'ici 2025.

On soupçonne une grande influence des lobbys, en particulier le lobby du gaz, réagit le responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace Canada, Patrick Bonin.

« C'est inquiétant que le premier ministre dilue l'ambition d'un Plan qui n'était déjà pas assez ambitieux par rapport à ce qu'exige la science. »

— Une citation de  Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace Canada

Pour préparer son plan, le ministère de l’Environnement avait créé des groupes de travail formés d'une diversité de représentants de la société civile. On y trouvait notamment des gens d’affaires, des industriels, des scientifiques et des organisations environnementales.

Ces groupes de travail, qui étaient accompagnés d’experts de la fonction publique, étaient parvenus à un consensus qualifié d'« exceptionnel » qui avait été largement repris dans les recommandations soumises par le ministère au bureau du premier ministre.

C'est désolant de voir qu'il y a des mesures qui faisaient consensus qui ne seront pas adoptées, réagit Patrick Bonin, de Greenpeace. Le premier ministre devrait plutôt tirer tout le monde vers le haut, s'il croit vraiment à la lutte contre les changements climatiques et à l'urgence d'agir.

Interrogé au sujet des coupes dans le plan, le bureau de François Legault a répondu :Nous voulions un plan non seulement ambitieux, mais aussi réaliste et pragmatique, pour réduire nos GES et faire du Québec un leader en énergie verte, répondant ainsi à l’engagement pris par le premier ministre.

Beaucoup de carottes et peu de bâtons

Des hommes assis à une table de travail.

Le 9 novembre, le premier ministre François Legault (à droite) rencontre le ministre de l'Environnement Benoit Charette (à gauche) afin de préparer la présentation du Plan pour une économie verte du Québec qui aura lieu lundi.

Photo : @FRANCOISLEGAULT / TWITTER / ÉMILIE NADEAU

Le PEV mise massivement sur l'électrification des transports. Des milliers de bornes de recharge seront déployées sur le territoire. Il est aussi prévu de ne plus vendre que des voitures électriques ou hybrides rechargeables d'ici 2035 alors que les groupes de travail visaient l'année 2030.

Le gouvernement maintient l'incitatif pour l'achat de véhicules électriques, présentement de 8000 $ au maximum. Une grande partie du budget de 6,5 milliards de dollars sur cinq ans y sera consacrée.

Toutefois, l'idée formulée par les groupes de travail d'associer à cette subvention une pénalité pour l'achat de véhicules polluants comme les VUS n'a pas été retenue par le gouvernement. Il y aura bonus, mais pas malus. Le principe d'écofiscalité, auquel les fonctionnaires adhéraient, n'est plus présent.

En fait, presque tout ce qui pouvait apparaître comme une contrainte pour les entreprises et les citoyens a été élagué, indiquent trois sources, qui regrettent que la province prenne du retard en reportant ce genre de mesures.

Le PEV contient beaucoup de carottes et peu de bâtons, estiment des sources proches du dossier. Un manque de « courage » selon le professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

« Si on veut que la solution soit efficace pour réduire les GES, il faut qu’il y ait un aspect de contrainte. Malheureusement, aucun gouvernement n’est prêt à annoncer des contraintes aux citoyens. »

— Une citation de  Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal

Les subventions aux véhicules électriques ne sont pas une solution magique, rappelle l'expert, qui regrette qu'on redéploie des programmes qui n’ont pas permis d’atteindre l’objectif de réduction des GES de 2020. Il estime que vraisemblablement, on va répéter les erreurs des 10 dernières années durant les 10 prochaines.

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