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La marine américaine autorisée à perturber plus d'épaulards

Des membres du groupe de résidents du sud «J-Pod» près de Seattle.

Les épaulards résidents du sud, déjà en voie de disparition, font partie des nombreux mammifères marins qui seront affectés par les exercices de la marine américaine (archives).

Photo : Associated Press / Elaine Thompson

Une agence fédérale des États-Unis donne l’autorisation à la marine américaine de tuer accidentellement ou de nuire à des centaines de milliers de mammifères marins lors de ses entraînements au large de l’État de Washington et ce pour les sept prochaines années. La population en voie de disparition des épaulards résidents du sud fait partie des espèces qui pourraient être affectées.

La marine américaine mène des entraînements et des tests dans cette zone depuis des décennies. Pour ce faire, elle utilise des sonars et fait détoner des bombes pesant plus de 450 kg. Sans surprise, ces explosions et autres activités perturbent - et parfois tuent - des animaux marins, dont des épaulards, des animaux très sensibles aux bruits.

Lorsqu’un mammifère marin est blessé ou dérangé, la loi américaine sur la protection des mammifères marins parle de prises collatérales. Celles-ci doivent être autorisées par le Service national des pêches maritimes des États-Unis (NMFS), une division de l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA).

La précédente période d’autorisation arrivant à échéance en 2020, la marine a fait une nouvelle demande d'autorisation à la fin de l’année dernière, mais celle-ci révise à la hausse le nombre d’animaux pouvant être affectés.

Le NMFS a publié une décision provisoire cet été autorisant ces prises collatérales plus nombreuses et touchant près d’une trentaine d’espèces de mammifères marins du Pacifique, dont les baleines grises et les baleines à bosse, les dauphins et les phoques.

Un petit épaulard sort la tête de l'eau, à côté d'un plus gros avec une grande nageoire dorsale.

L'épaulard J-35 en compagnie de son bébé, J-57, près de Points Roberts, dans l'État de Washington.

Photo : Sara Hysong-Shimazu/Maya's Legacy and the Pacific Whale Watch Association

L’agence devait prendre en compte les commentaires du public avant de rendre une décision finale. La nouvelle autorisation a récemment été accordée à la marine américaine. Elle est entrée en vigueur lundi.

Pas d’amélioration pour les épaulards

Il n'y a pas de changements significatifs entre l’autorisation provisoire et la décision finale, selon Michael Jasny, directeur du Projet de protection des mammifères marins au Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC), une organisation américaine de défense de l’environnement.

Il y a une certaine amélioration à la marge, une certaine atténuation qui a été ajoutée, mais pas assez pour affecter les principaux problèmes, soutient-il. Ces problèmes, explique-t-il, sont les énormes quantités de prises, l'énorme quantité de dommages que la décision autorise et le danger particulier que les activités de la marine posent aux orques résidentes du sud.

Une prise collatérale représente un impact significatif sur un comportement vital, selon M. Jasny. La loi américaine sur la protection des mammifères marins indique que les comportements qui pourraient être affectés incluent la migration, la respiration, l'allaitement, la reproduction, et l'alimentation jusqu'au point où ces comportements sont abandonnés ou considérablement modifiés.

Lors de ses entraînements et tests, la marine américaine prévoit jusqu’à 51 prises collatérales annuelles chez ces baleines et jusqu’à 243 prises collatérales pour les sept années de la période d’autorisation. Le tout pour une population d'à peine les 70 individus.

Un problème de gouvernance?

L’idée qu’à ce moment critique que les prochaines années représentent pour la population [d'épaulards], le gouvernement américain permettra un tel niveau de préjudice, c’est profondément inquiétant, dénonce l’environnementaliste.

La loi américaine prévoit pourtant que pour être autorisées, les prises collatérales doivent avoir un impact négligeable sur les espèces affectées. Un standard que le NMFS semble appliquer généreusement, selon M. Jasny.

Au cours de la longue histoire de ce bureau au sein du gouvernement américain, plus de 25 ans de délivrance d'autorisations à la marine américaine dans diverses parties du monde, à l'industrie pétrolière et gazière et autre, ce bureau n'a jamais constaté qu'un impact serait plus grand que négligeable. Il n’a jamais fait cette constatation, a-t-il affirmé.

Selon M. Jasny, ce n’est pas le fait de la science, mais le résultat d’un problème de gouvernance. La façon dont j'y pense, c'est que ce bureau essayant de réglementer la marine américaine est comme un canari essayant de gérer un gorille, illustre-t-il.

La tête d'un épaulard.

La tête d'un épaulard.

Photo : iStock

Protéger une population emblématique

Invité à réagir, Pêches et Océans Canada indique collaborer avec la NOAA sur cette question. [Pêches et Océans Canada] a fait savoir à la NOAA que nous devons poursuivre nos efforts combinés pour atténuer les impacts potentiels sur les espèces marines et leur habitat, y compris l'emblématique épaulard résident du sud.

Ottawa reconnaît que la population fait face à des menaces imminentes pour sa survie et son rétablissement et que la nécessité d'une collaboration transfrontalière est essentielle.

Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec nos partenaires américains sur les mesures que chacun peut prendre pour les protéger, soutient le ministère fédéral par courriel.

Le NRDC, quant à lui, évalue présentement la décision de l’agence et n’a pas encore décidé s’il allait l’attaquer en justice. Nous réfléchissons certainement aux options qui existent pour protéger les [épaulards] résidents du sud et les autres espèces au large de la côte, a déclaré M. Jasny.

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